Gaimon relance la théorie du vélo motorisé de Cancellara : encore des paroles…

Le désormais ex-cycliste américain Phil Gaimon a jeté un nouveau pavé dans la mare en relançant les accusations de tricherie motorisée de la part du Suisse Fabian Cancellara en 2010, année durant laquelle ses succès sur le Tour des Flandres et Paris-Roubaix ont fait l’objet d’une vive polémique. L’ancien coureur de Cannondale parle, affirme, mais ne confirme rien d’autre que son propre témoignage. Si l’UCI a déjà réagi par la voix de son président David Lappartient pour annoncer une enquête sur cette possible tricherie, les propos de Gaimon n’en restent pas moins troubles.

Tout est parti d’un livre. Un livre qui serait passé inaperçu au-delà des cercles cyclistes s’il n’avait pas évoqué un sujet particulièrement porteur sur les sites généralistes d’information : le dopage mécanique, la tricherie au moteur, l’assistance électronique cachée… Dans sa biographie, l’ancien cycliste américain Phil Gaimon, qui a quitté le monde professionnel à l’aube de la défunte saison, évoque ses souvenirs, et revient donc sur cette saison 2010 durant laquelle tous les regards douteux se sont jetés sur le vainqueur du Tour des Flandres et Paris-Roubaix, Fabian Cancellara. Le Suisse avait dominé les classiques flandriennes par sa toute-puissance et dans les coulisses, on s’interrogeait sur certains signes qui prouveraient que le coureur helvète utilisait en fait un vélo avec un moteur caché, qu’il pourrait enclencher à son désir. Et sept ans plus tard, Gaimon n’hésite pas à rajouter ses propres insinuations aux premiers soupçons : « Quand tu regardes les images, ses accélérations ne semblent pas naturelles du tout, comme s’il avait du mal à tenir sur le haut des pédales. Cet enfoiré avait probablement un moteur », affirme-t-il dans son livre Draft Animals : Living The Pro Cycling Dream (Once in a While).

Les déclarations font mouche, et bon nombre de médias qui évoquent avant tout la chose cycliste lors du Tour de France se sont rapidement emparés du sujet pour relancer la polémique autour de l’éventuelle présence de moteur dans le peloton pro. Et pourtant, qu’apprend-on de plus par rapport aux prémices de la polémique ? Rien. Rien de plus, du moins. Les suspicions autour des performances de Cancellara lors de cette saison 2010 ne datent pas de ces déclarations et depuis les vidéos d’Eurosport et de la Rai, scrutant méticuleusement les gestes du coureur suisse et les changements de vélo qu’il a réalisés avant ses succès, rien de neuf n’a finalement émergé sur ce dossier précis. Certes, les reportages de France 2, de l’ARD et du Corriere della Sera montrent que les vélos avec assistance électrique dans le cadre ou les roues existent bel et bien et pourraient être utilisés dans le peloton. Certes, l’Union Cycliste Internationale (UCI) et les autorités belges et françaises ont découvert quatre vélos de ce type en 2016 et 2017, punissant les utilisateurs de ces machines truquées. Mais aucune preuve n’a jusqu’ici émergé concernant Cancellara, justement.

« Je veux être certain que ce n’est pas un problème »

Ces déclarations seraient-elles donc l’occasion de relancer ce dossier qui a longtemps animé les débats autour de la probité du cyclisme ? L’UCI semble en tout cas le penser. Le nouveau président David Lappartient a réagi seulement une semaine après la parution du livre auprès du site Cyclingnews pour annoncer le lancement d’une enquête autour des propos de Phil Gaimon et des soupçons de tricherie de Fabian Cancellara. « J’ai vu des déclarations de certains directeurs sportifs et de coureurs disant : ‘Oh, ce n’est pas un problème dans le cyclisme aujourd’hui’. Je veux juste être certain que ce n’est pas un problème », explique-t-il. « Et ils doivent aussi considérer que les fans, chacun d’entre eux, parlent de cela. Vous pouvez voir beaucoup de vidéos à ce sujet. Les directeurs sportifs et coureurs parlent tous ensemble, et même s’ils ne ressentent pas qu’il y a un problème, ils doivent savoir quel est l’image de leur sport actuellement, et le sentiment que les fans en ont. (…) Je ne peux pas aller dans une réunion sans que des gens me posent des questions à ce sujet, cela signifie donc qu’il s’agit d’un sujet important. C’est un sujet pour ceux qui sont en dehors de ce sport, même si ce n’est pas un sujet pour certains à l’intérieur. Je veux donc que tout le monde soit certain que nous allons réaliser les meilleurs tests, comme cela ils pourront garder confiance concernant les résultats des courses ».

L’objectif est louable et revient finalement à un des points fondamentaux du programme du nouveau président de la fédération internationale, qui avait pointé le dopage technologique comme « une priorité ». « Je ne dis pas qu’il y ait des vélos électriques en compétition mais il faut être sûr qu’il n’y en ait pas. Les coureurs qui s’entraînent dur méritent autre chose que des rumeurs sur les vélos électriques », expliquait-il encore en septembre, à l’aube de son élection. L’homme veut ainsi mettre à jour les techniques de détection utilisées, allant jusqu’à coupler les analyses sur tablette et les caméras thermiques. Ce vendredi, l’UCI a également annoncé la nomination de l’ancien pro Jean-Christophe Péraud en tant que directeur de l’équipement et du combat contre la fraude technologique. La fédération prend donc des mesures pour faire face à cette tricherie et cela est louable. Mais revenir sur le cas Cancellara ? Sept ans après ? Avec juste des images et des suspicions d’un coureur qui n’était même pas présent sur les courses soupçonnées – Phil Gaimon était alors coureur sur le circuit asiatique et américain avec l’équipe Kenda ? L’enquête proposée par le président de l’UCI ressemble surtout à un effet d’annonce, dans l’optique de son programme contre la fraude technologique. Il serait surtout temps pour la fédération d’avancer et de poursuivre dans son combat, comme elle le confirme avec la nomination de Péraud. L’UCI n’a pu évacuer les soupçons du passé, il est désormais temps d’évacuer ceux du présent.

Photo : ASO/Bruno Bade

Grégory Ienco

Journaliste – Belge – 27 ans.

Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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