Paris-Roubaix 2021 : notre présentation de la 118e édition

Paris-Roubaix à l’heure des betteraves et des feuilles mortes, voilà qui surprend. Après plus de deux ans et demi d’absence, l’Enfer du Nord fait son retour dans le calendrier pour une édition automnale inédite. Les repères sont brouillés, la météo s’annonce plus irritante que ces dernières années, mais les pavés restent : il n’y a plus qu’à lancer les forçats de la route sur ces routes d’antan.

Le parcours

Habituellement tracé en avril, le parcours de Paris-Roubaix n’a pas connu de grands changements par rapport à ces dernières éditions. Plus de 250 kilomètres seront à nouveau au programme entre Compiègne et Roubaix, dont plus de 55 seront à couvrir sur les pavés cassants du Nord. 30 secteurs pavés seront traversés durant cette journée épique sur des routes qui, en plus de filer des cloches à quiconque osera s’y aventurera sans gant, seront balayées par un vent qui s’annonce intense et de trois quarts dos durant une bonne partie de l’après-midi. Sans oublier la pluie qui viendra rendre le pavé encore plus glissant, une première depuis 2002.

C’est avant tout l’entame de ces secteurs pavés qui a connu quelques changements, très légers. Les coureurs démarreront du célèbre secteur de Troisvilles, en passant devant le café « Chez Françoise », où une omelette attend toujours les amateurs de la Petite reine et de gastronomie régionale. Le peloton parcourra l’ensemble du secteur, long de plus de deux kilomètres, avant de filer vers Quiévy et Saint-Python. La principale nouveauté de ce premier enchaînement de secteurs sera le retour au Hameau du Buat, un secteur pavé de 1 700 mètres qui sera surtout rendu difficile par sa légère pente montante. Il faudra donc déjà pousser la grosse plaque pour grimper au sommet de cette petite butte.

Les esprits s’échaufferont après près de 150 kilomètres dans les pattes, avec l’arrivée sur les pavés déjà difficiles de Wallers avant la descente rapide vers la célèbre Trouée d’Arenberg. Beaucoup ont craint que la ligne droite la plus mythique de l’Enfer du Nord soit effacée cette année en raison de la végétation qui avait pris possession de la route, mais les efforts des bénévoles et de l’organisation pour rendre son lustre d’antan à ce chemin de mineurs ont permis de confirmer le passage du peloton, ce dimanche, sur ces pavés qui déchaussent les boyaux. Il faudra passer ce secteur dans les premières positions pour éviter chutes, ennuis mécaniques et pertes de vitesse face à un peloton qui ne s’arrêtera jamais sur ces 2 300 mètres.

Le long secteur de Hornaing, de plus de 3,5 kilomètres, permettra aux audacieux de s’extirper, alors que les coureurs les plus puissants et autres techniciens attendront certainement le secteur de Mons-en-Pévèle, à moins de 50 bornes de l’arrivée. Et il restera encore dix secteurs à effacer par la suite… Dont l’enchaînement le plus attendu du final : le secteur de Camphin-en-Pévèle suivi du long faux-plat montant du Carrefour de l’Arbre. Ce sont ces routes entre les champs qui permettront certainement au futur vainqueur de Paris-Roubaix de se placer. Car la suite sera plus aisée, même s’il faudra rester attentif. Le secteur en descente de Gruson, sous le vent, peut être piégeux, alors que le secteur de Hem reste difficile lorsqu’on ne peut pas prendre les bas-côtés. Une dernière petite butte de 500 mètres peut permettre à un coureur frais de prendre ses distances, mais la plupart attendront certainement l’arrivée sur le vélodrome de Roubaix pour décider du successeur de Philippe Gilbert, après un tour et demi sur l’anneau.

Départ fictif : 11h00 sur la place Général De Gaulle à Compiègne

Départ réel : 11h15 sur la D130 à la sortie de Compiègne

Distance : 257,7 kilomètres

Les difficultés du jour :

