Grand Prix E3 Harelbeke : Quick Step et Terpstra concluent enfin un chef-d’œuvre

Revêtir le costume d’équipe à battre sur une classique flandrienne, aussi éreintante qu’imprévisible, cela demande une bonne dose de courage et d’expérience. La formation Quick Step Floors a usé de ces deux qualités pour réaliser un véritable chef-d’œuvre collectif, conclu par le succès en solitaire du Néerlandais Niki Terpstra, après avoir passé près de 70 kilomètres en tête. Enfin, l’équipe belge montre qu’elle peut également réaliser de grandes choses sur les courses du WorldTour.

La Quick Step a beau se targuer d’avoir enchaîné cinq succès d’affilée sur les courses d’un jour belges entre le Samyn et les Trois Jours de La Panne-Bruges, quelques doutes subsistaient quant aux qualités de la formation de Patrick Lefevere sur un véritable test des classiques flandriennes, le Grand Prix E3. Transparente durant le week-end d’ouverture, mal récompensée sur Paris-Nice, en retrait sur Tirreno-Adriatico et malmenée sur Milan-Sanremo, l’équipe belge devait reprendre le contrôle du peloton sur ce mini-Tour des Flandres, répétition idéale à l’aube des grandes classiques du Nord. Et les hommes en bleu n’ont pas manqué l’essai !

De cinq à deux

Les plus cyniques argueront que les coureurs de la Quick Step ont lancé les hostilités sur le Taaienberg, à près de70 kilomètres de l’arrivée alors qu’une grande partie du peloton était à terre suite à une chute massive. Peter Sagan (Bora-Hansgrohe), Oliver Naesen (Ag2r-La Mondiale) ou encore Sep Vanmarcke (EF Education First-Drapac) devaient notamment mettre pied à terre voire démêler leur vélo parmi la pile qui s’amoncelait sur la chaussée menant au « Mont Boonen ». Pendant ce temps, cinq (!) hommes de la Quick Step se plaçaient en tête de la côte pavée pour faire barrage et laisser Niki Terpstra et Yves Lampaert prendre leurs distances, pour d’abord reprendre le reste de l’échappée matinale puis s’échapper en duo. Un Grand Prix Eddy Merckx 2.0 s’annonçait pour les deux équipiers, pour plus de 55 kilomètres jusque Harelbeke.

« Nous étions en tête du peloton avec l’équipe quand cela s’est produit. Quand nous avons entendu que plusieurs coureurs étaient au sol, nous avons continué à rouler. Cela peut sembler dur, mais c’est ainsi », confirme Terpstra à l’agence Belga, décidé à défendre la tactique de l’équipe belge. « Tim Declercq et Iljo Keisse étaient les locomotives de notre train. En raison de leur action, il n’a pas été facile pour les coureurs impliqués de revenir. Mais c’est tout à notre honneur. Nous étions au bon endroit au bon moment ». Derrière, Philippe Gilbert se posait en véritable capitaine de route et suivait toutes les offensives. D’abord avec Sagan, de retour en verve, et Greg Van Avermaet (BMC), puis avec le champion olympique et Tiesj Benoot (Lotto-Soudal). Le Remoucastrien restait toujours dans les roues et protégeait à la perfection ses équipiers.

La tactique collective semblait toutefois vaciller alors que Lampaert perdait pied au fil des ascensions. Terpstra tentait bien de le conserver dans la roue mais le Belge manquait clairement de jus. À tel point que Philippe Gilbert essayait lui-même de revenir en solo sur ses équipiers, vu le retour rapide des autres favoris à moins de 25 kilomètres de l’arrivée. Le Néerlandais décidait alors d’y aller aussi en solitaire, quitte à terminer sans Lampaert ni Gilbert. « Pendant un moment, j’ai cru que ça tournerait mal », confirme Gilbert à l’agence Belga. « Tous les favoris étaient derrière lui et ils commençaient à attaquer. Heureusement, il n’y avait pas de coopération et la réaction n’a jamais vraiment commencé. (…) Même si je n’aime pas trop courir de la sorte, cela a marché ».

« Fou d’attaquer à 74 km de l’arrivée »

Malgré tous les efforts produits par les Van Avermaet, Naesen, Vanmarcke…, le groupe de poursuite bloquait toujours à une quinzaine de secondes du leader batave, même dans les derniers kilomètres. Terpstra, lui, ne se retournait jamais et poussait tant et plus sur les pédales pour conclure ce scénario parfait pour la Quick Step. « Certains ont pensé qu’on était fou d’attaquer à 74 kilomètres du but, mais nous savions que nous pouvions faire quelque chose de spécial aujourd’hui », sourit le Néerlandais. « Le moment le plus dur, c’était dans les dix derniers kilomètres, sur la longue nationale, mais je n’ai pas craqué et j’ai tout donné, pour parvenir à terminer l’incroyable effort de l’équipe ». Un travail collectif qu’il faudra retenter sur Gand-Wevelgem, dimanche, et surtout sur le Tour des Flandres, le dimanche suivant, pour parvenir à battre les favoris qui se sont tout de même affichés autour d’Harelbeke.

Car derrière Terpstra, les favoris pour le Ronde se sont quasiment tous montrés aux avant-postes. Greg Van Avermaet et Tiesj Benoot n’ont pas compté leurs efforts malgré leur chasse-patate constante dans ces derniers kilomètres. Oliver Naesen et Sep Vanmarcke ont également réalisé une belle course malgré leur position : pris dans la chute, ils ont réussi à reprendre place pour la course à la victoire grâce à des équipiers dévoués. Alors que Peter Sagan est, lui, apparu un cran en-dessous, certainement en raison des embardées qu’il a également connu. Le champion du monde a craqué dans le Paterberg et terminé à plus de trois minutes du vainqueur du jour. Autant dire que des questions se posent autour de la condition du Slovaque et de sa capacité à rebondir quand le sort s’acharne. Ce n’est en effet pas la première fois qu’une chute l’écarte ainsi du succès…

Résultats de la 61e édition du Grand Prix E3 (Harelbeke > Harelbeke, 206.5 km) :

Photo : E3 Harelbeke

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 28 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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