Renoncer, une nécessité pour éviter la surchauffe

Wout van Aert, Mathieu van der Poel et Tom Pidcock ne peuvent pas être sur tous les fronts, à 100 %, tout le temps. Il est donc normal de les voir choisir leurs objectifs et mieux cibler certaines courses. Pour leurs objectifs sportifs, mais aussi pour leur bien-être.
16 Wout van Aert, Tom Pidcock et Mathieu Van der Poel - Hommes Cyclo-cross de Gavere 2022 - Alain Vandepontseele
Wout van Aert, Tom Pidcock et Mathieu Van der Poel sur le cyclo-cross de Gavere, le 26 décembre 2022 – Photo : Alain Vandepontseele/Alain VDP Photography

Mercredi, l’équipe INEOS Grenadiers a dévoilé sur les réseaux sociaux le programme hivernal de sa pépite britannique Tom Pidcock. Le champion du monde de VTT cross-country et vainqueur du Strade Bianche cette saison est attendu comme Wout van Aert et Mathieu van der Poel dans les labourés pour quelques cyclo-cross sur les chemins qui ont fait leur renommée. Chaque hiver, le programme de ces trois stars multidisciplinaires est scruté avec attention. Leurs qualités physiques et techniques sont connues, leur sens du spectacle également, chaque combat entre ces trois hommes est un ravissement pour le public et souvent une réussite financière pour l’organisation qui parvient à attirer ce trio.

➡️ Lire aussi : Mathieu van der Poel et Pidcock misent sur Paris 2024, Wout van Aert se préserve pour les classiques et le Giro (mise à jour)

Cet hiver, seuls quatre cyclo-cross se dérouleront à coup sûr avec Van der Poel, Van Aert et Pidcock au départ. Deux autres organisations pourraient également en profiter (Zonhoven et Benidorm, en janvier 2024). Une déception pour certains médias et supporters qui ont clairement fait comprendre leur sentiment en s’interrogeant sur l’absence confirmée de Van Aert et Pidcock aux prochains championnats du monde de cyclo-cross. Cela sera même le deuxième Mondial consécutif dans les labourés que le Britannique évitera. Ces stars oseraient donc choisir leur programme à leur guise et éviter les rendez-vous considérés comme les plus prestigieux de la saison. Car il leur serait presque imposé d’être au meilleur de leur forme à chaque instant de l’année, sur toutes les disciplines auxquelles ils s’adonnent, pour assurer le spectacle et garantir au public un divertissement de qualité. Sauf que ces cyclistes sont des êtres humains aux qualités physiques indéniables, avec toutefois des limites qu’ils ont déjà pu afficher à plusieurs moments de leur carrière.

Bien sûr, le trio rêverait d’être à 100 % tout au long de la saison, depuis les cyclo-cross hivernaux aux championnats du monde sur route en passant par les classiques flandriennes, les Grands Tours, la Coupe du monde de VTT et les classiques automnales, selon les objectifs des uns et des autres. Il s’agit toutefois d’une utopie. S’ils s’entraînent évidemment majoritairement sur l’endurance, les cyclistes travaillent encore sur des pics de forme de trois à quatre semaines tout au long de la saison, à raison de trois à quatre fois par an au grand maximum. L’objectif est ainsi de préparer le corps et le mental par cycles pour atteindre le meilleur du potentiel de l’athlète au moment des principaux objectifs.

Les JO en vue, mais autour ?

Ainsi, pour Pidcock, Van Aert et Van der Poel, il s’agit de faire des choix. Car mettre en place un pic de forme en janvier pour le championnat du monde de cyclo-cross implique une cartouche déjà grillée pour le reste de la (longue) saison qui vient. Or, en 2024, les trois hommes auront en vue, chacun à leur manière, les Jeux olympiques de Paris, disputés fin juillet et début août. Et autour de cet événement qui n’intervient qu’une fois tous les quatre ans, les objectifs varieront. Tom Pidcock semble privilégier les classiques ardennaises alors que Wout van Aert et Mathieu van der Poel se disputeront les Flandriennes. Le Belge de la Jumbo-Visma découvrira le Tour d’Italie, pendant que le Néerlandais d’Alpecin-Deceuninck préparera les prochains Jeux sur le Tour de France, un rendez-vous qui n’est pas encore prévu dans le programme de leur rival britannique.

Ces choix se basent également sur la nécessité de souffler et d’éviter la surchauffe du moteur au bout de quelques mois, rien que par l’envie de briller sur tous les terrains, tout le temps. Van der Poel semble ainsi avoir souffert de ce surmenage, cette saison, après avoir réalisé un excellent début d’année, comblé par des succès au championnat du monde de cyclo-cross, à Milan-Sanremo et Paris-Roubaix, puis un premier titre mondial sur la route. Ce n’est pas pour rien que le Néerlandais a coupé dès septembre malgré une victoire prometteuse sur la Super 8 Classic. Et en 2024, il compte bien éviter un tel surmenage pour arriver le plus frais possible sur les Jeux olympiques de Paris, sur lesquels il hésite toujours à doubler route et VTT. Ce questionnement confirme que l’équilibre entre les envies et le réalisme est délicat. Sans oublier les partenaires des équipes, derrière, qui demandent des résultats sur les courses les plus porteuses médiatiquement parlant.

Alors, oui, il est possible qu’on ne voie pas très souvent Van Aert, Van der Poel et Pidcock ensemble dans un même peloton, que ce soit en cyclo-cross ou sur la route. De même qu’il n’est pas certain que Tadej Pogacar les rejoigne également comme il l’a fait en 2023. Mais ce sont bien les coureurs qui ont le choix et il est sain de les voir renoncer à certaines courses ou périodes pour se refaire la cerise et éviter un burn-out physique ou mental qui pourrait mener à de plus graves conséquences sur le long terme. Cette génération exceptionnelle offre de grandes courses au public, autant en profiter tant qu’elle est présente. Et si leur retraite arrive plus tôt ou si leurs envies évoluent hors des sentiers battus, grand bien leur fasse. Tant que le cyclisme, en général, reste un terrain de jeu qui leur apporte du bonheur, on ne peut que s’en réjouir.


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