Les dix coureurs à suivre sur le Tour d’Italie 2018

La 101e édition du Tour d’Italie s’annonce ce vendredi en Israël avec un peloton une nouvelle fois d’une grande qualité, confirmant le statut de la course au maillot rose, décidée à jouer des coudes avec le Tour de France en tant que Grand Tour le plus spectaculaire de la saison. Si le tracé promet de belles joutes en montagne et dans les vallons, bon nombre de favoris annoncés sont également capables d’afficher leur panache pour la conquête du paletot rose. Même si les caméras seront certainement braquées sur un seul homme…

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Chris Froome (G-B, Team Sky)

Fin novembre, le Britannique Christopher Froome annonçait durant une bande-annonce enregistrée depuis Monaco sa participation prochaine au 101e Tour d’Italie, avec l’envie de doubler Giro et Tour de France en 2018. Des sourcils se sont froncés mais pourquoi pas ? D’autres se sont essayés à ce fameux challenge, comme Alberto Contador trois ans auparavant, mais depuis Marco Pantani en 1998, personne n’a pu trouver la victoire sur les deux épreuves la même année. Le challenge s’annonçait donc déjà intense. Mais depuis lors, un boulet reste accroché aux pédales de Froome. Deux semaines après son annonce, les quotidiens Le Monde et The Guardian révèlent que l’Union Cycliste Internationale (UCI) a signalé un contrôle « anormal » au salbutamol de la part du leader du Team Sky lors du Tour d’Espagne qu’il a remporté en septembre 2017. En raison de ce caractère anormal, Froome ne peut être suspendu provisoirement et doit désormais se défendre auprès de la cellule antidopage de l’UCI dans les prochains mois. Quand ? On n’en sait toujours rien. En tout cas, pas avant le départ de ce Giro, qui restait un point d’interrogation pour le Britannique. L’organisation n’a, elle, pas décidé d’interdire Froome de départ, surtout pour éviter un éventuel procès.

Christopher Froome arrive donc en Israël avec beaucoup d’interrogations autour de sa personne, mais moins de questions quant à sa forme physique. Peu en vue depuis le début de la saison, préférant comme d’habitude les entraînements sur les hauteurs de Tenerife à l’enchaînement de courses par étapes, le Britannique a seulement terminé 10e du Tour d’Andalousie, en février, et 34e de Tirreno-Adriatico, en mars, avant de se rassurer sur le difficile Tour des Alpes, qu’il a conclu à la quatrième place. Il s’est même permis quelques contres qui ont confirmé sa bonne condition à l’aube du Giro. Clairement, le coureur de 32 ans sera la tête d’affiche de ce 101e Giro et bénéficiera comme à l’accoutumée d’une équipe totalement acquise à sa cause, avec Kenny Elissonde, David De La Cruz, Sergio Luis Henao et Wout Poels pour l’épauler en montagne. Excusez du peu. Bref, Froome semble avoir les armes pour décrocher un troisième Grand Tour consécutif après le Tour de France 2017 et la Vuelta 2017. À moins que la pression médiatique vienne le perturber durant ces trois longues semaines de course.

Tom Dumoulin (P-B, Sunweb)

S’il avait déjà démontré de belles qualités en montagne et une endurance sur trois semaines lui permettant de forger sa place parmi les coureurs de Grand Tour, peu d’observateurs s’attendait à voir Tom Dumoulin dominer le dernier Giro. Vainqueur surprise à Milan, le coureur néerlandais, célébré en héros national, ne souhaite toutefois pas franchir les étapes trop vite. Au lieu d’envisager une participation au Tour de France, il préfère d’abord défendre son titre sur cette 101e édition. Et même si les contre-la-montre ne seront pas aussi longs que l’an dernier et ne s’annoncent pas aussi déterminants, le cycliste batave risque de jouer des coudes avec les grimpeurs sur les principales étapes de montagne de ce Giro.

