Chris Froome blanchi par l’UCI à cinq jours du Tour : un camouflet en plus

« Tout ça pour ça » : la réaction de Christian Prudhomme, directeur du cyclisme chez Amaury Sport Organisation (ASO), résume le dossier Froome à la perfection. Après neuf mois d’incertitudes, l’Union Cycliste Internationale (UCI) a annoncé le classement sans suite du dossier autour du coureur britannique. Et à cinq jours du Tour de France, cette annonce de l’UCI semble être une nouvelle claque pour le cyclisme. Surtout au niveau du timing.

Au lendemain de la décision d’ASO d’interdire Chris Froome de départ sur le Tour de France, une nouvelle surprenante a de nouveau ébranlé le peloton. Sans crier gare, l’UCI a annoncé ce lundi matin que le cas Froome est finalement réglé. Neuf mois après son contrôle anormal au salbutamol, le coureur britannique est blanchi. Au terme d’une longue enquête, d’une suite d’études et d’analyses de la part de la Sky afin de défendre son coureur, il a fallu attendre le 2 juillet, soit cinq jours avant le départ de la prochaine édition de la Grande Boucle, pour que l’UCI se décide à réagir sur ce dossier complexe. « Même si l’UCI aurait évidemment préféré que la procédure soit finalisée plus tôt dans la saison, elle a dû s’assurer que les droits de la défense de M. Froome soient respectés, comme cela aurait été le cas pour tout autre coureur, et que la décision correcte soit prise », justifie la fédération internationale, avant d’annoncer sa décision : « Sachant que l’AMA dispose des meilleures informations sur le régime du salbutamol qu’elle a mis en place, l’UCI a décidé, sur la base de la position de l’AMA, de clore la procédure contre M. Froome ».

La surprise ne vient pas forcément de la décision. Cela fait plusieurs mois que la Sky fourbit ses armes et amène de nombreuses études pour étayer sa théorie selon laquelle le salbumatol, ce produit anti-asthmatique ingéré par Chris Froome depuis des années, n’a pas d’effet dopant prouvé. L’équipe britannique a lancé des dizaines d’avocats et d’experts face à l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) et le Tribunal antidopage de l’UCI, pour confirmer que le taux excessif de salbutamol détecté dans le sang de Froome lors de la 18e étape du Tour d’Espagne 2017 était dû à la déshydratation du coureur. Ces explications peuvent se valoir, au niveau scientifique, et il était visiblement difficile pour les autorités de trancher clairement sur le sujet. L’AMA, qui a rendu sa décision auprès de l’UCI le 28 juin dernier seulement, l’explique d’ailleurs dans son rapport : « Dans le cas de M. Froome, l’AMA admet qu’une étude pharmacocinétique contrôlée (CPKS) n’aurait pas été praticable car il n’aurait pas été possible de recréer correctement les circonstances uniques qui ont précédé le contrôle antidopage du 7 septembre ». Vu qu’il était impossible de recréer les conditions de l’effort et des doses de salbutamol inhalées, l’AMA estime qu’il s’agit d’un argument pour affirmer que l’échantillon de Froome peut être considéré comme n’étant pas anormal. On n’en est pas certain mais l’incertitude mène au classement sans suite.

« Je n’ai jamais douté que ce dossier serait rejeté, pour la simple raison que je savais que je n’avais rien fait de mal. Je souffre d’asthme depuis mon enfance. Je sais exactement quelles sont les règles », ose affirmer Chris Froome. Mais ce n’est visiblement pas sur cette base que l’AMA a blanchi le coureur britannique. L’agence mondiale antidopage explique qu’il existe des cas possibles dans lesquels le sportif peut avoir inhalé une dose maximale autorisée de salbutamol, entraînant une concentration plus élevée que la moyenne. Et Froome ferait partie de ce cas. Sans certitude, encore une fois. Et cette incertitude conduit à la décision de l’UCI.

Mais le timing étonne. Clairement, il faut quelques temps avant de pouvoir régler un dossier aussi complexe sur le plan médical. Mais obtenir la réponse de l’AMA à moins de dix jours du départ du Tour de France et une décision de l’UCI cinq jours avant la première étape en Vendée, cela peut étonner. Surtout au lendemain de l’annonce par ASO de l’interdiction de départ de Chris Froome pour « atteinte à l’image de la course ». Finalement, l’organisateur fait machine arrière vu qu’il n’y a plus de dossier derrière le Britannique. « Il faut des règles pour ne plus se retrouver devant ce cas, je n’ai cessé de le répéter », répète toutefois Christian Prudhomme, frustré d’avoir dû patienter neuf mois sans avoir accès au dossier, sans même avoir un appel de l’UCI pour lui confirmer qu’une décision sera rapidement prise. Sans quoi ASO ne se serait pas lancé dans cette procédure d’interdiction.

Bref, le timing est malheureux, le dossier est malheureux et le cyclisme n’en sort finalement que plus meurtri. Huit mois après la révélation de ce dossier sulfureux, un certain public ne retiendra pas l’innocence déclarée de Froome. Et il risque d’être sur les bords des routes du Tour de France, en ce mois de juillet, échauffé par des vérités et contre-vérités qui n’ont cessé d’être couchées sur le papier. Ce public ne retiendra que le fait que le cyclisme a encore une fois été poussé dans la boue. Confirmant la règle qu’il est difficile de laver plus blanc que blanc, surtout avec ce genre d’affaire…

Photo : ASO/Tour de France/A. Broadway

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 28 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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