Championnats du monde de cyclo-cross 2022 – Hommes : Pidcock vole vers l’arc-en-ciel

Favori annoncé en l’absence des autres stars de la discipline, Tom Pidcock a tenu son rang face à Lars van der Haar et Eli Iserbyt.

Favori annoncé en l’absence des autres stars de la discipline, Wout van Aert et Mathieu Van der Poel, le Britannique Tom Pidcock n’a pas tremblé face au collectif belge. En cassant le scénario tactique privilégié par le groupe de Sven Vanthourenhout, le jeune prodige d’outre-Manche a parfait son explosivité pour conquérir un premier titre mondial mérité à Fayetteville !

Sous la chaleur hivernale de l’Arkansas (jusqu’à 15°C ce dimanche), la course des élites hommes sonnait comme le point d’orgue de ces championnats du monde, en tous points spectaculaires. Malgré un tracé qui a longtemps fait parler par ses chemins très rapides, comparés à un circuit de gravel, le parcours de Fayetteville a mené à des joutes intenses sur les six courses programmées ce week-end. Et la ferveur du public américain présent en masse dans le Centennial Park aidait à la mythologie de ces courses au maillot arc-en-ciel. Alors, imaginez ces exclamations et cris décuplés à l’approche de la grand-messe de ce week-end mondial… Tous attendaient la lutte entre coureurs belges et autres stars de la discipline. Entre Eli Iserbyt, Toon Aerts, Lars van der Haar, Tom Pidcock. Et la lutte a bien eu lieu.

Comme lors de la course des espoirs hommes, les Belges menaient une course collective, avec l’espoir de laisser un coureur en bleu ciel prendre les devants tout en bloquant la poursuite à l’arrière. Toon Aerts, Michael Vanthourenhout ou Laurens Sweeck s’essayaient à l’offensive. Sans large écart toutefois. “Nous avons fait tout ce que nous pouvions”, clame Eli Iserbyt après coup. Le leader annoncé du groupe belge, vainqueur de la Coupe du monde, se faisait tout petit au départ avant de se replacer en voyant ses concurrents directs, le Néerlandais Lars van der Haar et le Britannique Tom Pidcock s’activer sur la seule côte de ce circuit rapide, avalé à plus de 26 km/h de moyenne.

“Comme si j’allais à la guerre”

“Je sentais que cela allait être une course hyper dure. Plus sec est le terrain, plus tactique est la course. Les Belges essayaient de rendre cette course tactique. Finalement, j’y suis allé comme si j’allais à la guerre”, confirme Tom Pidcock. Sur un passage technique plus rapide, le Britannique lâchait les chevaux dans la deuxième moitié du quatrième tour. Avant même la mi-course. Et il n’allait plus jamais voir de poursuivant dans la roue. Vanthourenhout lâchait directement prise et Iserbyt se retrouvait bien trop loin pour espérer revoir l’homme de tête d’ici au podium. “Quand Pidcock est parti, je me suis dit ‘wow'”, confirme le Belge. “C’est peut-être dommage que je n’étais pas dans sa roue quand il a accéléré, mais je ne sais pas si cela aurait pu faire la différence”.

Il n’y avait finalement rien à faire, ce dimanche, face à un tel Tom Pidcock. Dans le cinquième des neuf tours à couvrir, il récupérait près de vingt secondes d’avance sur Iserbyt, dans le rouge et contraint de laisser des poursuivants le rejoindre. Même reparti avec Lars van der Haar dans les trois derniers tours, le leader belge ne reprenait pas une miette sur l’homme de tête. “Quand je peux prendre la tête de la course et maintenir mon propre rythme, c’est une bonne tactique pour moi”, analyse Pidcock. “Quand j’ai eu une trentaine de secondes d’avance, j’ai pensé que si je perdais, c’était ma faute. Je devais surtout contrôler désormais”.

Sans Van Aert ou Van der Poel ? “C’est plus difficile”

Le leader se permettait même de relancer au sprint dans la côte du circuit, d’accélérer dans les escaliers, d’enchaîner les virages à toute allure. Avant de conclure tout sourire sur la ligne d’arrivée. Sans drapeau britannique dans les mains, mais c’était pour mieux préparer sa posture de Superman, les pieds au-dessus de sa roue arrière, le bras droit tendu, pour mimer le célèbre super-héros de Krypton. “C’est un grand soulagement de gagner ! On est arrivé il y a une semaine. Une semaine dans un hôtel, où le stress grandit. C’était difficile à gérer malgré tout. C’est la pire partie avant une course. Finalement, j’avais de très bonnes jambes aujourd’hui et j’ai pu en profiter”, réagit le Britannique de 22 ans, vainqueur de son premier titre mondial chez les pros, moins d’un an après son titre olympique en VTT et son premier succès probant sur la route, à l’occasion de la Flèche Brabançonne.

Et même si certains rappellent qu’il s’est aujourd’hui imposé sans Van Aert ou Van der Poel comme adversaires, Tom Pidcock n’en a cure : seul l’arc-en-ciel compte. “Je suis arrivé à la conclusion qu’un championnat du monde sans Wout van Aert ou Mathieu Van der Poel au départ, cela rendait la course plus difficile à gagner. Je pense que quand ils ne sont pas là, les supporters et coureurs regardent vers moi en me disant que je suis le favori. Cela met de la pression. (…) Tout le monde pense que c’est facile quand on gagne de grandes courses, mais on ne peut pas démarrer une course avec cette mentalité. Je savais que cela allait être une course super dure. On est venu ici avec un plan, on s’y est tenu et cela s’est bien terminé à la fin”, commente-t-il.

Tom Pidcock a en effet dû s’arracher pour glaner cette demi-minute d’avance et la conserver sur Van der Haar et Iserbyt, qui se sont disputés la deuxième place au sprint. Avec l’avantage pour le Néerlandais. Iserbyt ne peut s’offrir que le bronze, mais il n’en garde pas un goût amer, dit-il au micro de la VRT. “Le titre de Pidcock est mérité. C’est quelqu’un qui veut toujours disputer des cyclo-cross et qui veut faire la course. Je dois m’y faire et faire mieux”, analyse-t-il. “Je reste très satisfait de ce championnat du monde. Et l’ambiance et le public en valaient vraiment la peine. C’est une bonne de revenir aux États-Unis de temps en temps”. Et ce serait encore mieux si les courses sont aussi intenses !

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Résultats de la course des élites hommes des championnats du monde de cyclo-cross à Fayetteville :

  1. Tom Pidcock (G-B), les 9 tours en 1h00:36
  2. Lars van der Haar (P-B) à 0:30
  3. Eli Iserbyt (BEL) à 0:32
  4. Michael Vanthourenhout (BEL) à 0:52
  5. Clément Venturini (Fra) à 0:57
  6. Toon Aerts (BEL) à 1:02
  7. Jens Adams (BEL) à 1:06
  8. Laurens Sweeck (BEL) à 1:16
  9. Kevin Kuhn (Sui) à 1:36
  10. Daan Soete (BEL) à 1:44
  11. Toon Vandebosch (BEL) à 1:46
  12. Vincent Baestaens (BEL) à 5:41

Photo : capture Eurosport

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