Tour d’Italie : Froome ou la victoire de l’incertitude

Certains parlent d’une blague. D’autres d’une démonstration. Et au final règne l’incertitude. Après son incroyable effort en solitaire de 75 kilomètres vers Bardonecchia lors de l’antépénultième étape du Tour d’Italie, Chris Froome (Sky) est officiellement désigné vainqueur du classement général du Giro. Alors que pour le grand public, le Britannique garde tous les soupçons sur sa tête. Tant que l’affaire du Salbutamol ne sera pas réglée, ce doute restera malgré tous les efforts de Froome et de la Sky.

La cible est donc là. Sur le podium, en rose. Un maillot qui ne semblait pas le seoir vu sa chute à l’aube du prologue ou sa perte de temps dans les premières arrivées en altitude. Mais au bout de deux victoires d’étape, sur les plus difficiles de ce Giro, Christopher Froome a réalisé un exploit sportif exceptionnel, galopant du Top 15 à la première place. Une cible idéale. Le Britannique sait qu’il est scruté de toutes parts, et qu’il risque de rendre le maillot rose dans quelques semaines si l’affaire du Salbutamol se conclut par une mauvaise nouvelle pour le leader de la Sky. Il sait qu’il le risque qu’il prenait en se plaçant au départ de ce Tour d’Italie, se lançant comme défi un doublé Giro-Tour, défendant à corps perdu son droit de courir, malgré une épée de Damoclès de plus en plus lourde avec le poids de l’opinion publique. Qu’importe : Froome a décidé de prendre le départ, l’organisation n’a pu l’en empêcher, la Sky en profite, et la moitié du public hue, comme la moitié du peloton. Mais tant que la justice ne sera pas rendue, que faire ?

La prudence aurait en tout cas été la plus sage des décisions avant d’entamer cette 101e édition du Giro. Car malgré toutes les déclarations de Chris Froome et sa défense autour de ce dossier délicat, l’image du Britannique est écornée. Et surtout, le leader du Team Sky ne se rend pas compte du mal qu’il fait au cyclisme. Car il existe toujours cette possibilité, aussi infime soit-elle, que ses performances soient bientôt annulées, et que cette décision confirme finalement les bruits qui traînent depuis cinq ans autour du grimpeur venu du Kenya. Cette possibilité, elle était déjà dans les têtes des fans de cyclisme durant la fin des années ‘90 et les années 2000, en raison de l’affaire Festina, de l’opération Puerto et de bien d’autres affaires. Il était alors difficile pour les supporters de la Petite reine de s’extasier devant une performance exceptionnelle, à cause des suspicions et autres doutes émanant d’un passé toxique. Du coup, vendredi dernier, quand Froome a réussi son solo de 75 kilomètres pour faire exploser Simon Yates (Mitchelton-Scott) et s’offrir le maillot rose après avoir perdu près de quatre minutes sur ses principaux rivaux au classement général, il était difficile pour beaucoup de profiter d’une performance de haut-vol. L’exercice est exceptionnel, mais il risque d’être invalidé. Et cette incertitude pousse beaucoup à rester en retrait. À remettre en doute.

Le cyclisme est un sport terriblement frustrant. Il promet des hauts-faits, du panache, de la bravoure. Il est certainement l’un des sports les plus difficiles, par son endurance et le spectacle de plus en plus demandé par le public et les organisateurs. Malheureusement, les vices de l’être humain ont fait que le cyclisme n’est plus seulement un sport d’exploits. Il n’est quasiment plus observé comme toute autre partie de football ou de tennis. Difficile de profiter d’une échappée en solitaire d’un quadruple vainqueur de Grand Tour sans imaginer une éventuelle intervention scientifique derrière. Malheureusement pour la Petite reine. Et toutes les explications de Froome ne suffiront pas à rassurer. C’est désormais la justice sportive qui doit absolument se décider autour du cas du Britannique, pour éviter que le Tour de France subisse le même scénario. Car aujourd’hui, difficile de saluer la victoire de Chris Froome, ses trois Grands Tours victorieux consécutifs ou encore ses attaques pour récupérer ce maillot rose. En attendant, il faut juste noter le résultat, et attendre une officialisation.

Résultats de la 21e étape (Rome > Rome, 115 km) et classement général du Tour d’Italie :

Photo : RCS Sport/La Presse/Marco Alpozzi

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 27 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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