Championnats de Belgique : Kopecky et Evenepoel, des évidences loin d’être évidentes

Lotte Kopecky a glané son troisième titre de championne de Belgique, pendant que Remco Evenepoel s’est offert son premier maillot noir-jaune-rouge.
Le podium du championnat de Belgique masculin sur route 2023 à Izegem : Alec Segaert (2e), Remco Evenepoel (1er) et Jasper Struyven (3e) – Photo : Belgian Cycling

Le circuit d’Izegem n’offrait que peu d’aspérités intéressantes pour annoncer une course offensive. Sauf que le profil proposé ce dimanche n’était pas pour n’importe quel course : un championnat de Belgique. Une épreuve ô combien particulière avec ses équipes au nombre aléatoire, sa tension inhérente au titre national à remporter, son parcours répétitif… Ce tracé peu inspirant sur le papier annonçait des courses idéales pour les sprinters. Mais aussi des pièges éventuels, avec quelques côtes chez les hommes pour user les moins costauds dès les premières heures de course, et des routes bordées par le vent chez les femmes pour tenter de surprendre les plus véloces.

Les attaques ont fusé lors de la course féminine. Mais personne n’a réussi à prendre plus d’une vingtaine de secondes sur ces routes planes. Même les passages techniques dans Izegem et Ingelmunster ne permettaient pas de fausser chemin au peloton. « Heureusement pour moi, il y avait un peu plus d’équipes que ces dernières années, elles se battaient un peu entre elles durant la première moitié de course, mais j’ai quand même dû réagir par moi-même plusieurs fois par la suite », explique Lotte Kopecky, favorite esseulée du jour, seule représentation de la SD Worx au départ. L’une des particularités de ces championnats nationaux. Mais la force collective des Fenix-Deceuninck ou AG Insurance-Soudal Quick Step n’a pas été suffisante pour bousculer la double championne belge.

Les jeunes sprinteuses mitigées

Toujours en place malgré les attaques de ses rivales dans les deux derniers tours, Lotte Kopecky se permettait même de mener le sprint final, de bout en bout. « À l’arrivée, je ne voulais pas lancer le sprint trop tôt. J’ai attendu le panneau des 200 derniers mètres. Qui s’attendait à ce que ce soit une victoire logique ? Ce n’était pas si évident », répond celle qui a conquis son troisième titre national sur la course en ligne, après un quatrième maillot noir-jaune-rouge sur le contre-la-montre, jeudi dernier.

Ce sprint a souri à Kopecky mais frustré d’autres, comme Julie De Wilde (Fenix-Deceuninck), quatrième. « L’équipe a lancé le sprint trop tôt et je me suis retrouvée bloquée dans le paquet, sans possibilité de me libérer. La quatrième place est un résultat amer », estime celle qui s’annonce comme l’une des Belges à suivre ces prochaines saisons. Deuxième, Marthe Goossens (AG Insurance-Soudal Quick Step), autre espoir de 21 ans à peine, avait moins de regrets, mais confirmait que le plan était simple : « Je ne m’attendais pas à ce podium. On devait essayer d’éviter d’emmener Lotte sur la ligne. Mais cela n’a pas fonctionné ». Tout tournait autour de Kopecky, mais la leader de la SD Worx était infaillible ce dimanche. Et elle pourra arborer son nouveau maillot tricolore sur le prochain Tour de France Femmes.

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Van Aert trop vite devant

Chez les hommes, tous les regards étaient évidemment dirigés vers les sprinters. Vu le profil final de ce championnat de Belgique, tout annonçait un nouvel emballage massif, comme l’an dernier à Middelkerke. Encore fallait-il survivre aux côtes du Heuveland, dont la triple montée du Mont Kemmel. Et c’est sur ce circuit vallonné, à plus de 150 kilomètres de l’arrivée, que la Jumbo-Visma décidait de mettre la pagaille. Nathan Van Hooydonck d’abord, Wout van Aert et Tosh Van der Sande pour l’accompagner. Ils formaient un beau groupe avec également Florian Vermeersch (Lotto-Dstny), Yves Lampaert (Soudal Quick Step), Gianni Vermeersch (Alpecin-Deceuninck)… Un sacré parterre de flandriens et en prime, toutes les grandes équipes représentées à l’avant. La situation semblait idéale.

