Championnats du monde de cyclo-cross – Élites femmes : Brand en arc-en-ciel au bout d’un thriller passionnant

Après trois podiums consécutifs sur les championnats du monde de cyclo-cross, la Néerlandaise Lucinda Brand a enfin vaincu le signe indien. Malgré la résistance farouche de Denise Betsema puis d’Annemarie Worst, la coureuse de Rotterdam a su garder la tête froide dans le dernier tour ostendais pour s’offrir le plus beau des maillots. Désormais en arc-en-ciel dans les labourés, elle compte profiter de cette série victorieuse pour enchaîner les résultats sur la route.

C’est une habitude depuis le début de la saison. Les spécialistes des pronostics ne se demandent pas quelle cycliste pourra s’imposer sur le prochain cyclo-cross, mais bien quelle Néerlandaise. Les championnats du monde d’Ostende ne dérogeaient pas à la règle malgré un tracé différent des habituelles épreuves du calendrier, en raison de ce passage sur la plage, particulièrement piégeux. Et au vu de leurs prestations ces dernières semaines, Lucinda Brand, vainqueur à onze reprises cet hiver, et Ceylin Del Carmen Alvarado, huit fois sur la première marche du podium en 2020-2021, étaient attendues comme les grandes favorites.

Betsema « née dans le sable »

Patatras : dès le premier virage, Alvarado, tenante du titre, était déjà éliminée de la course au maillot irisé. Une glissade dans le premier virage à 180 degrés la propulsait au sol, avec sa principale concurrente belge Sanne Cant. Reléguées au-delà du Top 10, les deux rivales pouvaient déjà désenchanter, malgré leur bonne volonté pour rapidement remonter dans le classement.

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Pendant ce temps, la Néerlandaise Denise Betsema, « née dans le sable » comme en rigole le commentateur de la VRT Michel Wuyts, faisait démonstration de sa technique sur la plage. Comme sur son île de Texel, elle enchaînait les trajectoires audacieuses, bien perchée sur sa machine, pour croître son avantage sur Lucinda Brand et Annemarie Worst, les deux dernières Néerlandaises capables de suivre le rythme insolent de leur compatriote en tête.

L’audace de Betsema était toutefois mal récompensée. Dès le troisième des cinq tours, la Néerlandaise devait lâcher du lest lors de la course à pied qui devenait désormais un sport national sur la plage. « Brand et Worst couraient de toute manière plus rapidement que moi. Et dans la deuxième moitié de course, mon genou me gênait à nouveau, un mal que j’avais déjà ressenti le week-end dernier », rapporte la sociétaire de Pauwels Sauzen-Bingoal, contrainte de rester dans la roue de Brandt et Worst durant la phase finale de ce Mondial. Pendant qu’Alvarado bataillait à près d’une minute, pour une quatrième place que l’Américaine Clara Honsinger allait finalement empocher au bout d’une bagarre tout aussi haletante qu’en tête.

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Seul l’arc-en-ciel compte lors d’un championnat du monde. Et la course en tête prenait des airs de thriller quand les glissades et autres démonstrations techniques dans le sable bouleversaient le scénario imaginé quelques minutes auparavant. Ainsi, alors que Brand semblait prendre le meilleur sur ses adversaires dans l’hippodrome, Worst faisait un retour impressionnant et lâchait Betsema. Dans le dernier tour, il n’y avait donc plus que Brand et Worst pour se disputer le maillot irisé.

Une chute décide de l’arc-en-ciel

« Ce dernier tour était très excitant après une course de longue haleine », confie Brand, qui prenait le meilleur sur le premier passage dans le sable avant de voir Worst la déborder puis se faire dépasser avant le pont. Changement de hiérarchie dans l’hippodrome, avec Worst qui prenait les devants, avant… qu’elle glisse après ce qui ressemblait à un coup de coude de Brand. Le ralenti montrait pourtant bien que c’est la coureuse de 777 qui glissait déjà à l’extérieur du virage quand Brand profitait pour sa part du trou laissé à l’intérieur du virage à droite pour reprendre la tête de la course.

« Nous avons pris des trajectoires différentes, et nous nous sommes quand même touchées au niveau du coude. Ce n’est jamais amusant et j’aurais évidemment aimé que ce soit différent », se désole Brand. « Quelque chose comme ça, ça peut arriver dans le feu de l’action. On était quasiment égale à ce moment-là, et c’est dommage que cela se soit passé ainsi, mais cela peut arriver dans une partie glissante », rapporte pour sa part Worst, autrice de son meilleur cyclo-cross depuis sa victoire au Koppenberg, fin octobre.

