Résumer la carrière encore en cours d’un cycliste n’est pas une sinécure. Résumer la carrière en cours d’un champion de la trempe de Tadej Pogačar se révèle encore plus alambiqué. Car il est difficile de laisser en pointillés ce qui pourrait ou non se produire après l’impression. La tendance sera-t-elle favorable à celui dont on conte l’histoire ? Son avenir sera-t-il bousculé par l’un ou l’autre obstacle, tel un pépin de santé, une chute ou un problème extra-sportif ? Comment prédire ce qui ne peut l’être alors qu’un écart d’un centimètre sur un trou ou face à un autre coureur du peloton peut transformer le destin ? Imaginer transcrire la biographie d’un cycliste d’à peine 27 ans, qui n’est professionnel que depuis sept saisons, semble aussi complexe que la gestion d’un Paris-Roubaix.
Cela n’a pas arrêté le journaliste anglais Andy McGrath de s’essayer à l’exercice. Une tentative au bout d’une saison 2025 qui a encore dépassé tout ce que les observateurs du peloton pouvaient imaginer à propos d’un coureur qui se rapproche de plus en plus des plus grands. Comment Tadej Pogačar est-il passé du frêle coureur slovène dont les capacités physiques ne semblaient pas déborder celles de ses équipiers au champion aujourd’hui incontesté sur la majeure partie des courses auxquelles il prend part ? L’auteur de cette biographie s’est replongé dans ses archives et ses premières interviews avec celui qui s’est imposé dès sa deuxième course par étapes parmi les professionnels. Il s’est envolé pour la Slovénie afin de rencontrer ses anciens entraîneurs et équipiers, ainsi que des proches qui ont façonné la force de caractère de ce touche-à-tout toujours heureux dès qu’il est sur un vélo.

Le récit évoque les (nombreuses) victoires d’un cycliste très souvent comparé au champion des champions, Eddy Merckx, mais aussi les quelques défaites qui lui ont permis de se renforcer pour l’avenir. Ce sont ces épisodes qui apparaissent comme nécessaires à la compréhension de la carrière de Tadej Pogačar et à sa volonté de domination. Une volonté qui reste toutefois liée au souhait de trouver de l’amusement dans ses défis. L’objectif est de garder la passion intacte, par de nouveaux défis ou de nouvelles histoires à raconter.
Sans tomber dans le voyeurisme, l’auteur révèle quelques parts d’intime de ce coureur malgré tout réservé, qui ne laisse que peu paraître sur sa vie personnelle : sa vie avec Urska Zigart, sa relation avec ses parents, son comportement avec ses amis. Rien d’indélicat, juste ce qu’il faut pour permettre de mieux comprendre son état d’esprit sur les compétitions sportives qu’il domine.
La seule frustration émane du final de cet ouvrage. Il s’arrête sur les questions évoquées plus haut sur un avenir que l’on sait incertain. Mais l’objectif n’était pas de réaliser un bilan exhaustif des prouesses du Slovène volant ou d’imaginer ce qui sera sa carrière sur le long cours. Il s’agit avant tout de dessiner les contours d’un champion timide, mais atypique, costaud, mais entreprenant, malin, mais à l’esprit joueur. Un premier portrait, donc, qui en appellera sûrement d’autres. Ou au moins une prochaine réédition, quand les exploits continueront de s’empiler sur un palmarès qui a déjà dépassé les 100 victoires l’été dernier.
- « Tadej Pogacar Unstoppable » par Andy McGrath, un livre (en anglais) sorti le 13 novembre 2025 aux éditions Bloomsbury, 272 pages.
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