Remco Evenepoel quitte le Giro suite au Covid : prudence est mère de sûreté

La décision de l’équipe Soudal Quick Step d’écarter Remco Evenepoel suite à un test positif au Covid-19 confirme l’envie de préserver ce jeune coureur sur le long terme.
Photo: RCS Sport/Gian Mattia D’Alberto/La Presse

Ce dimanche soir, toutes les analyses gambergeaient entre la capacité de Remco Evenepoel à rebondir après deux journées plus difficiles, et ce malgré une victoire sur le chrono de Cesena et un nouveau maillot rose, et les stratégies qu’allaient appliquer les INEOS Grenadiers Tao Geoghegan Hart et Geraint Thomas, et le Jumbo-Visma Primoz Roglic pour mettre au pied du mur le champion du monde. Après sa démonstration sur le contre-la-montre inaugural, Remco Evenepoel était annoncé en pure domination sur le deuxième chrono prévu huit jours plus tard, mais deux chutes et sa perte de temps la veille vers Fossombrone ont instillé le doute quant à son état de forme. Certes, il a gagné, mais avec seulement 9 centièmes sur Geraint Thomas, 2 secondes sur Tao Geoghegan Hart, 17 sur Primoz Roglic.

« J’avais le rythme que je visais dans la première partie. Mais je ne me suis pas senti aussi bien dans la deuxième partie, avec le vent de face », expliquait Remco Evenepoel lors d’une interview d’après-course toujours honnête et juste dans son analyse. Le Belge ajoutait même, devant la presse écrite, armé de son masque FFP2 comme à l’accoutumée : « Je pense que vous pouvez entendre que mon nez est un peu encombré. Je suis un peu léger, assez maigre en termes de masse graisseuse, donc les conditions pluvieuses ne sont pas mes conditions favorites. Je dois rester prudent pour ne pas tomber malade. Touchons du bois que ce n’est pas un virus. Nous verrons ».

À 22h30, la nouvelle a ébranlé le monde du cyclisme : pour la première fois, un leader de Grand Tour doit renoncer à poursuivre l’épreuve en raison d’un test positif au Covid-19. L’équipe Soudal Quick Step a annoncé la nouvelle par voie de communiqué, Remco Evenepoel l’a ajouté sur ses réseaux sociaux. « Je suis vraiment désolé de quitter la course. Dans le cadre du protocole sanitaire de l’équipe, j’ai mené un test de routine, qui était malheureusement positif. Mon expérience ici a été très spécial et j’attendais de courir ces deux prochaines semaines », explique le coureur de Schepdaal dans ce communiqué succinct.

Déjà six coureurs positifs hors du Giro

Remco Evenepoel suit ainsi le Français Clément Russo (Arkéa-Samsic), les Italiens Nicola Conci (Alpecin-Deceuninck), Giovanni Aleotti (Bora-Hansgrohe) et Filippo Ganna (INEOS Grenadiers) et le Colombien Rigoberto Uran (EF Education-EasyPost), tous positifs au Covid-19 durant ces neuf derniers jours et contraints à l’abandon face à la virulence de la maladie. Car l’Union Cycliste Internationale (UCI) n’impose plus de forfait automatique en cas de test positif au Covid-19. Cette décision intervient après concertation entre le médecin de l’équipe du cycliste concerné, le médecin de l’épreuve sur laquelle le cycliste se trouve et le médecin coordinateur de l’UCI. Si Remco Evenepoel abandonne, c’est bien une décision coordonnée, mûrement réfléchie. Ce que confirme son père Patrick Evenepoel à Sudinfo : « Quand le médecin de l’équipe dit stop, on dit ‘stop’ tout simplement ».

Si l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a levé l’alerte sanitaire autour de la pandémie de Covid-19, quatre ans après son début, elle rappelle que cela ne signifie pas la disparition totale du virus. Et celui-ci fait encore des victimes, développe encore des variants, principalement parmi les populations plus fragiles. Et les cyclistes, comme tous les sportifs de haut niveau, font partie de ces coureurs plus fragiles, dont la prudence reste de mise, tant les effets à long terme du Covid-19 restent encore peu connus.

De nombreux coureurs affirment que leurs performances pâtissent depuis une contamination au Covid-19 et qu’il leur faut aujourd’hui de longs mois pour récupérer de leurs efforts plus intenses. Greg Van Avermaet, Ben Hermans, Peter Sagan, Tim Declercq, Sonny Colbrelli… notamment ont évoqué leurs difficultés ces dernières saisons après avoir été touchés une ou plusieurs fois par ce virus. Et ce malgré un protocole sanitaire strict qui est encore en partie en place. Il n’est pas rare de revoir les cyclistes reporter un masque, à l’occasion, dès qu’ils ressentent un symptôme.

D’abord se soigner

Patrick Evenepoel, le père de Remco Evenepoel, estime à Sudinfo que le protocole sanitaire devrait être renforcé sur le Giro et que les mesures proposées sont insatisfaisantes alors que les cas commencent à s’accumuler. Ce sera à la direction du Giro et l’UCI de décider s’il souhaite renforcer ces mesures, surtout après avoir perdu l’une de ses principales attractions, ce champion du monde que l’Italie attendait avec impatience, deux ans après sa première tentative dans la course au maillot rose. Mais Remco Evenepoel, et surtout l’équipe Soudal Quick Step, ont préféré jouer la carte de la prudence, même si cela s’accompagne d’une déception légitime. Autant se soigner correctement et éviter les éventuels effets d’une maladie dont les stigmates sur le long terme sont encore analysés. Car à 23 ans, Evenepoel sait qu’il a encore quelques saisons devant lui pour rêver de Grands Tours, de victoires de prestige, d’exploits sportifs… Même si les sacrifices de ces derniers mois ont été réduits en cendres par une simple maladie. Ce qu’il craignait par-dessus tout, plus que les offensives de ses rivaux.

Il serait hypocrite de critiquer ce choix de Remco Evenepoel et de la Soudal Quick Step. On ne peut imposer à un cycliste de rester sur une course malgré la maladie. Certains l’ont fait, certains le feront encore. Mais la santé de ces sportifs doit être et rester une priorité, comme nous l’avons maintes fois répéter sur ce site. Et malheureusement, la maladie fait partie des éléments qui peuvent mettre à mal un cycliste. Au grand dam du spectacle sportif que nous espérons tous les jours… C’est bien un mince prix à payer par rapport à ce que ces sportifs réalisent tous les jours et les risques qu’ils encourent s’ils se lancent, diminués, en compétition.

Alors, comment va réagir Remco Evenepoel ? Il faudra certainement quelques temps au Brabançon pour récupérer de cette déception, tant physiquement que mentalement. Le Tour de France, dans deux mois, est déjà dans toutes les têtes. Mais cela demande une tout autre préparation, et Patrick Lefevere, manager de la Soudal Quick Step, a déjà confirmé qu’ils ne souhaitait pas sauter les étapes avec le champion du monde. L’hypothèse plus favorable serait un changement d’objectif, avec toute la concentration mise sur les championnats du monde à Glasgow, en août, avant de viser un deuxième Tour d’Espagne. L’objectif semble beaucoup plus réaliste, avant d’envisager une préparation plus fine pour le Tour de France 2024. En espérant que la santé suive.

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