s Lectures cyclistes : deux vies d'Eddy Merckx

Lectures cyclistes : deux vies d’Eddy Merckx

Résumer Eddy Merckx en quelques mots ne serait pas lui rendre un hommage à la hauteur de son palmarès. Il faut bien quelques centaines de pages pour évoquer la carrière du sportif belge du siècle. Cela tombe bien : les biographies autour du Cannibale pullulent. Dans cette pile, deux ouvrages ont marqué notre attention. Ce sont nos conseils lecture de ce début d’année.
Couverture - Eddy Merckx Biographie Ultime

Les 50 ans d’Eddy Merckx, puis les 60 bougies, le 70ᵉ anniversaire, le 75ᵉ, les 80 printemps… Les occasions de célébrer Eddy Merckx se répètent au fil des décennies, rappelant à périodes régulières le prolifique palmarès de la légende du cyclisme noir-jaune-rouge. Les archives ne manquent pas, les entretiens avec le quintuple vainqueur du Tour de France – parmi d’autres exploits – non plus. À tel point qu’on en vient à se demander ce que le Brabançon peut encore trouver à raconter. L’homme a su se montrer disponible pour permettre à la presse d’assouvir sa soif de récits historiques. Il devient dès lors difficile de trouver un angle intéressant pour décortiquer celui qui est toujours l’un des sportifs préférés du plat pays, près de cinquante ans après sa retraite des pelotons.

Johnny Vansevenant a donc décidé de pousser le curseur au maximum. Voici dix ans, il avait proposé une première version de ce qu’il décrivait alors comme la biographie complète d’Eddy Merckx, depuis sa naissance jusqu’à ses années d’entrepreneur, sélectionneur, consultant et grand-père. Le revoici en 2025 avec une version améliorée de son ouvrage, « La biographie ultime », toujours avec des témoignages des proches du cycliste, un avant-propos revu par le commentateur de la RTBF Rodrigo Beenkens et des interviews d’Eddy Merckx reprises ça et là pour agrémenter le portrait d’un être plus complexe que sa figure de gagnant sur deux roues.

Cette biographie a l’avantage d’être prolixe sur tous les aspects de la vie du Cannibale. On en apprend sur chaque détail de sa famille, sur ses origines brabançonnes, sur son apprentissage du français, sur son démarrage difficile dans le monde cycliste… L’histoire d’un garçon passionné dont la croissance va lui permettre de décrocher les étoiles, dévoilant tout son potentiel aux portes de l’âge adulte. Rien n’est omis dans ses relations avec le reste de sa famille, ses discussions animées avec des concurrents, voire des équipiers, ses désaccords avec ses directeurs sportifs, ses remous avec la brigade antidopage, ses blessures physiques et mentales, ses difficultés avec la presse, la gestion de sa popularité. Tout y passe dans un récit détaillé et parfois étouffant dans certains chapitres plus intimes.

Mais les témoignages se veulent complets et proposent une plongée impressionnante dans la vie d’un homme qui n’a jamais semblé arrêter de foncer durant les vingt ans de sa carrière cycliste, depuis les catégories de jeunes jusqu’à sa dernière année professionnelle. On y sent l’usure et la fragilité d’un homme qui a tout donné pour sa passion, malgré les nids-de-poule sur le chemin. L’ensemble est à la gloire d’Eddy Merckx, sans grande opposition à ses méthodes. Cependant, il permet de mieux définir ce grand champion qui ne paraissait finalement à l’aise que sur le vélo ou dans son cercle très proche.

Un regard extérieur

Pour un récit plus nuancé et le point de vue de celles et ceux qui ont pu côtoyer Eddy Merckx d’une autre perspective, Daniel Friebe propose sa propre biographie, baptisée « Une vie », sortie en anglais en 2012 et depuis lors traduite en français. Rien que le titre évoque un destin moins exceptionnel qu’il pourrait être écrit dans les autres ouvrages autour du coureur belge. Évidemment, le journaliste britannique relève les 525 victoires obtenues en 14 saisons professionnelles, les titres mondiaux, les Monuments, les Grands Tours remportés. Ces années de gloire sont toutefois décrites avec plus de hauteur, avec les témoignages des champions qui ont marqué ces deux décennies avalées par le Cannibale. Beaucoup d’adversaires, évidemment, qui affichent leur respect envers Merckx, mais qui n’hésitent pas non plus à tracer les failles et faiblesses de celui qui paraissait imbattable.

Il n’y est pas question d’adoration envers le sportif belge du siècle, plutôt d’une tentative de mieux saisir toutes ses nuances. Pourtant, l’ensemble du récit a été composé… sans le principal protagoniste. Eddy Merckx a effectivement refusé de participer au projet de Daniel Friebe. Cela lui donne finalement une autre dimension. Comme une hagiographie de celui qui a tellement marqué le peloton qu’il semble hors du temps, hors de l’histoire. Car en lisant ces différents livres, je me suis rendu compte qu’une génération exceptionnelle naviguait autour de l’homme de Meise, entre Jacques Anquetil, Freddy Maertens, Roger De Vlaeminck, Felice Gimondi, Bernard Thévenet… Autant de noms qui doivent encore frapper les historiens du vélo, mais qui ne font pas forcément mouche auprès de toutes celles et tous ceux qui ont été marqués par les exploits d’Eddy Merckx sans suivre la Petite Reine au quotidien. C’est toute cette époque particulière que Daniel Friebe décrit dans un ouvrage qui laisse finalement le Cannibale planer au-dessus de ces champions, comme l’inévitable qui pourrait tous les mater d’une manière ou d’une autre.

Ces deux ouvrages permettent ainsi, dans une histoire qui mérite une attention particulière, un pont entre la préhistoire du vélo et la généralisation des premières innovations du cycle. Une période durant laquelle la starification des grands noms du vélo a mené à une professionnalisation à grande vitesse et à un nouveau regard du public, grâce notamment à l’arrivée de la télévision sur les courses cyclistes. Eddy Merckx était au carrefour de ces révolutions. Ces livres le rappellent très bien, chacun à leur manière.

  • « Eddy Merckx. La biographie ultime » par Johnny Vansevenant avec une préface de Rodrigo Beenkens, un livre sorti en 2025 aux éditions Racine, 432 pages.
  • Plus d’informations en cliquant ici

Lire aussi ➡️ Lectures cyclistes : « L’aigle sans orteils » de Christian Lax

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