Troisième et dernier Grand Tour masculin de la saison, depuis son déménagement d’avril à août, le Tour d’Espagne a souvent été vu comme l’épreuve de rattrapage pour ceux qui n’ont pu viser ou briller le Tour d’Italie ou le Tour de France. Une course de trois semaines bien différente de ses consœurs italienne et française qui fait la part belle à la montagne, aux hauts pourcentages pour s’assurer du grand spectacle, faute d’un attrait sportif, en termes de participation, qui aurait la même saveur que sur les deux précédents Grands Tours. Tout ne se joue pourtant pas sur le papier, sinon le cyclisme serait bien ennuyeux. Cela s’est encore confirmé cette saison, avec la première victoire d’un coureur qui ne vient pas d’une des équipes les mieux dotées du peloton (UAE Team Emirates XRG, Team Visma-Lease a Bike ou Red Bull-Bora Hansgrohe) depuis 2022.
Ce Tour d’Espagne se voulait tout de même particulier dès son départ avec la participation du n°1 mondial et récent lauréat de son cinquième Tour de France, Tadej Pogacar (UAE Team Emirates XRG). Le scénario semblait ainsi écrit d’avance : sa victoire dès le contre-la-montre d’ouverture dans les rues de Monaco donnait le ton d’un enchaînement en tête du classement général. Le maillot rouge bien accroché sur ses épaules, avec trois victoires d’étape dans la besace après seulement sept jours de course, tout semblait rouler pour le Slovène. Ou presque. Sa domination a effectivement été nuancée durant son troisième succès, après le retour en force de l’Espagnol Enric Mas (Movistar) sur le Puerto El Bartolo, un mur avec un chemin de terre dont la Vuelta a le secret.

Cette image avait finalement donné un indice de la suite de la course, même si personne n’espérait le choc de la huitième étape, cette chute de Pogacar causée par une pierre alors que le peloton était à près de 60 km/h dans une course au placement. Cet abandon inattendu, le premier du Slovène sur une course par étapes, a été maintes fois commenté, notamment quant à son impact sur l’attrait pour le Tour d’Espagne. Oui, voir le meilleur coureur du moment quitter la course peut faire fuir un public peu enthousiaste. Oui, il aurait été probable que le leader des Émiratis s’impose à Grenade sans cette embardée. Mais la phrase tout à fait banale qui dit qu’une course se termine sur la ligne d’arrivée a montré tout son intérêt sur cette étape maudite. Une chute fait partie de la vie d’un cycliste, au grand dam d’un Pogacar qui a toujours semblé éviter cette malchance. Si on peut donc déplorer l’abandon du coureur et son lourd bilan médical (une commotion cérébrale avec une fracture de la clavicule et d’une vertèbre cervicale), on pouvait également se réjouir d’une ouverture du classement général à une série de coureurs qui pouvaient créer la surprise.

En premier lieu, Enric Mas, qui s’est révélé au fil de ces trois semaines comme un leader naturel de Grand Tour. Pour la première fois de sa carrière en tête d’un Grand Tour, après le retrait du n°1 mondial, l’Espagnol de 31 ans n’est jamais apparu en difficulté. Meilleur grimpeur de l’épreuve, il l’a confirmé dès sa prise de pouvoir en remportant la 9e étape sur l’Alto de Aitana. Par la suite, c’est l’ensemble de la Movistar qui a affiché son meilleur visage, avec une maîtrise exceptionnelle sur le plan tactique. Aucune formation n’était effectivement capable de contrôler les échappées au long cours dans la montagne, ce qui permettait finalement aux équipiers d’Enric Mas de suivre les offensives et d’anticiper ainsi les finales. Raul Garcia Pierna, Pablo Castrillo, Ivan Romeo, Carlos Canal… ont été de parfaits éclaireurs pour aider leur leader dans les dernières pentes de chaque étape décisive. Même sans Cian Uijtdebroeks, à nouveau miné par la malchance après une chute dès la deuxième étape, deux mois après un abandon sur maladie sur le Tour de France. Ces deux échecs face au succès de Mas risquent certainement de bouleverser la dynamique de l’équipe la saison prochaine.
C’est sur le point collectif que la Movistar s’est montrée la meilleure. Car derrière, les principaux rivaux de Mas n’ont jamais mis en œuvre une pareille anticipation et ont roulé quasiment tous les jours de la même manière, sans mettre en difficulté le porteur du maillot rouge. Le Slovène Primoz Roglic (Red Bull-Bora-Hansgrohe) n’a jamais semblé avoir ses jambes d’antan pour des attaques explosives. Ses 36 ans entrent logiquement dans la balance, tout comme ses blessures consécutives à une collision due à un automobiliste, moins d’un mois avant le départ de la Vuelta, dont il avait fait son grand objectif.Il aurait pu tenter sa chance au loin, notamment sur la dernière étape de montagne, s’il n’avait rien à perdre, mais le vétéran savait certainement qu’avec son niveau actuel, la deuxième place était la plus haute possible.

