Tirreno-Adriatico : Pogacar cannibalise, Evenepoel apprend toujours

Double vainqueur de l’UAE Tour et de Tirreno-Adriatico, lauréat du Strade Bianche, le n°1 mondial est imbattable. À tel point que sa domination use certains.
Tadej Pogacar Vainqueur Final Trident - Tirreno-Adriatico 2022 - RCS Sport La Presse Fabio Ferrari
Tadej Pogacar (UAE Team Emirates), vainqueur de Tirreno-Adriatico 2022 – Photo : RCS Sport/La Presse/Fabio Ferrari

Imperturbable favori après ses victoires autoritaires sur l’UAE Tour et le Strade Bianche, le Slovène Tadej Pogacar (UAE Team Emirates) a affirmé sa position de n°1 mondial sur Tirreno-Adriatico. Vainqueur de deux étapes et du général, le coureur de 23 ans se place même comme favori pour Milan-Sanremo voire le Tour des Flandres avec ses performances intersidérales.

Après son solo de 50 kilomètres sur le Strade Bianche, Tadej Pogacar était attendu au départ de cette 57e édition de Tirreno-Adriatico en tant que large favori de la Course des Deux Mers. L’espoir était tout de même grand, de la part des fans du spectacle cycliste, de voir les INEOS Grenadiers, les Bahrain Victorious ou les Quick Step-Alpha Vinyl, mettre en difficulté le rouleur-grimpeur slovène. Le parcours proposé, favorable aux attaquants et moins montagneux qu’à l’accoutumée, pouvait laisser penser à une épreuve plus difficile à contrôler de la part du n°1 mondial. Même le contre-la-montre initial sur le bord de mer devait permettre à certains habitués de l’effort individuel de récupérer quelques secondes nécessaires à l’aube de la semaine difficile au programme.

Et pourtant, rien n’y a fait. Pogacar était déjà troisième de ce chrono initial du côté de Camaiore, soit le deuxième favori du classement général à seulement 7 secondes de Remco Evenepoel (Quick Step-Alpha Vinyl), l’autre star attendue. Avant de prendre la tête du général dès la première étape pour puncheurs du côté de Bellante après avoir annihilé une première tentative d’Evenepoel. Avant de contrer une nouvelle offensive de son rival belge, le lendemain, cette fois brisée par une erreur de l’organisation qui avait oublié de bloquer une route.

Le dernier coup de bambou sur la tête intervenait sur la 6e étape, l’étape-reine tracée autour d’une double ascension du Monte Carpegna, cette rude montée que Marco Pantani enchaînait pour ses entraînements. Propulsé par une équipe UAE au rendez-vous, et plus particulièrement par un Marc Soler en verve sur ces routes enneigées et piégeuses, Pogacar filait à un peu plus de 15 kilomètres du but pour engranger près d’une minute et demie sur ses plus proches adversaires, le Danois Jonas Vingegaard (Jumbo-Visma) et l’Espagnol Mikel Landa (Bahrain Victorious), dans le même ordre sur le podium du classement général. « Je n’ai même pas envisagé d’aller avec lui. Il est juste phénoménal. Il est meilleur que le reste », répond incrédule Vingegaard.

Réimaginer Coppi et Merckx

Ses offensives en solitaire et son explosivité sur les côtes abruptes sont sa signature. Mais Pogacar semble sur une autre planète cette saison, à 23 ans seulement. « Ma forme est à peu près similaire à l’an dernier, et pas si lointaine de ma forme prévue pour le Tour de France. Tout va bien, je ne vais pas me plaindre. Mais je ne m’impose pas plus de pression sur moi-même, non plus », réagit Pogacar, qui souligne également « le travail de l’équipe » UAE Team Emirates pour le placer en bonne position, sans un effort de trop, à l’orée des juges de paix de cette course au trident. « C’est toujours difficile de progresser, peut-être que je pourrais encore perdre un kilo. Mais si je suis dans cette forme jusqu’à Liège-Bastogne-Liège, je serai plus qu’heureux », ajoute celui qui sera avant cela sur Milan-Sanremo et le Tour des Flandres, deux monuments sur lesquels il s’annonce même comme… favori.

