Flèche Wallonne : sans favori désigné, Hirschi prend sa chance sur le Mur

Sur une Flèche Wallonne orpheline de ses vainqueurs de cette dernière décennie, le Mur de Huy a permis de désigner un nouveau roi de la côte la plus redoutée des classiques ardennaises. Le Suisse Marc Hirschi (Sunweb) a triomphé de ses rivaux dans les 50 derniers mètres d’un sprint explosif, comme il l’avait déjà révélé sur le Tour de France.

Quelques riverains sur le pas de leur porte, quelques dizaines de spectateurs hutois ayant réservé l’une des 400 places délivrées par la commune pour limiter la bulle des supporters, les caméramen de la RTBF… Le Mur de Huy avait ce mercredi des airs de désert cycliste. Sans la foule se plaçant dans les célèbres virages abrupts de la colline mosane, l’arrivée de la Flèche Wallonne offrait un paysage bien différent de l’habituelle classique printanière qui anime le mois d’avril. Cette année, la Flèche clôture le mois de septembre, au lendemain des championnats du monde, et doit faire face aux mesures contre le Covid-19.

Le peloton s’adapte également avec l’absence des deux précédents vainqueurs de la Flèche, l’Espagnol Alejandro Valverde et le nouveau champion du monde Julian Alaphilippe, qui ont préféré faire l’impasse sur la première course du diptyque wallon pour se concentrer sur Liège-Bastogne-Liège. Ces absences permettaient ainsi à d’autres favoris de se dégager, et au peloton à croire à un autre scénario que celui du contrôle permanent à l’approche du Mur de Huy.

Vansevenant jusqu’au bout

Et cela ne manquait pas. L’échappée matinale, avec le Français Marlon Gaillard (Total Direct Énergie), le Néerlandais Mathijs Paasschens (Bingoal-Wallonie Bruxelles) et les Belges Aaron Van Poucke (Sport Vlaanderen-Baloise) et Mauri Vansevenant (Deceuninck-Quick Step), prenaient près de neuf minutes d’avance sur un peloton qui n’avait que peu d’équipes pour prendre en mains le travail de poursuite. Alors les hommes de tête se mettaient à y croire, au vu des écarts aux passages sur le Mur de Huy. Encore six minutes sur la première ascension, encore deux minutes sur la seconde, située à moins de 30 kilomètres de l’arrivée.

Vansevenant montrait également qu’il pouvait gérer en solitaire, lâchant Van Poucke et Gaillard dans le Mur avant Paaschens dans la côte d’Ereffe, à moins de vingt kilomètres de l’arrivée. Le néo-pro belge, fils de Wim Vansevenant, réalisait un exploit en tenant la dragée haute à un peloton désorganisé, et incapable de faire preuve de solidarité dans la poursuite. Les tentatives offensives d’Alessandro De Marchi (CCC), Tadej Pogacar, Rui Costa (UAE Team Emirates) ou Rigoberto Uran (EF Pro Cycling) étaient également vaines. Il fallait une chute de Vansevenant dans le dernier virage de la descente d’Ahin pour que le peloton se rapproche à moins d’une demi-minute du Belge, vaillant jusqu’au dernier coup de pédale donné avec Uran. Avant un regroupement à 1 500 mètres du but.

« Je me sentais vraiment bien aujourd’hui, et je voulais prendre l’échappée matinale car je savais que l’arrivée ne me convenait pas vraiment », affirme Mauri Vansevenant à l’arrivée. « La victoire était possible, vu l’écart que nous avions creusé avec le groupe. Malheureusement, j’ai chuté… Dans le final, on essaye évidemment d’aller à la limite. Ici, je pense que j’ai pris trop à l’extérieur, je n’avais plus le contrôle de mon vélo, et j’ai foncé dans les buissons. Mais je n’ai rien, j’ai pu remonter tout de suite sur mon vélo, mais j’ai perdu trop de temps. C’est dommage, car je pense qu’avec 30 secondes d’avance au pied du Mur, la victoire était possible ». Vansevenant en voulait, mais cela n’a pas suffi…

Le sprint parfait de Hirschi

Alors, tout ça pour ça ? La dernière montée du Mur de Huy montrait pourtant bien le fait qu’aucune équipe n’était capable de contrôler, même dans ce dernier kilomètre. Chaque leader se replaçait aux avant-postes, et prenait un à un les commandes. Richie Porte (Trek-Segafredo) faisait preuve d’autorité à la sortie de la chicane de Claudy Criquielion, la plus rude, avant que Michael Woods (EF Pro Cycling) prenne l’avantage dans les 250 derniers mètres. Le Canadien était suivi par Marc Hirschi (Sunweb), qui faisait le jump à gauche de la route à 50 mètres du but, suffisant sur ce Mur pour creuser l’écart et remporter la plus belle course de sa carrière, seulement deux semaines après sa première victoire d’étape sur le Tour de France, et quatre jours après une troisième place déjà audacieuse sur le dernier championnat du monde.

« C’était si dur et si raide », affirme Hirschi, à peine 22 ans, le deuxième plus jeune vainqueur de l’histoire post-Guerre mondiale de la Flèche Wallonne (après Eddy Merckx en 1967). « Tu ne dois pas y aller trop tôt et rester fort dans la tête, pour que la douleur ne te submerge pas. Je ne me sentais pas si bien en début de course, mais je voulais faire le meilleur. J’ai eu de la chance d’avoir les jambes ensuite, et je n’ai fait aucune faute avec l’équipe par la suite. C’était parfait pour nous », rappelle le Suisse, qui tenait à remercier ses équipiers, qui avaient mis en route la poursuite à l’approche du circuit local. Avec cette condition, Hirschi semble désormais en bonne position pour Liège-Bastogne-Liège, dans quatre jours. « Ce qui vient désormais, c’est du bonus, mais j’espère bien profiter de ma condition. Je vais prendre du repos, puis on verra », rappelle justement l’ancien champion du monde espoir, qui retrouvera notamment celui qui l’a battu à Nice, voici un mois, ainsi qu’à Imola, dimanche dernier, Julian Alaphilippe.

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Résultats de la Flèche Wallonne (Herve > Huy, 202 km) :

1. Marc Hirschi (Sui, Team Sunweb) en 4h49:17
2. Benoît Cosnefroy (Fra, Ag2r-La Mondiale)
3. Michael Woods (Can, EF Pro Cycling)
4. Warren Barguil (Fra, Team Arkéa-Samsic)
5. Daniel Martin (Irl, Israel Start-up Nation)
6. Michal Kwiatkowski (Pol, INEOS Grenadiers)
7. Patrick Konrad (Aut, Bora-Hansgrohe) à 0:05
8. Richie Porte (Aus, Trek-Segafredo)
9. Tadej Pogacar (Slo, UAE Team Emirates)
10. Simon Geschke (All, CCC Team) à 0:10

12. Jelle Vanendert (Bel, Bingoal-Wallonie Bruxelles)
21. Tim Wellens (Bel, Lotto-Soudal) à 0:18
22. Louis Vervaeke (Bel, Alpecin-Fenix)
33. Laurens Huys (Bel, Bingoal-Wallonie Bruxelles) à 0:38
34. Jan Bakelants (Bel, Circus-Wanty Gobert) à 0:40
36. Dries Devenyns (Bel, Deceuninck-Quick Step) à 0:42
48. Ilan Van Wilder (Bel, Team Sunweb) à 0:59

Photo : ASO/Gautier Demouveaux

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