Mais comme l’a indiqué Wout van Aert, la pression est trop rapidement revenue sur sa formation. « J’espérais que ce soit une bonne tactique. Mais avec du recul, peut-être qu’on n’est parti avec trop d’équipiers devant. La pression retombait sur nos épaules. Nous espérions atteindre le dernier tour pour attaquer. On a dû finalement sortir plus tôt », confie le champion de Belgique du contre-la-montre. Parti avec Yves Lampaert à plus de 50 kilomètres de l’arrivée, il n’a rien pu faire face au peloton décidé à jouer la carte du sprint. « Yves Lampaert et Wout van Aert ont peut-être pris trop tôt le poids de la course sur leurs épaules. Cela a bien sûr joué en ma faveur », ajoute d’ailleurs Remco Evenepoel (Soudal Quick Step).

Deux attaques, deux bons coups

Sauf que les équipiers n’étaient pas suffisants pour contrôler l’ensemble du peloton. Et quand un champion du monde attaque, difficile de répliquer. Remco Evenepoel a mené le gros tempo avec trois Lotto-Soudal dont le sprinter Jasper De Buyst, Jasper Stuyven (Trek-Segafredo). Autant de coureurs rapides en cas de sprint en groupe. Cela n’a pas empêché le coureur de Schepdaal de tenter tant et plus, sur un tracé peu propice à ces élans d’audace. « J’ai attaqué deux fois et ce furent deux bonnes décisions », confirme Evenepoel, parti finalement dans les dix derniers kilomètres avec le champion d’Europe du contre-la-montre chez les espoirs Alec Segaert (Lotto-Dstny). « J’ai beaucoup travaillé dans la finale quand j’ai compris que Segaert ne voulait plus relayer à cinq kilomètres de l’arrivée. La situation était compliquée pour moi, mais j’ai été bien conseillé par mon équipe dans l’oreillette. Je ne savais cependant pas si Segaert était bon ou non au sprint », explique le champion du monde.

En confiance, Evenepoel a décidé de mener son sprint, le plus long de sa carrière selon lui, sans s’inquiéter de sa position de tête. « J’ai lancé le sprint de loin, je sentais que j’avais gardé de l’explosivité, et je me suis imposé devant un excellent Alec Segaert. Je suis agréablement surpris par sa prestation. Il peut être fier de sa semaine avec deux médailles d’argent. Il a un vrai futur devant lui », réagit Evenepoel, heureux de devenir le troisième champion du monde de l’histoire à obtenir ce titre belge durant son mandat en arc-en-ciel. « Ce sera un beau back-up », sourit-il, tout en avouant son objectif évident de rempiler un an en tant que champion du monde. Le nom d’Evenepoel sur ce palmarès belge semble tomber sous le sens, mais sur un tel parcours, face à un tel scénario, cela n’avait rien d’évident.

Pas plus que la deuxième place d’Alec Segaert, la révélation de cette semaine parmi les professionnels, après avoir déjà ébloui les catégories juniors et espoirs. « Je n’aurais jamais espéré obtenir une deuxième place derrière Evenepoel. C’est la plus longue course de ma carrière, je n’avais jamais autant roulé sur le vélo. Cela peut donc expliquer le fait que je manquais d’explosivité pour le sprint. Pourtant, je me trouvais dans une situation idéale dans la roue d’Evenepoel, mais il était le plus fort », analyse le coureur de 20 ans, déjà parmi les meilleurs. La confirmation d’une jeunesse belge qui n’attend qu’à éclore, que ce soit chez les femmes ou chez les hommes.

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