Championnats d’Europe de cyclisme sur route 2023 : Christophe Laporte se défait de la tenaille belge

Un triplé Jumbo-Visma sur le VAM-berg ? Oui, mais il s’agissait d’un championnat d’Europe, disputé par nations : le Français Christophe Laporte s’est offert le titre continental au bout d’une attaque maîtrisée, devant le Belge Wout van Aert, encore dauphin, et le Néerlandais Olav Kooij.
Le Français Christophe Laporte devient champion d’Europe de cyclisme sur route 2023 devant le Belge Wout van Aert, le Néerlandais Olav Kooij et le Belge Arnaud De Lie. - Photo : capture Eurosport
Le Français Christophe Laporte devient champion d’Europe de cyclisme sur route 2023 devant le Belge Wout van Aert, le Néerlandais Olav Kooij et le Belge Arnaud De Lie. – Photo : capture Eurosport

On l’avait évoqué lors de la course féminine : maîtriser un championnat d’Europe, déjà plus nerveux qu’à l’accoutumée en raison d’une course disputée par nations, sur un circuit aussi sinueux et étroit que celui proposé dans la province néerlandaise de Drenthe s’annonçait comme un sacré défi pour les sélections favorites. Ce dimanche, tout semblait pourtant sous contrôle pour le groupe belge désireux de mener Wout van Aert et Arnaud De Lie aux avant-postes dans le final. Une échappée matinale s’extirpait du peloton avec le récent champion d’Europe du contre-la-montre Joshua Tarling, son dauphin Stefan Bissegger et les talentueux Matias Vacek, Rory Townsend et Norman Vahtra ? Voici Tim « El Tractor » Declercq pour mener le peloton à plus de 50 km/h de moyenne durant la première heure de course et conserver un écart de moins deux minutes et demie. Une offensive des Danois ou des Italiens ? Voici Florien Vermeersch, Yves Lampaert et Jasper Stuyven pour contrôler le peloton.

Ne jamais lâcher un favori

Même en l’absence de Jasper De Buyst, malade et forfait ce dimanche, la sélection belge, à sept coureurs, voulait adresser un message clair au reste du peloton : le titre européen doit revenir à un porteur du maillot noir-jaune-rouge. Encore fallait-il jouer la partition à la perfection. Car sur une course aussi nerveuse, la moindre errance se paie rapidement cher. Wout van Aert et Arnaud De Lie semblaient avoir réalisé le plus difficile en suivant le bon groupe à une vingtaine de kilomètres de l’arrivée. Cette attaque s’était certes forgée sur la chute du favori italien Filippo Ganna. Mais la cassure était ainsi faite : Van Aert et De Lie accompagnaient les Français Christophe Laporte et Sandy Dujardin, les Danois Mads Pedersen et Andreas Kron, les Néerlandais Mike Teunissen et Olav Kooij, le Norvégien Rasmus Tiller et l’Allemand John Degenkolb.

Sauf que les courses par nations peuvent parfois mener à des situations qui interrogent. Comme cette accélération de Christophe Laporte à la sortie du VAM-berg, dans le dernier tour du circuit final. Le Français a profité de l’attentisme dans le groupe pour filer en solitaire et prendre une dizaine de secondes sur ceux qui avaient accompagné son initiative lors de sa première offensive un tour plus tôt. Laporte attaque ? Wout van Aert et Olav Kooij, ses équipiers durant le reste de la saison et favoris du jour, préféraient rester dans le groupe. Pour éviter des efforts qui coûtent cher à l’aube du final. Pour contraindre les adversaires à la poursuite. Mais les deux hommes avaient encore un équipier chacun, Mike Teunissen et Arnaud De Lie, et étaient donc en supériorité numérique pour tenter d’accompagner Laporte.

De Lie : « J’étais à Wout que c’était pour lui »

Vers le col du VAM, les Belges et leurs compagnons de route étaient contraints à la poursuite, tout en comptant leurs coups de pédale pour éviter la fringale sur l’ascension finale. Pendant que Laporte filait sans hésitation vers cette ultime portion délicate. « Nous pensions que nous pouvions rattraper Laporte grâce à une attaque explosive de notre part », a expliqué Wout van Aert au micro de la VRT. « J’ai parlé avec De Lie et nous avions décidé de jouer ma carte. Je pense qu’il sentait bien que j’étais le meilleur des deux. C’était une bonne décision. » De Lie se mettait à plat ventre dans les trois derniers kilomètres avant de lancer une accélération particulièrement impressionnante dès le pied du col du VAM. « J’ai dit à Wout que c’était pour lui à cinq kilomètres de l’arrivée. Moi, je n’ai que 21 ans et c’était une belle opportunité pour lui d’être champion d’Europe », justifie le coureur de la Lotto-Dstny au micro de la RTBF. « C’est mon boulot. Si tu ne trouves pas la force pour faire ça, tu peux rester dans ton fauteuil et regarder la course ». Une hiérarchie confirmée par Yves Lampaert : « Si cela se terminait au sprint, il était prévu qu’Arnaud lance Van Aert ».

Cette explosivité incroyable d’Arnaud De Lie permettait au coureur de Lescheret, Wout van Aert et Olav Kooij de revenir sur Laporte pour les 100 derniers mètres. « Arnaud est allé si fort que je n’ai pas réussi à sortir de la roue de Laporte. Nous avons sous-estimé à quel point il était costaud », a encore confié Van Aert, désabusé par la puissance du Français en tête. Car si Laporte était remonté dans cette ultime ascension, le leader du collectif bleu-blanc-rouge parvenait à remettre un coup de rein nécessaire pour s’offrir le titre européen. « Je me sentais extrêmement bien, mais je savais que cela serait difficile de gagner le sprint contre Arnaud De Lie ou Wout van Aert. J’ai donc tenté un démarrage et ça a marché. C’est fou de gagner ce maillot », s’est réjoui Christophe Laporte, qui offre à la France un premier titre continental après deux médailles d’argent d’Arnaud Démare.

De Lie, le futur leader belge ?

Wout van Aert devait se satisfaire d’une nouvelle deuxième place, sa huitième médaille d’argent sur un championnat international : « Évidemment, cela trotte dans ma tête. J’essaie de gagner chaque course, comme aujourd’hui », mais sur le plan tactique et physique, il y avait plus fort ce dimanche. Arnaud De Lie l’avoue sur la RTBF : « Quand Laporte sort, il fallait que Wout y aille. C’est plus simple de le dire maintenant qu’au moment où ça arrive ». Une analyse qui confirme le travail de l’équipe belge : presque parfait, jusqu’à la finition manquée. Mais le principal n’est peut-être pas là. Car la Belgique s’est découvert un autre leader capable de briller sur les grands championnats, en plus de Van Aert ou Remco Evenepoel : un certain Arnaud De Lie. Quand on lui demande au micro de la RTBF ce qu’il retient de la course de ce dimanche : « Un titre de champion d’Europe ou du monde, c’est possible. Surtout sur ce type de circuit que j’apprécie personnellement ». Et dire que ce n’était que sa première sélection parmi les professionnels… L’avenir s’annonce radieux pour un tel coureur ambitieux.

➡️ Championnats d’Europe de cyclisme sur route 2023 : Mischa Bredewold, au bénéfice du collectif

Les résultats de la course des élites hommes des championnats d’Europe de cyclisme sur route 2023 en Drenthe :

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