Tour de France : Wellens et Alaphilippe, le triomphe des intrépides

Le retour du Tour de France dans l’Hexagone annonçait une bataille à couteaux tirés dans les vallons de Champagne. Les quelques côtes abruptes disséminées ont confirmé cette guerre des nerfs, finalement remportée par Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step), auteur d’un final époustouflant après avoir lancé sa principale offensive à une quinzaine de kilomètres de l’arrivée. Il en profite pour s’offrir le maillot jaune pendant que Tim Wellens (Lotto-Soudal), élu combatif du jour après sa sortie en solo de 35 kilomètres, récupère le maillot à pois de meilleur grimpeur.

Il fallait être en forme très tôt pour affronter cette troisième étape du Tour, annoncée comme la première grande explication entre puncheurs. Le départ ne semblait pas offrir de grande difficulté et le vent venant majoritairement de dos offrait une possibilité aux baroudeurs de s’extraire rapidement du peloton. Cinq hommes tentaient donc l’effort, parmi lesquels un certain Tim Wellens, pourtant annoncé comme l’un des outsiders pour ce final dans les vignes d’Épernay. « Ce n’était pas prévu à la base. J’imagine que Tim a suivi son intuition ou son insouciance », révélera au micro de la RTBF, son équipier Maxime Monfort à l’arrivée. L’attaque au long cours était en tout cas fructueuse pour le Limbourgeois.

Alors que le peloton revenait à près de deux minutes du groupe de tête, sous l’impulsion des Jumbo-Visma et de Deceuninck-Quick Step, Wellens décidait de sortir en solitaire à près de 50 km de l’arrivée. Le contre-la-montre tenté était audacieux, mais nécessaire pour s’assurer le plus grand nombre de points au classement de la montagne. Le coureur de la Lotto-Soudal franchissait en effet tous les sommets répertoriés en tête, avec même une roue crevée dans la dernière ascension, la côte de Mutigny, le contraignant à s’arrêter, sans voiture d’assistance à ses côtés. « Au début, je voulais simplement y aller pour les pois, puis j’ai commencé à me dire que je pouvais jouer la victoire d’étape vu comment je me sentais », explique Tim Wellens à la VRT. « Mais j’ai commencé à craquer, et je n’ai pas pu conserver le même tempo. Et dans la dernière ascension, j’ai eu une crevaison. J’avais parlé dans la montée avec la moto neutre pour changer de roue au sommet mais quand je me suis arrêté, il n’y avait plus personne ».

Tim Wellens - Prix de la Combativité 3e étape Tour de France 2019 - ASO Alex Broadway

Alaphilippe a reconnu le final

Le Limbourgeois de 28 ans a donc vu Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step), parti quelques secondes auparavant, le déborder en puissance, filant à toute vitesse dans la descente technique se dessinant à travers les vignes. Personne n’arrivait ou n’osait prendre la roue de l’équilibriste français, préférant jouer la carte du sprint final sur les hauteurs d’Épernay. Mais Alaphilippe tenait bon, et se jouait des derniers murs à 12% posés sur son chemin pour conserver une trentaine de secondes d’avance sur un peloton qui avait pourtant les INEOS et les Jumbo-Visma pour assurer les relais en tête. Les petites routes techniques dans le final et le vent favorable aidaient toutefois Alaphilippe dans sa conquête folle, lui qui avait reconnu avec le reste de l’équipe Deceuninck-Quick Step, le final de cette troisième étape. Cela se voyait sur les images : Alaphilippe fonçait tête baissée dans les descentes, prenait les virages à la corde et relançait à chaque petite butte.

Alaphilippe pouvait finalement crier sa rage au bout de 4h40 de course à près de 46 km/h de moyenne (malgré les difficultés !) et profitait même des commentaires sur la ligne lui annonçant la prise du maillot jaune de leader du classement général ! « Ce que Julian a fait était risqué mais ça a réussi », se réjouit le manager de l’équipe belge Deceuninck-Quick Step, Patrick Lefevere. « On a eu peur jusqu’au bout. Mais c’est du Alaphilippe et c’est pour ça qu’on a pris le risque de prolonger son contrat ».

Van Aert, deuxième du général

« J’ai senti que les jambes étaient bonnes dans la dernière ascension. Je ne pensais pas m’isoler si loin de l’arrivée, mais je ne me suis pas retourné. J’ai vu que j’avais 30 secondes, 40… J’ai tout donné », sourit, plein d’émotions, Julian Alaphilippe. « J’ai tellement rêvé de ce scénario. Je vais me battre pour garder ce maillot jaune le plus longtemps possible », clame encore le Français, qui a embrassé ce paletot tant désiré sur le podium, avant de crier sa rage. Il s’offre ainsi un avantage de vingt secondes sur son premier dauphin, le meilleur jeune Wout van Aert (Jumbo-Visma), qui espérait troquer le blanc pour le jaune suite à l’annonce par son leader Mike Teunissen que cette étape serait trop dure pour lui. « Mais ces côtes étaient bien plus raides que ce que j’attendais », dit-il à l’agence Belga. « C’est un peu dur de me retrouver si proche du maillot jaune. Je me suis retrouvé avec tous les candidats au classement général et les spécialistes des classiques. Mais bon, je garde le maillot blanc, c’est déjà bien », constate tout de même le cyclo-crossman belge, qui salue la performance d’un autre ancien des labourés, Alaphilippe. Il faut décidément être un habitué des hivers dans la boue pour réussir sur ce Tour !

Résultats de la 3e étape de la 106e édition du Tour de France (Binche > Épernay, 215 km) et classement général provisoire :

Photos : ASO/Thomas Maheux et Alex Broadway

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