Tour des Flandres – Hommes : le revenant Van der Poel remporte le combat des chefs

Mathieu Van der Poel s’offre un deuxième Tour des Flandres en trois saisons au bout d’un sprint surprenant et totalement manqué par Tadej Pogacar.
Mathieu Van der Poel Vainqueur Tour des Flandres Hommes 2022 - Capture Eurosport
Le Néerlandais Mathieu Van der Poel (Alpecin-Fenix) remporte pour la deuxième fois de sa carrière le Tour des Flandres – Photo : capture VRT

À une semaine du Ronde, personne ne se serait livré à tel pronostic : la victoire du Tour des Flandres s’est jouée dans un sprint à quatre après un mano-à-mano qui s’est transformé en Bérézina pour Tadej Pogacar (UAE Team Emirates), certainement le plus fort du jour et finalement quatrième. Le Slovène est finalement battu par Mathieu Van der Poel (Alpecin-Fenix), vainqueur de son deuxième Ronde en trois ans, malgré un problème au dos qui aurait pu le laisser sur le flanc durant tout le printemps.

Certes, ce Tour des Flandres s’annonçait avec une saveur particulière sans la présence de l’ultra-favori, le champion de Belgique Wout van Aert (Jumbo-Visma), positif au Covid-19 après sa victoire éclatante sur le GP E3. Cette absence ne changeait toutefois rien dans l’esprit des autres candidats à la victoire, qui annonçaient se fier à leur plan initial, sans s’inquiéter des rivaux capables de les accompagner. L’objectif semblait même limpide pour beaucoup : anticiper, mettre rapidement la pression et serrer les dents jusqu’à Audenarde.

L’offensive pour surprendre

Les optimistes qui espéraient une course intense à plus de 100 kilomètres de l’arrivée auront été déçus de découvrir le scénario du jour, mais il ne fallait pas espérer l’inimaginable. Les équipes de favoris n’ont tout de même pas attendu le dernier circuit autour du Vieux Quaremont pour se faire la guerre. L’anticipation restait le motto et à près de 90 kilomètres du but, de nombreux outsiders et équipiers-modèles suivaient le bon coup dans le Berendries. L’ex-vainqueur Alberto Bettiol (EF Education-Easy Post), l’ex-champion du monde Mads Pedersen (Trek-Segafredo), les spécialistes Zdenek Stybar et Jannik Steimle (Quick Step-Alpha Vinyl), l’équipier Gianni Vermeersch (Alpecin-Fenix), le rouleur Nathan Van Hooydonck (Jumbo-Visma) ou encore la révélation britannique Ben Turner (INEOS Grenadiers) se retrouvaient en tête et empochaient près d’une minute d’avance sur un peloton de favoris dans lequel les UAE Team Emirates et Bahrain Victorious se retrouvaient isolés, sans homme à l’avant.

Pogacar asphyxie ses rivaux

L’effort était important, pour user les équipiers et mettre la pression sur des favoris isolés. Mais l’effet de surprise n’avait pas de grands effets sur la forme des candidats du jour. Sur le deuxième passage du Vieux Quaremont, annonçant un premier enchaînement avec le terrible Paterberg, le Slovène Tadej Pogacar (UAE Team Emirates) marquait directement les esprits par une longue accélération éreintante. Dans le Paterberg, rebelote avec le surprenant Jan Tratnik (Bahrain Victorious) dans le rôle du Slovène explosif et Mathieu Van der Poel (Alpecin-Fenix) dans le rôle du suiveur. Dans le Koppenberg, Pogacar reprenait sa place en tête et démontrait que l’explosivité n’est pas la seule qualité requise sur ce Ronde. Le vainqueur du Tour sait tenir un rythme élevé durant une longue période, et c’est cette puissance développée sur le temps long qui lui permettait d’asphyxier tous ses rivaux sur chaque ascension importante de ce Tour des Flandres, et les empêcher ainsi d’attaquer.