L’Autrichien Felix Gall (Decathlon CMA CGM) a pour sa part été le plus efficace en montagne, sans toutefois reprendre plus de… vingt secondes sur Mas. Il a toujours essayé de compter sur son équipe lui servant de rampe de lancement, mais il n’a pas osé d’autre tactique. Sa constance dans les cols lui a au moins permis d’être certainement le coureur le plus régulier sur les Grands Tours cette saison, avec une deuxième place sur le Giro et une troisième sur la Vuelta. L’Équatorien Richard Carapaz (EF Education-Easy Post), le plus offensif en altitude, a été audacieux, espérant obtenir un podium après son Tour de France déjà réussi (deux victoires et le maillot à pois). Mais ses multiples attaques n’ont finalement pas eu l’effet escompté.
Le spectacle pour le classement général n’a pas été forcément exceptionnel durant les deux dernières semaines de course. Les positions sont restées quasiment inchangées dans le Top 5 et le contre-la-montre de 32 kilomètres à Jerez de la Frontera a surtout permis à Roglic de se rapprocher du maillot rouge, sans toutefois le titiller, au vu de la forme affichée par Mas. Mais cela n’a pas empêché les feux d’artifice pour la chasse aux étapes. Car les libertés proposées par les candidats au général ont permis de nombreux scenarii surprenants.
L’équipe Visma-Lease a Bike en a largement profité. Sans leader clair après des premières étapes qui avaient rapidement repoussé Jørgen Nordhagen et Sepp Kuss hors des favoris pour le maillot « rojo », la formation néerlandaise s’est tournée vers la chasse aux étapes avec un sacré succès. Sur son premier Grand Tour, le Britannique Matthew Brennan, à peine 21 ans, a levé les bras à cinq reprises – une première pour un débutant depuis le Belge Fons De Wolf en 1979. Parfaitement emmené par Christophe Laporte et Wout van Aert dans les derniers kilomètres, il a aussi bénéficié d’un plateau de sprinters particulièrement limité. Seul le Français Bryan Coquard (Cofidis) a su le surprendre sur la huitième étape, mais le reste du temps, Brennan était sur une autre planète tout simplement.

Wout van Aert a lui affiché une finesse tactique hors pair pour s’offrir deux succès d’étape et ramener le maillot vert du classement par points. Sa capacité à répondre aux multiples attaques dans le peloton et son excellent sprint n’étaient plus à prouver, mais son état de forme a été époustouflant tout au long de ces trois semaines. Sa dernière échappée sur la 20e étape a même confirmé son ambition de remporter le classement de la montagne. Il fallait toutefois un sérieux concours de circonstances pour atteindre cet objectif. En confiance et en verve, le coureur de Herentals peut filer vers Montréal avec un statut de favori au côté de son co-leader dans la sélection belge, Remco Evenepoel (Red Bull-Bora-Hansgrohe).

Et même sans leader pour le classement général, la Visma-Lease a Bike a réussi un sacré coup de force sur la dernière étape de montagne avec Sepp Kuss. L’Américain de 32 ans a tenté sa chance à plus de 60 kilomètres du but, sachant qu’il avait Bruno Armirail, Wout van Aert et Jørgen Nordhagen en éclaireurs pour l’aider au fur et à mesure de l’étape. Cela n’a pu mener à une victoire d’étape, mais au moins à une remontée à la cinquième place du classement général (contre la onzième au matin de cette étape). Malgré son état de fatigue à l’arrivée, Kuss a pu se réjouir de cette nouvelle place d’honneur sur ce Grand Tour qu’il avait remporté en 2023, après avoir gagné une étape du Tour d’Italie dans la suite de son soutien à Jonas Vingegaard, et avoir failli lever les bras dans la fin du Tour de France, terminé à la treizième place, comme sur le Giro.
D’autres Belges se sont distingués durant ces trois semaines, tel Jarno Widar (Lotto-Intermarché) qui a terminé deuxième à Andorre puis quatrième à Loja. Ce dernier a confirmé au fil des interviews qu’il ne souhaitait pas forcément se définir comme un coureur de Grand Tour. Il a donc joué sa carte offensive dès qu’il le pouvait, sans toutefois parvenir à trouver l’ouverture. Il est toutefois parvenu au bout de sa première course de trois semaines, non loin du Top 20 (23e), et a affiché le tempérament qu’il souhaitait. Ramses Debruyne (Alpecin-Premier Tech) a également confirmé ses bonnes dispositions affichées sur le Tour de France avant son abandon sur maladie. Deux troisièmes places et une quatrième place ont montré son appétit sur les étapes difficiles. Le puncheur de 24 ans continue de se révéler sur ce type de terrain, confirmant que le peloton belge continue d’agrandir sa collection de talents. C’est aussi à cela que sert le Tour d’Espagne.
Le classement général final de la 81e édition du Tour d’Espagne :
Données fournies par FirstCycling.com

@cyclismerevue.be tu as oublié un truc je crois https://cyclismerevue.be/2026/09/13/tour-espagne-vuelta-2026-analyse/
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@Mc_Chouffe @cyclismerevue.be ah zut, je vois pourquoi ! Merci pour le tip. On a transféré d'un hébergement à un autre, et ça a dû casser les transferts vers le Fediverse
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