Du moins si Dumoulin peut éviter les chutes et maladies qui le minent depuis le début de la saison. S’il s’est quelque peu rassuré avec une quinzième place sur Liège-Bastogne-Liège, le leader de la Sunweb n’a pas connu un début de saison tranquille. Chutes sur le Tour d’Abu Dhabi et sur Tirreno-Adriatico puis un virus fin mars… La scoumoune semble poursuivre le Limbourgeois en cette première partie de saison. « Mon printemps était mauvais, en partie à cause de la malchance, en partie parce que j’en voulais trop. Je n’étais pas calme et je ne roulais pas avec plaisir. J’avais juste mes yeux braqués sur les résultats », expliquait Dumoulin après Liège-Bastogne-Liège, qui reste toutefois confiant quant à ses ambitions pour le Tour d’Italie : « Mon sentiment actuel est sensiblement le même que l’an dernier. Et je n’ai pas été si mauvais sur le Giro », sourit-il.

Fabio Arù (Ita, UAE Team Emirates)

La pression est grande sur le champion d’Italie. Annoncé comme le successeur désigné de Vincenzo Nibali, le grimpeur sarde doit encore trouver la bonne recette pour réussir un Grand Tour de A à Z. Et en prime, il doit essayer de sauver le début de saison de l’équipe UAE Team Emirates, qui n’a encore connu qu’à deux reprises la victoire jusqu’ici… Depuis sa victoire sur le Tour d’Espagne 2015, Fabio Arù a connu deux saisons en dents de scie, sans retrouver la vista qui lui avait permis de briller à seulement 24 ans sur les routes ibères. Une blessure l’a tenu écarté du dernier Giro, le contraignant à remettre son objectif de la saison sur le Tour de France, durant lequel il a pu porter le maillot jaune avant de s’effondrer en troisième semaine de compétition. Des questions se sont alors posées sur les qualités du coureur italien et sur son avenir. Désormais leader chez UAE Team Emirates, il a une nouvelle pression sur les épaules.

Sixième du dernier Tour des Alpes après un printemps modeste, Fabio Arù bénéficiera en prime de l’aide personnelle de son ancien équipier désormais retraité, Paolo Tiralongo. Un appui bénéfique pour le coureur sarde, qui a souvent l’habitude de suivre son instinct, parfois à mauvais escient. Arù est un coureur qui fonctionne au panache, à l’émotion. Il attaque, il tente de créer une brèche, il espère ainsi faire craquer ses adversaires. Mais ces derniers mois, c’est plus souvent lui qui a payé ces efforts intenses. Le champion d’Italie reste toutefois un grimpeur de talent et la dernière semaine de compétition, avec notamment l’enchaînement annoncé à Bardonecchia puis Cervinia pourrait lui servir en cas de lutte avec la tête du classement général. Arù devra alors la jouer plus finement, et avec plus de contrôle que d’habitude.

Thibaut Pinot (Fra, Groupama-FDJ)

Thibaut Pinot et l’Italie, une belle histoire d’amour. S’il a d’abord brillé sur les routes du Tour de France, c’est dès qu’il passe la frontière alpestre qu’il semble trouver la paix lui permettant d’enchaîner les podiums. Dans la Botte, le coureur français semble clairement profiter et prendre du plaisir sur le vélo. Et cela se confirme dans les résultats. Troisième du Tour de Lombardie en 2015, quatrième du Tour d’Italie l’an dernier, il a cette fois prouvé ses qualités de grimpeur sur le Tour des Alpes, deux semaines avant le Giro. Leader autoritaire, il n’a rien laissé à ses adversaires et semble clairement capable de jouer les chefs de meute s’il se retrouve en tête d’un classement général. Car face à lui, Pinot n’avait pas que de jeunes pousses. Il a également repoussé Froome ou Arù pour remporter sa première victoire au général d’une course par étapes depuis le Tour de l’Ain, en août dernier.

Groupama-FDJ a en plus renforcé son collectif pour permettre à Pinot de bénéficier d’une équipe idéale de puncheurs-grimpeurs sur les routes italiennes. Avec Georg Preidler en prime, et Jérémy Roy comme capitaine de route, l’équipe française a rarement affiché un groupe aussi fort dans les pourcentages. L’idéal pour Pinot, qui espère clairement grimper sur le podium de la course au maillot rose, cette année. Il lui faudra pour cela mieux appréhender les contre-la-montre, qu’il avait totalement manqués l’an dernier.

