Rayons X, traceurs, tablettes,… : voici le plan de l’UCI pour lutter contre la fraude technologique

L’Union Cycliste Internationale (UCI) a présenté le 21 mars dernier, à Genève, son plan de bataille afin d’améliorer la lutte contre la fraude technologique dans les pelotons. Entre les tablettes améliorées qui permettent de détecter le champ magnétique et les boîtes à rayons X, le président de la fédération David Lappartient met l’accent sur quatre outils à mettre en place dans les prochains mois. Voici ces outils qui doivent permettre de relancer ce combat de longue haleine.

Voici près de deux ans, la cycliste Femke Van den Driessche faisait malheureusement la Une de l’actualité en tant que premier cas officiel de fraude technologique : un moteur retrouvé dans le vélo, et une carrière déjà fichue à 17 ans. Depuis lors, l’UCI a fait de cette nouvelle forme de tricherie son cheval de bataille. Encore plus depuis l’arrivée du Français David Lappartient à la présidence de la fédération internationale, décidé à faire disparaître ce fléau qui n’a pour l’instant pas encore touché officiellement le peloton professionnel. Cela fait ainsi près de deux ans que l’UCI a lancé plusieurs initiatives, comme le contrôle des vélos avant et après les courses grâce à des tablettes améliorées, équipées de détecteur de champ magnétique. Ou encore la présence de caméras thermiques sur plusieurs courses, afin de détecter la chaleur qui pourrait sortir des moteurs. Mais cela n’était clairement pas suffisant. Notamment après les révélations de France 2, en septembre dernier, confirmant l’efficacité aléatoire des tablettes utilisées par les commissaires de l’UCI.

Le 21 mars dernier, David Lappartient, Jean-Christophe Péraud, ancien coureur français désigné manager en charge de la lutte contre la fraude technologique, et Bob Stapleton, ancien manager de l’équipe Telekom et président de la Commission pour la lutte contre la fraude technologique, ont présenté à Genève les nouvelles actions pour améliorer cette détection d’éventuels moteurs dans les pelotons. Parmi les quatre méthodes dévoilées, une seule a toutefois été mise en place le week-end dernier, lors du GP E3 et Gand-Wevelgem. Les autres devront attendre quelques semaines voire plusieurs mois avant d’être lancées. « J’ai toujours dit que les tablettes étaient nécessaires, mais pas suffisantes. Cela signifiait qu’il était possible d’échapper aux contrôles, même quand nous utilisons les tablettes. Donc, celles-ci doivent juste être un outil parmi d’autres. Ce que nous souhaitons réaliser est donc de ne trouver aucun moyen d’échapper à la détection », confirme David Lappartient.

Un scanner à rayons X

La première méthode révélée par l’UCI et mise en œuvre depuis le GP E3 est le scanner par rayons X. La fédération a travaillé avec la société VJ Technologies pour mettre en place sur les sites d’arrivée des courses une installation pour contrôler les vélos aux rayons X. L’espace dans lequel les machines sont contrôlées est évidemment sécurisé pour éviter que toute radiation atteigne les personnes aux abords du scanner. Celui-ci est ainsi blindé et pèse plus de 1,4 tonne. Le contrôle dure, lui, quelques minutes, ce qui fait que seuls quelques vélos pourront être contrôlés sur chaque course. Ainsi, seules les machines des premiers de l’épreuve ainsi que celles des coureurs qui passent au contrôle antidopage. Les cyclistes devront ainsi donner leur vélo au maximum trente minutes après l’arrivée. Toutefois, jusqu’ici, un seul scanner à rayons X est disponible, vu son coût important, ce qui signifie que ce système ne pourra être présent que sur une course à la fois.

Des meilleures tablettes et une puce

La deuxième méthode est celle des tablettes. L’objectif est évidemment d’améliorer la méthode de détection des champs électromagnétiques grâce à ces iPad. Ainsi, des nouveaux équipements plus précis devraient être fournis d’ici la fin de la saison aux commissaires de l’UCI, qui ont été formés en février dernier afin de mieux prendre en main cet outil qui pouvait parfois montrer des failles. En outre, Jean-Christophe Peraud a précisé que la quantité des contrôles sera moindre afin de préférer « la qualité ». Le but sera également d’utiliser ces tablettes à un niveau amateur, avec l’aide des fédérations nationales intéressées.

Un autre plan de l’UCI est l’utilisation de la technologie RFID, par la radio-identification. Cette puce RFID, principalement utilisée dans les commerces afin d’identifier les articles et assurer leur protection, pourrait ainsi permettre de mieux identifier les vélos et roues utilisés. En effet, l’UCI souhaite pouvoir contrôler l’ensemble du matériel utilisé sur les courses professionnelles, alors qu’aujourd’hui, de nombreuses roues sont changées et quelques vélos sont modifiés, sans que l’UCI en soit notifiée officiellement. Cette puce RFID reste toutefois limitée, et ne permet pas de suivre une machine en temps réel, comme une puce GPS. Les contrôles ne peuvent donc se faire qu’avant et après la course.

Un traceur en temps réel

Enfin, la dernière méthode est certainement la plus avancée technologiquement et certainement la plus efficace. L’UCI collabore avec un département du Commissariat à l’Énergie Atomique et aux Énergies Alternatives (CEA) afin de mettre en place une sorte de puce qui permettrait de tracer en temps réel les vélos et le champ magnétique généré par un éventuel présent dans le vélo. Dès qu’un vélo émet un éventuel champ magnétique, les commissaires de l’UCI pourraient être prévenus en temps réel, même en pleine course, permettant ainsi un contrôle plus approfondi par la suite. La technologie reste toutefois à être créée. Si la puce GPS existe déjà dans les pelotons, la détection de champ magnétique et l’alerte qui suit sont encore en phase de développement. Toutefois, Bob Stapleton précise qu’aucune date ne peut être évoquée à ce jour concernant le lancement de cette technologie haut de gamme.

Bref, les plans de l’UCI sont ambitieux et montrent clairement que la fédération veut éliminer toute trace de suspicion quant à une éventuelle fraude technologique. Car jusqu’à présent, cette forme de tricherie n’a jamais été avérée dans le monde professionnel, même si les soupçons sont de plus en plus lourds au fil des mois, au fil des investigations journalistiques,… Les preuves concrètes manquent encore, l’UCI veut donc les découvrir au plus vite si elles peuvent exister. Pour éviter qu’une nouvelle crise touche le vélo, vingt ans après les lourdes affaires de dopage qui ont écorné son image. Il en va de l’avenir du cyclisme.

Photo : illustration ASO

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 28 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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