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Tadej Pogacar (UAE Team Emirates) attaque dans le Monte Carpegna, juge de paix de la 6e étape de Tirreno-Adriatico 2022 – Photo : RCS Sport/La Presse/Fabio Ferrari

« Milan-Sanremo est l’une des courses les plus difficiles à gagner. On sera avec une grande équipe au départ, nous ferons de notre mieux », annonce Pogacar qui, titillé par les journalistes sur place, avoue doucement qu’il est possible d’attaquer « à partir de la Cipressa ». Soit l’avant-dernière côte de la Classicissima, à près de 30 kilomètres de l’arrivée. Et pourtant, les supporters neutres du cyclisme aimeraient-ils vraiment voir ce « Cannibale » engouffrer une nouvelle classique de prestige en solitaire ? La question a été posée avec une petite dose de provocation par un salarié de GCN : “Nous regardons tous l’histoire du cyclisme et nous nous émerveillons des exploits de Coppi et Merckx. Mais les regarderions-nous réaliser ces exploits en direct pendant des heures comme nous le pouvons maintenant ?”.

Les exploits de Pogacar sont impressionnants, ils embaument même le peloton de doutes qui reviennent à chaque domination. Et l’objectif de « Pogi » est de gagner, et non de faire durer le suspense. Et jusqu’à présent, le Slovène est simplement sur une autre planète. C’était jusqu’ici sur des courses qu’il connaissait parfaitement. Cela sera bien différent sur Milan-Sanremo, classique sur laquelle les favoris se comptent par dizaines, et sur le Tour des Flandres, épreuve qui fait la part belle aux expérimentés des pavés. La course n’est donc pas gagnée d’avance. A priori.

Evenepoel doit encore apprendre la gestion

Avec ses 25 victoires engrangées en trois saisons, à seulement 22 ans, et sa récente domination sur le Tour d’Algarve, le Brabançon Remco Evenepoel arrivait sur Tirreno-Adriatico avec un statut de favori. Le costume semblait lui convenir dans son duel face à Pogacar, tout au long de la semaine. Mais dès la première ascension du Monte Carpegna, Evenepoel manquait son premier défi sur le terrain qui lui semble toujours hostile. Sur les pentes plus importantes, le coureur belge pioche. Et sous des températures quasiment négatives, il a connu une journée infernale, finalement conclue à quatre minutes de Pogacar. « Quatre minutes sur le premier au bout d’une course d’une semaine, ce n’est pas normal en ce qui me concerne », a-t-il confié à la presse belge 24 heures après cette défaite, au terme d’une dernière étape pour les sprinters dominée par l’Allemand Phil Bauhaus (Bahrain Victorious).

Remco Evenepoel Peloton 4e étape - Tirreno-Adriatico 2022 - RCS Sport La Presse Fabio Ferrari.JPG
Remco Evenepoel (Quick Step-Alpha Vinyl) dans le peloton, devant Tadej Pogacar (UAE Team Emirates), sur la 4e étape de Tirreno-Adriatico 2022 – Photo : RCS Sport/La Presse/Fabio Ferrari

Evenepoel évoque des jambes lourdes avant l’arrivée sur le Monte Carpegna et une deuxième ascension… plus rapide que la première. « Je croyais encore au podium », affirme le leader de Quick Step-Alpha Vinyl. Il estime qu’il lui manquait 40 watts de puissance pour accrocher les meilleurs. Une puissance qu’il a pu récupérer dans le final de cette étape-reine. « Je n’ai pas pu atteindre la puissance nécessaire, je ne parvenais pas non plus à dépasser mes limites. C’est une claque, car j’ai bien travaillé, j’étais dans d’excellentes dispositions pour obtenir un podium », conclut Evenepoel, qui va donc se remettre en question, tout comme sa formation, qui n’a pu accompagner au mieux le jeune leader dans le final. Même le champion du monde Julian Alaphilippe est apparu, comme sur le Strade Bianche, dans une forme moins optimale sur ce Tirreno-Adriatico.

Evenepoel devra désormais analyser ces performances en dents de scie et répondre aux critiques du 4 au 9 avril prochains sur le Tour du Pays Basque, sur des terres espagnoles qui lui ont été jusqu’ici plus favorables. La dernière rampe avant la Flèche Brabançonne et les classiques ardennaises, autres objectifs majeurs d’un printemps déjà bien rempli.

Les résultats de la 57e édition de Tirreno-Adriatico :

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