Sur cette nouvelle rude accélération sur les pavés cassants du Koppenberg, Pogacar emmenait dans sa roue Van der Poel et le surprenant Français Valentin Madouas (Groupama-FDJ). Après avoir repris Dylan van Baarle (INEOS Grenadiers) et Fred Wright (Bahrain Victorious), partis en éclaireurs après le Paterberg, les favoris du jour pouvaient définitivement s’isoler en tête. Pendant que les Tom Pidcock (INEOS Grenadiers), Kasper Asgreen (Quick Step-Alpha Vinyl), Tiesj Benoot (Jumbo-Visma), Christophe Laporte (Jumbo-Visma), certes victime d’une chute à 100 km du but, et autres Victor Campenaerts (Lotto-Soudal) se montraient trop justes dans chaque ascension. Et sur un tel rythme, le Ronde ne pardonne pas.

« Je n’ai pas connu un super jour. On a connu de la malchance avec la chute de Christophe Laporte à un mauvais moment, mais nous devons aussi conclure que Wout nous a manqués », confirme Benoot au micro de la VRT. « Je savais que j’avais de bonnes jambes. Mais j’étais placé trop loin pour me battre pour la victoire. Sur le Koppenberg, j’ai manqué le bon coup. C’est dommage que nous n’ayons pas pu revenir ensuite », ajoute Dylan Teuns (Bahrain Victorious), finalement le premier Belge du jour en sixième position.

L’expérience du sprint

Le suspense restait toutefois intense au fil des dernières ascensions. Pogacar essayait encore de réduire le groupe de tête dans le Taaienberg avant de définitivement (ou presque) se séparer de Wright, Van Baarle et Madouas dans le Vieux Quaremont. «Tadej a montré très vite le Vieux Quaremont et le Paterberg», commente Van der Poel après la course. « J’étais même sur le point de lâcher prise sur le Paterberg. Après cet effort, j’ai vraiment dû récupérer. Je ne pense avoir jamais été aussi usé au sommet. J’étais vraiment sur le point de laisser filer… Mais je savais que je devais m’en remettre », ajoute le Néerlandais, sur le point de céder quelques mètres à son rival slovène sur l’ultime côte du jour. Avant de retrouver sa roue pour l’accompagner dans les 13 derniers kilomètres vers Audenarde. Et qu’importe si depuis 2016, comme l’a noté notre confrère Jonas Creteur de Sport/Foot Magazine, le premier à franchir le sommet du Paterberg s’est toujours imposé par la suite.

Malgré la pression de se retrouver pour la troisième année consécutive dans une situation de bagarre à deux, Van der Poel poursuivait ses relais avec Pogacar. Sans s’inquiéter des éventuelles conséquences. « Cela fait maintenant trois ans que je suis dans cette situation, alors je savais ce qu’il fallait faire », rigole-t-il. Car il ne fallait pas chômer avec Van Baarle et Madouas toujours pointés à moins de 40 secondes à dix kilomètres du but. « Avant le sprint, je me suis regonflé à bloc et j’ai tout donné pour gagner », raconte le leader d’Alpecin-Fenix, qui décidait de passer en tête du duo avant la flamme rouge, pour jouer la carte… du surplace face à « Pogi ».

Van der Poel la jouait à l’expérience : le Néerlandais voulait clairement décider du moment où lancer ce sprint, quitte à voir revenir en dernière minute les deux poursuivants. Car ces derniers recollaient bien à 300 mètres de la ligne et lançaient directement les hostilités. Pointé à 38 km/h au moment de lancer son effort, Van der Poel développait toute sa carcasse sur les pédales pour grimper à 54 km/h et filer tout droit, en tête tout au long du sprint, vers sa deuxième victoire sur le Tour des Flandres ! Le tout devant Dylan van Baarle et Valentin Madouas, pendant que Tadej Pogacar pestait en quatrième place, bloqué par les deux poursuivants dans le lancement de son effort.