Secteur #30 – Km 96,3 : Troisvilles – Inchy ⭐️⭐️⭐️ (2 200 m – Passage vers 13h33)
Secteur #29 – Km 102,8 : Viesly – Quiévy ⭐️⭐️⭐️ (1 800 m – vers 13h42)
Secteur #28 – Km 105,4 : Quiévy – Saint-Python ⭐️⭐️⭐️⭐️ (3 700 m – vers 13h46)
Secteur #27 – Km 110,1 : Saint-Python ⭐️⭐️ (1 500 m – vers 13h52)
Secteur #26 – Km 116,6 : Haussy – Saint-Martin-sur-Écaillon ⭐️⭐️ (800 m – vers 14h02)
Secteur #25 – Km 120,9 : Saint-Martin-sur-Écaillon – Vertain ⭐️⭐️⭐️ (2 300 m – vers 14h08)
Secteur #24 – Km 130,4 : Capelle – Ruesnes/Hameau du Buat ⭐️⭐️⭐️ (1 700 m – vers 14h17)
Secteur #23 – Km 136,3 : Artres – Quérénaing ⭐️⭐️ (1 300 m – vers 14h30)
Secteur #22 – Km 138,1 : Quérénaing – Maing ⭐️⭐️⭐️ (2 500 m – vers 14h32)
Secteur #21 – Km 141,2 : Maing – Monchaux-sur-Écaillon ⭐️⭐️⭐️ (1 600 m – vers 14h37)
Secteur #20 – Km 154,2 : Haveluy – Wallers ⭐️⭐️⭐️⭐️ (2 500 m – vers 14h55)
Secteur #19 – Km 162,4 : Trouée d’Arenberg ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️ (2 300 m – vers 15h07)
Secteur #18 – Km 168,4 : Wallers – Hélesmes ⭐️⭐️⭐️ (1 600 m – vers 15h16)
Secteur #17 – Km 175,2 : Hornaing – Wandignies ⭐️⭐️⭐️⭐️ (3 700 mètres – vers 15h25)
Secteur #16 – Km 182,7 : Warlaing – Brillon ⭐️⭐️⭐️ (2 400 m – vers 15h36)
Secteur #15 – Km 186,2 : Tilloy – Sars-et-Rosières ⭐️⭐️⭐️⭐️ (2 400 m – vers 15h41)
Secteur #14 – Km 192,5 : Beuvry-la-Forêt – Orchies ⭐️⭐️⭐️ (1 400 m – vers 15h50)
Secteur #13 – Km 197,5 : Orchies ⭐️⭐️⭐️ (1 700 m – vers 15h57)
Secteur #12 – Km 203,6 : Auchy-lez-Orchies – Bersée ⭐️⭐️⭐️⭐️ (2 700 m – vers 16h06)
Secteur #11 – Km 209,1 : Mons-en-Pévèle ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️ (3 000 m – vers 16h14)
Secteur #10 – Km 215,1 : Mérignies – Avelin ⭐️⭐️ (700 m – vers 16h22)
Secteur #9 – Km 218,5 : Pont-Thibaut – Ennevelin ⭐️⭐️⭐️ (1 400 m – vers 16h27)
Secteur #8 – Km 223,9 : Templeuve (L’Épinette) ⭐️ (200 m – vers 16h35)
Secteur #8 bis – Km 224,4 : Templeuve (Moulin-de-Vertain) ⭐️⭐️ (500 m – vers 16h36)
Secteur #7 – Km 230,8 : Cysoing – Bourghelles ⭐️⭐️⭐️ (1 300 m – vers 16h45)
Secteur #6 – Km 233,3 : Bourghelles – Wannehain ⭐️⭐️⭐️ (1 100 m – vers 16h48)
Secteur #5 – Km 237,8 : Camphin-en-Pévèle ⭐️⭐️⭐️⭐️ (1 800 m – vers 16h55)
Secteur #4 – Km 240,5 : Carrefour de l’Arbre ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️ (2 100 m – vers 16h59)
Secteur #3 – Km 242,8 : Gruson ⭐️⭐️ (1 100 m – vers 17h02)
Secteur #2 – Km 249,5 : Willems – Hem ⭐️⭐️⭐️ (1 400 m – vers 17h11)
Secteur #1 – Km 256,3: Roubaix (Espace Crupelandt) ⭐️ (300 m – vers 17h21)

⭐️ = niveau de difficulté, plus élevé selon le nombre d’étoiles

Arrivée : vers 17h25 sur le vélodrome de Roubaix

Paris-Roubaix 2021 - Carte Hommes

Les favoris

Un utilisateur de Twitter faisait récemment remarquer que la dernière fois que le peloton a foulé les pavés de Paris-Roubaix, Remco Evenepoel n’avait pas encore gagné sa première course, Egan Bernal n’était pas encore apparu en jaune sur le Tour de France et Chris Froome était toujours le dernier vainqueur du Tour d’Italie. Et surtout, depuis lors, Philippe Gilbert est toujours le vainqueur sortant de Paris-Roubaix. Deux ans et demi plus tard, le peloton a bien changé et les favoris de cette 118e édition annoncent un changement de génération déjà opéré au fil des récentes classiques printanières. Le déplacement de date de cet Enfer du Nord pourrait évidemment perturber la liste des partants avec une fin de saison parfois indigeste pour certains, déjà signée après les championnats du monde pour d’autres. Une semaine après des Mondiaux disputés en Flandre, sur des routes étroites et des pavés, Paris-Roubaix semble pourtant avoir trouvé une date propice à l’appétit des habituels Flandriens qui ont donc prolongé leur saison d’une semaine pour attraper ce fameux pavé dans le vélodrome roubaisien.