Du cyclo-cross sur le tard

Cette chute permettait à Brand de prendre son envol. Un passage sur les escaliers sans glissade, une dernière accélération, et elle pouvait célébrer sur la ligne d’arrivée son tout premier titre de championne du monde de cyclo-cross, après avoir termine 4e en 2017, 3e en 2018 et 2020 et 2e en 2019. Enfin, la consécration tombe pour la meilleure représentante de Trek. « Ce titre mondial me fait beaucoup de bien. Cela fait quelques années que je n’ai pas pu le décrocher, et c’est top de le faire cette année. Même si je ne le réalise pas encore tout à fait. Après tant d’années de travail, j’ai enfin réussi », confie sur le plateau de la VRT, celle qui a découvert le cyclo-cross sur le tard, voici seulement six saisons. Considérée comme l’une des meilleures techniciennes du peloton, Brand a mis du temps à trouver son rythme dans les labourés, avant de finalement exploser grâce aux conseils de Sven Nys chez les Trek Lions.

Lucinda Brand conclut ainsi une parfaite saison, s’offrant un premier titre de championne du monde, après sa victoire au classement général de la Coupe du monde, et des possibles victoires finales sur le Superprestige et le Trophée X2O Badkamers en février. « Je veux désormais profiter. On verra ce qu’il en est pour la route après », explique encore la Néerlandaise, consciente qu’elle sera scrutée dès le prochain printemps pour le Strade Bianche et Paris-Roubaix, deux épreuves où ses qualités de technicienne et de coureuse puissante pourraient l’aider à enchaîner les succès.

Cant : « J’ai eu comme un coup de froid »

Surprenante deuxième au vu de sa saison, Annemarie Worst se disait pour sa part « moins déçue » que l’an dernier. « Ma saison a été moins bonne que l’hiver dernier, donc je voulais tout de même bien terminer ici, car c’est une course spéciale, que je visais clairement. C’est pourquoi vous m’avez peut-être moins vue ces dernières semaines : je pensais à aujourd’hui », sourit derrière son masque irisé la double vice-championne du monde. Denise Betsema se disait également heureuse de sa course : « J’ai un sentiment mitigé, car je suis heureuse d’obtenir une première médaille aux Mondiaux, et en même temps je me suis approchée du titre mondial. Cela viendra », confie-t-elle.

Alvarado, derrière, devait se contenter d’une sixième place alors que Sanne Cant termine finalement 8e après une autre chute dans le sable : « J’ai longtemps roulé pour la quatrième place, mais à l’avant-dernier tour, j’ai eu comme un coup de froid. J’avais comme un mauvais rhume », confie-t-elle au micro de la VRT, frigorifiée malgré une doudoune sur les épaules. Malgré ces différents problèmes, la championne de Belgique a confirmé son statut de n°1 belge, et montré qu’elle pouvait certainement se rapprocher du podium sans ces divers coups de malchance.

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Résultats de la course des élites femmes des championnats du monde de cyclo-cross 2021 à Ostende :

  1. Lucinda Brand (Pays-Bas), les 5 tours de 3 km en 46:53
  2. Annemarie Worst (Pays-Bas) à 0:08
  3. Denise Betsema (Pays-Bas) à 0:19
  4. Clara Honsinger (États-Unis) à 0:52
  5. Yara Kastelijn (Pays-Bas) à 1:04
  6. Ceylin Del Carmen Alvarado (Pays-Bas) à 1:12
  7. Evie Richards (Royaume-Uni) à 1:13
  8. Sanne Cant (Belgique) à 1:43
  9. Elisabeth Brandau (Allemagne) à 2:07
  10. Christine Majerus (Luxembourg) à 2:08
  11. Eva Lechner (Italie) à 2:18
  12. Marianne Vos (Pays-Bas) à 2:23
  13. Perrine Clauzel (France) à 2:26
  14. Alice Maria Arzuffi (Italie) à 3:01
  15. Anne Tauber (Pays-Bas) à 3:38
  16. Maghalie Rochette (Canada) à 3:45
  17. Alicia Franck (Belgique) à 3:56
  18. Rebecca Gariboldi (Italie) à 3:58
  19. Suzanne Verhoeven (Belgique)
  20. Aida Nuno Palacio (Espagne) à 4:08
  21. Katie Compton (États-Unis) à 4:13
  22. Silvia Persico (Italie) à 4:22
  23. Rebecca Fahringer (États-Unis) à 4:27
  24. Hélène Clauzel (France) à 4:33
  25. Marlène Petit (France) à 4:45
  26. Laura Verdonschot (Belgique) à 5:01
  27. Loes Sels (Belgique) à 5:24
  28. Lucia Gonzalez (Espagne) à 5:38
  29. Ellen Van Loy (Belgique) à 5:56
  30. Barbara Borowiecka (Pologne) à 6:15
  31. Sophie de Boer (Pays-Bas) à 6:17
  32. Karen Verhestraeten (Belgique) à 7:00
  33. Chiara Teocchi (Italie) à 7:24
  34. Zina Barhoumi (Suisse) à 7:31
  35. Kaitlin Keough (États-Unis) à 8:11
  36. Zuzanna Krzystala (Pologne) à 8:25
  37. Nadja Heigl (Autriche) à 1 tour
  38. Sara Cueto (Espagne)
  39. Malgorzata Mazurek (Pologne)

Photo : capture VRT/Sporza

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