Égalité dans le peloton : un an d’évolutions

En une saison, le cyclisme féminin a encore pris une nouvelle ampleur. Et avec l’arrivée du Tour de France Femmes, ces évolutions positives doivent se poursuivre.

En octobre dernier, la publication de l’échelle des gains entre les éditions féminine et masculine de Paris-Roubaix a relancé la médiatisation autour de ce cas concret d’inégalité entre les coureurs et les coureuses. Une thématique déjà abordée à l’occasion du Circuit Het Nieuwsblad, en février, et sur laquelle nous étions revenu à l’époque, évoquant l’importance de la médiatisation et des efforts consentis par les organisations de courses et l’Union Cycliste Internationale pour tendre vers une plus grande égalité entre les deux sexes.

D’un bout à l’autre de la saison, rien n’aurait donc changé ? Loin de là. Bien entendu, la récente étude du syndicat féminin The Cyclists Alliance, publiée en juillet dernier, confirme que les disparités sont encore très importantes entre les cyclistes de l’élite, dont la moindre représentante du WorldTour reçoit un salaire minimal, et celles qui évoluent au niveau continental. Pendant qu’un salaire minimum est requis chez les hommes, ce salaire n’est encore garanti qu’au sein des équipes WorldTour féminines, et ce, jusqu’en 2023 au moins. L’UCI a confirmé que cette paie sera égale entre les femmes de l’UCI WorldTour et les hommes des ProTeams (2e division) en 2023, avec l’objectif que ce salaire soit le plus rapidement possible identique entre les deux sections. Aucune annonce n’a toutefois été officialisée concernant le reste du peloton féminin, alors que seules quatorze équipes féminines sont actuellement candidates à faire partie du WorldTour en 2022.

L’évolution positive concerne avant tout l’organisation de nouvelles courses, toujours plus attractives. Après un an de reports suite à la pandémie de Covid-19, la première édition féminine de Paris-Roubaix a été un franc succès, sur le plan sportif et médiatique, alors que la première édition du Tour de France Femmes a obtenu un coup de projecteur grâce à la présentation du parcours en amont de l’épreuve masculine. Et il n’y a pas que les épreuves d’ASO ! Dès la saison prochaine, le Tour de Romandie aura son équivalent féminin dans le WorldTour, cette fois organisé en octobre. Alors que l’organisation du Tour de Norvège féminin a décidé de programmer une nouvelle course par étapes de six jours entre le Danemark, la Norvège et la Suède. L’ambition était même que cette épreuve soit longue de dix jours, comme le Tour d’Italie féminin (Giro Rosa), mais l’organisation n’a pu trouver d’accord avec les personnes derrière les courses suédoises de Vargarda, qui souhaitaient rester indépendantes. Les épreuves de Vargarda restent donc dans le WorldTour, début août, pendant que la Battle of the North bousculera les habitudes à la mi-août.

Plus de public pour les femmes que les hommes aux Pays-Bas

Ces différentes épreuves bénéficieront surtout d’une couverture médiatique qui ne fera que mettre en lumière les qualités sportives de ce peloton trop souvent ignoré. En France, plus de 1,4 million de téléspectateurs (15,5% de parts de marché) ont regardé les deux heures de couverture télévisée de Paris-Roubaix Femmes contre 2,8 millions pour la course masculine (21,8% de PDM), étalée sur six heures, le lendemain. L’intérêt se confirme au fil des courses et les audiences ne sont plus anecdotiques. Aux Pays-Bas, les courses cyclistes féminines ont très souvent une audience quasiment similaire aux pendants masculins, notamment sur l’Amstel Gold Race ou le championnat du monde. Cette année, la course féminine des Mondiaux a été vue par 358 000 téléspectateurs en moyenne sur la télévision publique néerlandaise contre 338 000 téléspectateurs pour la course masculine du lendemain !

Ces chiffres sont évidemment une conséquence des résultats sportifs remarquables de la part des Néerlandaises. Ces résultats sont surtout la conséquence d’une politique sportive néerlandaise destinée à mettre les cyclistes féminines à l’avant-plan, ou sur un plan égalitaire avec les hommes, comme cela se confirme sur la piste, en VTT, en BMX… Ce qui permet ainsi aux téléspectateurs de s’intéresser à ces divers sports, en jouant sur la fibre nationale. Ce qui amène ainsi les sponsors à financer ces sports qui amènent de la visibilité. Le cercle est vertueux, mais il doit être tracé dès le départ par des institutions qui souhaitent pousser cette égalité.

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L’UCI a développé un plan qui avance petit à petit pour tendre vers cette égalité entre les hommes et les femmes mais les changements semblent plus lents que l’évolution actuelle du cyclisme féminin. Alors des équipes prennent le pas, comme Trek-Segafredo qui confirme une égalité de salaires et de primes entre ses employés et ses employées. Alors des organisations se lancent, comme Flanders Classics par le passé et désormais ASO avec son Tour de France Femmes. Cela ne suffit toutefois pas encore.

Dans un long papier de Kristen Frattini sur Cyclingnews (en anglais), l’ex-cycliste Kathryn Bertine, qui a milité durant de longues années pour le retour de ce Tour féminin, confirme que la médiatisation d’une telle épreuve est une première victoire. Mais il reste des problèmes à corriger pour tendre vers cette prétendue égalité. La longueur des étapes (toujours limitées à 160 km selon le règlement de l’UCI même si ASO a obtenu une dérogation pour une étape de 175 km), le nombre de jours de course (toujours limités à dix pour les femmes), l’échelle de gains (qui devrait être de 760 000 euros au lieu des 250 000 euros prévus si l’on fait une règle de trois par rapport au prize-money masculin de 2,3 millions d’euros), la couverture télévisée en direct (limitée à deux heures sur Paris-Roubaix Femmes au lieu d’une retransmission intégrale chez les hommes)…

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Il y a donc encore du travail pour que cette égalité entre les pelotons masculin et féminin soit actée. Les évolutions sont toutefois positives, et il se confirme au fil des retransmissions télévisées que l’attrait pour le cyclisme féminin est de plus en plus fort. La volonté politique de l’UCI et des autres fédérations nationales se doit désormais d’être plus forte pour représenter cette popularité. 2022 sera une année charnière avec l’introduction d’un nouveau Grand Tour dans le calendrier féminin et l’annonce d’une catégorie WorldTour plus viable pour les cyclistes qui souhaitent s’investir à plein temps dans ce sport. Pour que le cyclisme ne soit plus un terrain inégalitaire à l’avenir.

Photo : ASO/Fabien Boukla

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