Évidemment, sur de telles routes cabossées et avec la pluie annoncée en prime, les spécialistes des labourés sont attendus en force sur ce terrain. Bien entendu, la boue tracée par les tracteurs récoltant les betteraves en ce début d’automne sera retirée jusqu’au dernier moment pour éviter la glissade. Mais sur ces pavés d’antan, les techniciens qui se démènent déjà dans la gadoue auront l’avantage. Et vu sa montée en puissance en vue des championnats du monde, Wout van Aert (Jumbo-Visma) s’annonce comme le favori de cette 118e édition. Son dernier rendez-vous avec l’Enfer du Nord s’était soldé par une crevaison sur la Trouée d’Arenberg avant une fringale dans les derniers kilomètres. Le champion de Belgique n’avait que 24 ans et comptait bien prendre sa revanche sur ces pavés. Deux ans et demi plus tard, il aura une deuxième revanche à prendre, cette fois sur cette course au maillot arc-en-ciel qui a tourné à la catastrophe pour cette équipe belge dont il était le leader. Dans ses interviews post-reconnaissance, outre ses déclarations envers Remco Evenepoel (nous y reviendrons dans notre prochaine newsletter), Wout van Aert affiche surtout une grande envie à l’idée d’enfin briller sur cette course qui semble taillée pour sa puissance. Et il aura en prime les solides Mike Teunissen et Nathan Van Hooydonck pour le placer au bon endroit.

Son rival de toujours, le Néerlandais Mathieu Van der Poel (Alpecin-Fenix), sera également de la partie. Le coureur batave paraît en meilleure forme au fil des courses depuis son retour à la compétition, un mois et demi après sa lourde chute aux Jeux Olympiques (en VTT). Parmi les meilleurs aux championnats du monde, il semblait encore un ton en-dessous pour accompagner les meilleurs puncheurs. Mais sur ces pavés du Nord, le champion du monde de cyclo-cross peut faire des miracles, et jouer sur sa puissance et son explosivité pour faire la différence sur les secteurs les plus rudes de la journée. Avec en prime Tim Merlier et Gianni Vermeersch, autres habitués des cyclo-cross, pour l’accompagner, Van der Poel sera certainement dans les bons coups ce dimanche.

Sur une telle course, l’équipe que tout le monde attend est évidemment en bleu et blanc. La Deceuninck-Quick Step avait déjà confirmé sa force collective en 2019 pour propulser Philippe Gilbert au sommet, elle compte bien réaliser le même scénario cette année. Le local de l’étape, Florian Sénéchal, aura à coeur de briller sur ses terres, lui qui avait remporté l’épreuve chez les juniors voici dix ans pile. Le rouleur-sprinter français a confirmé sa grande condition par une victoire d’étape sur la Vuelta, un succès probant sur la Primus Classic, avant une neuvième place sur les championnats du monde. Bref, Sénéchal respire la forme et la confiance. Et si cela ne suffit pas, l’équipe belge peut également compter sur le Danois Kasper Asgreen, certes en-deçà lors des Mondiaux mais toujours un sacré rouleur sur les pavés. Ou encore sur le Belge Yves Lampaert, troisième en 2019 et qui rêve toujours d’une grande victoire qui propulserait sa carrière. Mais aussi le Tchèque Zdenek Stybar, qui a déjà terminé deux fois deuxième à Paris-Roubaix en neuf participations et qui a montré par sa septième place au récent Mondial qu’il a de nouveau la forme !