Miguel Angel Lopez (Col, Astana Pro Team)

À seulement 24 ans, « Superman » Lopez apparaît déjà comme un favori logique sur les Grands Tours auxquels il prend part. Pourtant, le jeune coureur colombien n’en est qu’à sa troisième course de trois semaines et ne se met pas pour autant la pression, vu son jeune âge. Double vainqueur d’étape sur le Tour d’Espagne, sur lequel il a terminé à la huitième place au classement général, le leader annoncé d’Astana bénéficie d’un statut protégé au vu de ses derniers résultats. Deuxième du Tour d’Oman, troisième du Tour d’Abu Dhabi et troisième du Tour des Alpes, Lopez enchaîne les résultats avec l’appui d’une équipe qui sait comment mener ses grimpeurs au plus haut.

Alors, le déclic aura-t-il lieu sur ce Tour d’Italie ? Miguel Angel Lopez peut-il viser mieux que l’une ou l’autre victoire d’étape en haute montagne ou une place dans le Top 10 à Rome ? « C’est la course que j’ai toujours aimée, que je regardais toujours à la télévision », lance le Colombien quand on lui évoque le Giro, sur Cyclingnews. « Je me sens dans la même condition qu’avant la Vuelta, l’an dernier », estime-t-il. Cette forme physique, l’expérience acquise sur le dernier Tour d’Espagne et surtout ses équipiers pourraient en tout cas lui permettre de viser au moins un podium au terme des trois prochaines semaines de course en Israël et en Italie. Car à côté de Lopez, Astana amène sur ce Giro des grimpeurs comme Tanel Kangert, Pello Bilbao ou Luis Leon Sanchez qui peuvent clairement pousser le Colombien au sommet.

Domenico Pozzovivo (Ita, Bahrain-Merida)

À 35 ans, Domenico Pozzovivo est « l’homme du Giro ». En onze participations, le coureur italien a déjà terminé à cinq reprises dans le Top 10 mais ne compte qu’une victoire d’étape à son palmarès. Le grimpeur est un habitué des places d’honneur et espère cette année faire mieux, au moins se placer sur le podium. Pozzovivo a en tout cas convaincu lors de ses dernières sorties. Deuxième du Tour des Alpes après avoir suivi quasiment toutes les attaques en haute montagne, il a encore réussi à terminer cinquième de Liège-Bastogne-Liège au terme d’une course explosive. Il semble donc en grande forme pour affronter les hauteurs du prochain Tour d’Italie. Il doit toutefois encore tenir la distance sur trois semaines.

Pozzovivo est en effet un coureur à surveiller dès que les cols se présentent sur la route du peloton, mais sur un Grand Tour, le coureur italien connaît quasiment toujours un jour de faiblesse, qui lui fait perdre le contact avec les favoris. Il espère donc compter sur ses équipiers, dont les expérimentés Giovanni Visconti et Kanstantsin Siutsou, pour l’aider au mieux. Notamment dans les étapes de plaine où Pozzovivo a trop souvent perdu du temps par le passé.

Elia Viviani (Ita, Quick Step Floors)

Auteur d’un printemps exceptionnel, Elia Viviani arrive en confiance sur les routes italiennes. Avec six victoires au palmarès, le sprinter italien n’a pas manqué son transfert chez Quick Step et aura enfin droit à une équipe dédiée à son train au sein de la formation belge. Avec Fabio Sabatini, Michael Morkov ou encore Zdenek Stybar, le champion olympique peut espérer faire grimper son compteur de victoires sur le Giro. Certes, il n’a pu confirmer sa bonne condition sur les routes du Tour de Romandie suite à son classement hors-délai sur le contre-la-montre en côte de Villars-sur-Ollon, lors de la quatrième journée de compétition, mais Viviani devrait bien être aux avant-postes dès qu’un emballage massif se préparera.

