Demi Vollering a joué avec ses deux meilleures armes : la détermination et l’adaptation
Deux fois vainqueure de la Vuelta Femenina (2024 et 2025) et une fois du Tour de France Femmes (2023), Demi Vollering (FDJ United Suez) n’avait encore jamais écrit le Giro féminin à son palmarès. Principalement parce qu’elle privilégiait depuis sa dernière participation en 2021 (3e à l’époque) le Tour de France ainsi que la Vuelta et d’autres épreuves espagnoles comme préparations à la course au maillot au maillot jaune. Ce retour en Italie s’accompagnait dès lors d’une certaine attente pour la N.1 mondiale, devenue redoutable machine sur les courses par étapes au fil des saisons. Sans Vuelta dans les jambes, ce Tour d’Italie, à près de deux mois de son grand objectif de l’été en France, s’annonçait comme une épreuve à ne pas manquer. La montée en puissance de ses équipières durant le printemps, faisant de FDJ United Suez l’équipe à battre, ajoutait encore un peu de pression.
Le contre-la-montre en montée de Nevegal montrait que le statut ne faisait pas tout. Sur un vélo de contre-la-montre qu’elle semblait moins bien gérer que son ex-équipière Anna van der Breggen (SD Worx-ProTime), Vollering devait se contenter de la troisième place sur une quatrième étape qui lui faisait déjà perdre plus d’une minute sur la vainqueure, en outre désormais porteuse du maillot rose. L’orgueil touché, la championne d’Europe réagissait dès le lendemain, sur la première grande étape de montagne de la semaine, avec un succès au sprint face à Van der Breggen, pour rappeler sa détermination.

Encore fallait-il trouver la bonne formule pour faire craquer la porteuse du maillot rose. Car la surpuissance collective de FDJ United-Suez ne suffisait pas, sur le tempo, à bousculer le rythme de Van der Breggen. La décision très tardive de l’organisation d’avancer l’arrivée de l’avant-dernière étape du Giro à un kilomètre du sommet du Colle delle Finestre a, il est vrai, mis à mal les stratégies envisagées le matin même. Mais au vu de la résistance de la leader de la SD Worx-ProTime, il semblait difficile de reprendre encore 50 secondes à une telle cycliste expérimentée.
Vollering a pourtant eu le nez fin. Malgré trois cols en milieu de dernière étape, dont le plus raide à près de cent kilomètres de l’arrivée, la championne d’Europe décidait de jouer son va-tout et de faire exploser la course dans cette ascension la plus abrupte. Cela ne lui permettait pas de prendre l’ascendant sur Van der Breggen, mais celles qui étaient plus en retard au général en profitait pour prendre du champ. La porteuse du maillot rose devait, pour sa part, se mettre au travail pour éviter d’être surprise par Antonia Niedermaier (Canyon//SRAM), à seulement 1:20 au classement. Vollering, elle, prenait de timides relais, laissant son équipière Lauren Dickson faire le plus gros du travail, et restait bien sagement dans la roue de la leader. Et voilà que dans la dernière ascension, certes moins difficile, à plus de 35 km de l’arrivée, la Néerlandaise attaquait sa compatriote en rose et prenait une vingtaine de secondes au sommet. Elle semblait plafonner, mais elle gérait finalement au mieux son effort puisque que cette avance avait plus que doublé à la fin de la descente. De retour sur la tête de la course, avec Niedermaier, Niamh Fisher-Black (Lidl-Trek) et Elisa Longo Borghini (UAE Team ADQ), Vollering n’a demandé son avis à personne et s’est placée en tête pour jeter ses dernières forces dans la conquête du maillot rose, quitte à laisser la victoire d’étape à celles qui avaient anticipé plus tôt.
« J’ai seulement osé croire au maillot rose quand j’avais deux minutes d’avance », a confié Vollering à l’arrivée, après avoir levé les bras en apprenant les plus de deux minutes d’avance qu’elle avait engrangé sur Van der Breggen. « J’avais aussi des crampes partout dans les jambes, donc à 20 km de l’arrivée, j’espérais juste arriver à la ligne d’arrivée. (…) Dès que j’ai creusé l’écart avec Anna, je me suis dit : maintenant, je dois juste tout donner. » Cette détermination et cette capacité à s’adapter, qu’elle a façonné au fil des saisons, lui ont finalement permis de devenir la seconde cycliste, et la seconde Néerlandaise, après Annemiek van Vleuten, à gagner les trois Grands Tours féminins, depuis la renaissance du Tour féminin en 2022.
Anna van der Breggen piégée par son équipe ?
Le scénario catastrophe s’est donc répété. Pas dans les mêmes conditions, certes. Dans l’inédit Angliru, arrivée finale de la Vuelta Femenina, elle a simplement dû s’incliner face à la ténacité sur les plus hauts pourcentages de l’Espagnol Paula Blasi (UAE Team ADQ), grimpeuse bien plus adaptée à ce profil. Mais sur ce Giro féminin, c’est bien sur le plan tactique et sur un terrain de moyenne montagne qu’Anna van der Breggen a été vaincue. Pour la deuxième fois cette saison, l’ex-championne du monde a cédé sa tunique de leader lors de la dernière journée de la course qu’elle dominait.
Rapidement, la Néerlandaise de 36 ans, qui espérait s’offrir un historique cinquième sacre sur le Tour d’Italie, a évincé la chute connue vendredi comme une possible explication à son moins bon jour connu lors de la dernière étape, dimanche. « Cela a juste été une semaine très exigeante, et aujourd’hui, il n’y avait juste plus suffisamment dans le réservoir », a-t-elle argué sur la ligne. « Ce n’est pas juste Niedermaier qui a attaqué, il y a eu beaucoup de tentatives avant cela. Je savais que si je sautais sur la moindre offensive, quelqu’un d’autre allait contrer immédiatement. Dans des moments comme ceux-là, tu ne peux pas sauter sur tout ce qui bouge. J’aurais espéré que mon équipière Valentina Cavallar soit plus proche, mais je savais ce que je devais faire : tenter de suivre dans les montées. J’ai essayé, mais malheureusement, ça n’a pas fonctionné ».
Van der Breggen note sa fierté d’avoir montré qu’elle était encore bien une concurrente solide pour un succès sur une telle course par étapes, mais elle a souligné en quelques déclarations ce qui lui a manqué : des équipières capables de la soutenir à la hauteur de ses ambitions. La SD Worx-ProTime est effectivement une équipe du top dans le peloton féminin, mais elle a eu du mal à se renforcer sur le terrain montagneux ces dernières saisons. Et dans un calendrier déjà bien rempli, il a été difficile d’offrir à Van der Breggen le soutien espéré sur ce Giro. Valentina Cavallar a été à un très bon niveau, Mikayla Harvey a rapidement dû abandonner, la disqualification de Lorena Wiebes n’a pas non plus aidé. Mais même avec une équipe au complet, la SD Worx ne semblait pas sur le papier en mesure de défier l’armada FDJ United-Suez, qui n’avait pourtant rien de l’équipe qu’elle pourrait présenter sur le Tour de France Femmes. Ce sera un point à évoquer dans les prochaines semaines, surtout si Lidl-Trek parvient à se renforcer avec Kasia Niewiadoma et si Paula Blasi décide effectivement de renforcer Lidl-Trek voire FDJ United-Suez à l’avenir.