« Ils sont revenus très rapidement de derrière », raconte Van der Poel à propos de ce sprint final initié par Van Baarle et Madouas. « J’ai commencé mon propre sprint quand je les ai vus recoller. J’ai été un peu surpris, car je ne pensais vraiment qu’à Tadej et pas aux deux autres. (…) C’est une honte que Pogacar ne puisse pas monter sur le podium avec nous. Il a mené une course très offensive. J’aurais aimé qu’il monte sur le podium, voire qu’il gagne si j’étais battu », reconnaît le vainqueur du jour.

La première erreur de Pogacar

D’abord furieux et évitant toute la zone mixte pour les interviews avec la presse, Tadej Pogacar revenait plus tard sur ce sprint manqué. Car le Slovène est tout simplement bloqué par le fait d’avoir laissé Van Baarle et Madouas, plus rapide, lui fermer la porte. « Je n’ai pas pu faire le sprint que je souhaitais. J’ai été bloqué. C’est le cyclisme, cela arrive parfois. Je ne suis pas énervé contre les autres coureurs. Je suis frustré envers moi-même de ne pas avoir pu faire ce que je voulais. Ils sont venus à côté de moi, j’ai essayé d’accélérer, mais il n’y avais plus assez dans mes jambes », répond finalement « Pogi » qui subit son premier véritable revers depuis son arrivée chez les professionnels. Et une bonne leçon pour les prochaines classiques.

Valentin Madouas, troisième, ne s’attendait pas à atteindre un tel niveau, lui qui a poursuivi un travail collectif précieux avec Stefan Küng, Kevin Geniets et Olivier Le Gac bien en vue durant ce Ronde. « Dans le sprint, j’y ai cru avec la vitesse que j’avais, mais j’ai eu des crampes, mes jambes m’ont dit de me rasseoir. Je ne peux pas jouer la gagner, battu par plus fort. Mais cela se joue vraiment à des détails, des efforts accumulés tout au long de la journée », résume le Breton de 25 ans, enfin décidé à jouer du dérailleur sur les Flandriennes. Et qui reviendra logiquement prochainement sur ce Tour des Flandres. Comme Pogacar, d’ailleurs, qui a salué « l’atmosphère » qui lui a « donné des frissons ». « J’adore cette course », a-t-il tout de même signalé en fin d’interview au micro de la VRT.

Le naufrage de Quick Step-Alpha Vinyl

La déception doit également largement l’emporter au sein de l’équipe Quick Step-Alpha Vinyl. Kasper Asgreen a bien suivi les efforts de Pogacar sur la deuxième ascension du Vieux Quaremont, avant de subir la course dès le Paterberg qui a suivi. Et son problème mécanique au sommet du Koppenberg l’a définitivement éliminé de la course au succès. À tel point que le Danois termine comme premier représentant de sa formation… en 23e position, soit la pire place jamais obtenue par un coureur d’une équipe de Patrick Lefevere depuis 2000. Yves Lampaert et Zdenek Stybar n’ont pas plus pesé alors que Florian Sénéchal a également fait illusion un temps, sans pouvoir suivre les meilleurs dans les 40 derniers kilomètres.

« En tant qu’équipe, nous avons réalisé une bonne course », estime malgré tout Asgreen, il est vrai bien placé par ses équipiers lors du premier circuit autour du Vieux Quaremont, sans oublier les présences de Stybar et de Steimle dans l’offensive anticipée. « Quand j’ai voulu suivre Pogacar dans le Vieux Quaremont, j’ai explosé par la suite. Et sur le Koppenberg, ma chaîne a déraillé », résume le vainqueur sortant du Ronde. « On a essayé avec l’équipe de le faire rentrer. Mais on n’a pas réussi. Aucune excuse à trouver : nous n’étions tout simplement pas assez forts », ajoute Zdenek Stybar au micro de la VRT. Le Tchèque se rassure en voyant le retour de coureurs blessés ou malades à un meilleur niveau au fil des jours. Avec l’espoir d’encore briller prochainement sur Paris-Roubaix, dans deux semaines. Pour sauver un printemps jusqu’ici manqué.

Résultats de la 106e édition masculine du Tour des Flandres (Anvers > Audenarde, 272.5 km) :

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