Autre formation à surveiller, Bora-Hansgrohe comptera sur deux pions importants pour briller à Roubaix. D’abord le champion de Slovaquie Peter Sagan, qui a fait forte impression sur son tour national, avant les championnats du monde, et qui aimerait réitérer sa victoire à Roubaix, en 2018. Il sera accompagné de la sensation de la dernière édition de la classique du Nord, l’Allemand Nils Politt. Le rouleau compresseur teuton a également montré des signes de satisfaction au Mondial, mais ne pourra plus compter sur l’effet de surprise sur cette édition 2021. L’équipe Trek-Segafredo sera également en bonne position sur les secteurs vu ses leaders annoncés, à savoir le vainqueur de Milan-Sanremo et quatrième du dernier championnat du monde Jasper Stuyven, qui compte bien trouver sur Paris-Roubaix le chemin de la revanche, et l’ancien champion du monde Mads Pedersen, qui a visiblement récupéré de ses deux chutes sur le Mondial en terminant troisième du récent Eurométropole Tour.

Surprenant deuxième du championnat du monde, le Néerlandais Dylan van Baarle (INEOS Grenadiers) n’aura pas une équipe tout aussi impressionnante que les favoris cités ci-dessus, mais avec la puissance qu’il déploie et les expérimentés Michal Kwiatkowski et Gianni Moscon à ses côtés, il peut espérer une bonne position parmi les leaders. Le doute est par contre plus grand autour d’anciens vainqueurs : Greg Van Avermaet (Ag2r Citroën Team) n’a toujours pas retrouvé sa condition d’antan malgré une timide 8e place sur l’étape-reine du Benelux Tour, Niki Terpstra (Team TotalÉnergies) a été encore plus discret mais connaît encore quelques pics par-ci par-là, alors que John Degenkolb (Lotto-Soudal) a dû quitter le championnat du monde sur chute mais ne semble pas non plus au top de sa forme. Et Philippe Gilbert (Lotto-Soudal) ? Il confirme qu’il souhaite surtout prendre du plaisir pour la fin de son avant-dernière saison dans le peloton, sans plus de pression.

Alors qui reste-t-il comme outsiders ? Ils sont encore nombreux à prétendre au titre sur une course où la malchance peut annihiler rapidement tout espoir de victoire. Sep Vanmarcke (Israel Start-up Nation) espère enfin une grande victoire sur une classique du Nord même si sa deuxième place à Roubaix date déjà de… 2013. Le champion d’Europe Sonny Colbrelli (Bahrain Victorious) espère profiter de sa condition actuelle pour s’offrir un grand résultat, même si Paris-Roubaix s’annonce comme la plus délicate des classiques pour celui qui est plutôt connu pour son explosivité. Michael Valgren (EF Education-Nippo) peut également prétendre à une bonne place sur ces pavés, tout comme Victor Campenaerts (Team Qhubeka-Next Hash) ou Alexander Kristoff (UAE Team Emirates). Christophe Laporte (Cofidis) respire également la confiance ces dernières semaines, alors que Casper Pedersen (Team DSM), puissant, peut se placer sur ces routes difficiles. De même que Connor Swift (Arkéa-Samsic) ou Ivan Garcia Cortina (Movistar). Il faudra une bonne dose de réussite pour s’offrir le pavé cette année, ces coureurs peuvent donc croire en leur bonne étoile.

La liste des partants : cliquez ici pour découvrir la liste provisoire des partants

Le palmarès :
2010 Fabian Cancellara (Sui)
2011 Johan Van Summeren (BEL)
2012 Tom Boonen (BEL)
2013 Fabian Cancellara (Sui)
2014 Niki Terpstra (P-B)
2015 John Degenkolb (All)
2016 Mathew Hayman (Aus)
2017 Greg Van Avermaet (BEL)
2018 Peter Sagan (Svq)
2019 Philippe Gilbert (BEL)
2020 Édition annulée

La météo

Le ciel sera très nuageux avec un risque d’averses tout au long de la journée. Les températures ne dépasseront pas 12 à 15°C. Le vent soufflera d’ouest à ouest-sud-ouest entre 15 et 30 km/h avec des rafales pouvant atteindre les 65 km/h.

Les directs TV

  • En direct dès 11h00 sur Tipik puis dès 13h35 sur La Une, et dès 10h55 sur RTBF Auvio avec Rodrigo Beenkens et Cyril Saugrain
  • En direct dès 13h30 sur Één et Sporza.be avec Renaat Schotte et José De Cauwer
  • En direct dès 10h50 sur France 3 puis dès 11h35 sur France 4 puis dès 12h55 sur France 3, et dès 10h50 sur France.tv avec Alexandre Pasteur, Marion Rousse et Laurent Jalabert
  • En direct dès 10h55 sur Eurosport 1, Eurosport Player et GCN+ avec Guillaume Di Grazia et Jacky Durand

Photo de couverture : ASO/Pauline Ballet – Graphiques : ASO/Geoatlas

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