Deux étapes s’annoncent ainsi pour les coureurs les plus rapides du peloton en Israël, avant trois semaines plus compliquées en Italie. Les étapes pour les sprinters seront alors plus rares, mais Viviani peut tenir le rythme si une côte se place sur son chemin dans les quinze à dix derniers kilomètres de l’étape. Il l’a prouvé sur les dernières classiques printanières : quelques ascensions ne lui font pas peur. Il est un sprinter complet, il doit désormais le confirmer sur la course de son cœur.

Jakub Mareczko (Ita, Wilier Triestina-Selle Italia)

Les sprinters ne sont pas des plus nombreux sur la liste de départ de ce 101e Giro. Les spécialistes locaux ont donc les dents longues ! Outre Viviani, l’autre sprinter italien à surveiller viendra d’une équipe continentale pro : Jakub Mareczko pourra-t-il enfin confirmer son talent sur une course WorldTour ? Le sprinter italien de 24 ans est en effet le spécialiste des courses exotiques ou de moindre niveau. Depuis ses débuts pros en 2015, il a remporté 15 étapes sur le Tour du Lac Taihu, en Chine, 6 étapes sur le Tour de Hainan, dans le même pays, 6 étapes sur le Tour du Maroc, 3 étapes sur le Tour de Langkawi, en Malaisie, 2 étapes sur le Tour de Turquie… Bref, le palmarès de Mareczko est déjà bien rempli avant sa troisième participation sur le Giro.

Mais sur les courses de niveau WorldTour, le coureur originaire de Pologne n’a pas encore percé. Deux fois deuxième derrière la pépite colombienne Fernando Gaviria, Mareczko espère cette fois pouvoir prendre l’ascendant et inscrire son nom sur une course de première catégorie. Intrinsèquement, le sprinter italien a clairement les qualités qu’il faut pour briller au terme d’un emballage massif sur les terrains proposés lors des trois prochaines semaines. Il lui faut désormais un brin de chance et une équipe solide pour l’emmener aux premières places d’ici les 500 derniers mètres. Allô Filippo Pozzato ?

Tim Wellens (Bel, Lotto-Soudal)

Sans pression : voici comment s’annonce le prochain Tour d’Italie de Tim Wellens. Visiblement décidé à laisser tomber le Tour de France pour son frère italien, le coureur limbourgeois n’arrive pas avec des ambitions au classement général mais plutôt avec l’envie d’accumuler les victoires d’étape. Déjà vainqueur au sommet de Roccaraso en 2016, le leader de Lotto-Soudal a quelques étapes en vue qui correspondent à ses qualités de puncheur-grimpeur. Habitué aux attaques au panache, il aura également l’envie de se remettre en condition après une campagne de classiques ardennaises plus difficile qu’annoncée. Wellens aura donc une ambition semblable à celle de Philippe Gilbert sur les Grands Tours ces dernières années : se faire plaisir, prendre une échappée, viser l’étape. Rien de plus. Et c’est finalement ce que Lotto-Soudal sait faire de mieux depuis le début de la saison grâce à Thomas De Gendt, Jelle Wallays ou Tiesj Benoot.

Ben Hermans (Bel, Israel Cycling Academy)

Décidé à prendre du galon en quittant l’équipe BMC pour Israel Cycling Academy, Ben Hermans arrive sur ce 101e Giro avec le rôle difficile de leader. Certes, le grimpeur belge sait qu’il aura du mal à faire jeu égal avec le futur podium de l’épreuve italienne, mais ses qualités peuvent lui permettre de surprendre les favoris, notamment en première semaine de course, ou à l’occasion d’une échappée en troisième semaine. Le Limbourgeois dispute ainsi son quatrième Giro et vise avant tout une victoire d’étape. Voire plus ? Hermans estime en effet qu’il peut clairement viser un Top 10 vu sa 12e place accrochée l’an dernier jusqu’à la 15e étape du Tour d’Italie, avant de devoir abandonner sur maladie. L’espoir est donc permis pour le coureur belge, désormais leader unique de sa formation.

Photos : RCS Sport/La Presse/Massimo Paolone-Fabio Ferrari – ASO


Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 27 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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