Lore De Schepper fait son chemin, étape par étape
Le cyclisme belge n’a pas eu à rougir durant cette semaine italienne. La championne de Belgique Justine Ghekiere (AG Insurance-Soudal) s’est certes limitée à un rôle d’équipière, mais sa jeune collègue Lore De Schepper, à peine 20 ans, a encore prouvé sa progression sur tous les terrains avec une dixième place finale sur ce Giro. Et avec moins d’une minute de retard sur sa leader slovène Ursula Zigart. Seules ses performances sur les cols plus longs ont pu la retarder au final.
La grimpeuse du pays de Waes s’est notamment révélée avec un Top 10 sur le contre-la-montre en côte, une position bien défendue lors des dernières journées en montagne. Déjà onzième de la Vuelta, face à une concurrence moins importante, elle démontre qu’elle prend de la confiance et de l’expérience sur les courses par étapes de haut niveau. Et dire qu’elle est encore aux études et doit donc jongler entre son temps en haute école et les épreuves cyclistes. S’il serait étonnant de la voir sur le prochain Tour de France Femmes, elle devrait clairement avoir un plus grand rôle encore sur les courses par étapes dans les saisons qui viennent si elle poursuit cette progression.

La cacophonie autour d’un vélo trop léger
Le drame de ce début de Giro fut évidemment la disqualification de Lorena Wiebes (SD Worx-ProTime) quelques heures après son succès dominateur (comme souvent lors de ses sprints) sur la première étape. La championne des Pays-Bas, qui avait coché ce Tour d’Italie féminin comme un objectif de la saison, a été virée sans ménagement pour un vélo trop léger de 20 grammes à peine. Une broutille, certes, mais le règlement est malheureusement ce qu’il est : quel que soit le poids, si le vélo est trop léger, même d’un gramme, la sanction est la même pour tout le monde. S’en est suivi une bagarre de communiqués, sans qu’on ait finalement une explication logique sur ce qui a été reproché à cette fameuse machine. Potentiellement un plateau retiré par rapport aux précédentes versions du vélo ? Ou un porte-bidon plus léger ? Ou un autre composant qui serait passé sous le radar jusque là ?
SD Worx-ProTime assure n’avoir rien fait de mal et avoir utilisé le même vélo que depuis le début de l’année, l’Union Cycliste Internationale maintient que ses outils de mesure sont fiables et qu’il a été tenu compte d’éventuelles marges pour finalement prendre cette décision radicale. Au final, le cyclisme fait une nouvelle fois les gros titres pour ce qui peut ressembler à une blague, mais qui est en fait un point clair du règlement. Est-ce que cela aurait pu être réglé par la SD Worx-ProTime en évitant de trop grands risques sur les étapes de plaine, sur lesquelles le poids joue un rôle moins important ? Est-ce que l’UCI aurait pu peser une nouvelle fois le vélo avec d’autres outils homologués pour plus de certitude ? Le cas est complexe, mais il met malheureusement la discipline dans l’embarras.
Le classement général final du Tour d’Italie féminin 2026 :
Résultats fournis par FirstCycling.com
