Jeux Olympiques – Tokyo 2020 : le rêve doré du talentueux Pidcock, le cauchemar de Van der Poel

L’épreuve de cross-country masculin de ces Jeux Olympiques de Tokyo annonçait une partie de manivelles inédite avec deux habitués des labourés et du bitume sur les chemins d’Izu : Mathieu Van der Poel et Tom Pidcock. Et les deux hommes ont marqué cette course aux médailles. Le premier a rapidement été éliminé sur une chute qui a entraîné une nouvelle polémique batave, le second a réalisé un nouvel exploit pour remporter son premier titre olympique à seulement 21 ans.

Tom Pidcock a tous les talents

Cela fait de nombreuses années que le Britannique Tom Pidcock est attendu comme la future pépite du cyclisme au royaume de sa Majesté Elisabeth II. Le gamin du Yorkshire s’est rapidement essayé à toutes les disciplines, enchaînant les résultats probants sur la route, sur la piste et en cyclo-cross. Ce sont surtout sur les labourés qu’il a garni sa garde-robe avec un titre de champion du monde et de champion d’Europe chez les juniors, deux victoires finales en Coupe du monde chez les espoirs, un nouveau titre de champion du monde et un autre d’Europe chez les espoirs, avant une 3e place aux récents championnats du monde chez les pros, à Ostende.

Sur la route également Pidcock a rapidement déployé toute la palette de sa polyvalence, remportant Paris-Roubaix chez les juniors et chez les espoirs, mais aussi le rude Tour d’Alsace et le Tour d’Italie chez les espoirs, avant de briller dès sa première année professionnelle chez INEOS Grenadiers en concluant le Strade Bianche à la 5e place, la Flèche Wallonne en 6e position, l’Amstel Gold Race à la 2e place et remportant en prime la Flèche Brabançonne, au sprint devant un certain Wout van Aert. Mais se sachant encore trop juste pour croire en une médaille d’or sur la route à Tokyo, le Britannique s’était mis en tête dès 2019 de se tester en VTT pour viser une médaille olympique sur le cross-country, en juillet 2021.

Ses titres de champion du monde de VTT électrique chez les pros et de VTT cross-country chez les espoirs confirmaient dès 2020 son aisance technique et son explosivité, idéales pour briller sur ce terrain pourtant approprié aux athlètes expérimentés. Et en un an et demi, Pidcock a engrangé toute l’expérience nécessaire pour se présenter à Tokyo comme l’un des grands favoris de cette course olympique. Même face aux Suisses Nino Schurter (champion olympique en titre et octuple champion du monde) et Mathias Flückiger (double vice-champion du monde en titre), ou au Néerlandais Mathieu Van der Poel, l’un de ses bourreaux en cyclo-cross également reconverti en spécialiste du VTT depuis deux saisons pour espérer conquérir une médaille au Japon.

Malgré un départ depuis la quatrième ligne, qui ne permet que rarement d’envisager la victoire, Pidcock a mené une course parfaite sur le tracé technique et abrupte d’Izu, sur lequel la moindre faute coûtait une dizaine de secondes à chaque concurrent. Le Britannique a même dû éviter de justesse Mathieu Van der Poel sur le grand saut qui a causé la perte de son rival batave. Avant de dépasser dans le troisième tour tous ses adversaires pour ensuite mener la course de bout en bout. Mathias Flückiger tentait bien de rentrer à chaque fois sur le Britannique, sur un nuage, mais il enchaînait ensuite des petites erreurs techniques qui coûtaient l’or olympique. Et au bout de l’heure et demie de course, Tom Pidcock a pu prendre un drapeau du Royaume-Uni pour l’élever au-dessus de sa tête, et célébrer en larmes son premier titre olympique, le plus grand succès de sa carrière déjà bien remplie.

«C’est une course comme nulle autre. Les Jeux Olympiques transcendant tous les sports. Vous êtes en compétition, vous représentez votre pays et tout le monde dans votre pays est derrière vous, quel que soit le sport qu’ils aiment. C’est une fierté nationale, c’est incroyable», savoure Tom Pidcock après ce succès inespéré voici deux mois, lorsque le coureur de Leeds a dû être opéré d’une fracture de la clavicule. Rapidement de retour sur le vélo, il avoue ne pas trop savoir comment il allait être en comparaison avec ses adversaires. «Je savais que j’étais en forme, mais je n’avais aucune course dans les jambes ces deux derniers mois donc je n’avais pas de point de comparaison. Mais je me suis concentré sur ma course, j’ai pris mes propres marques, ma propre vitesse. (…) Je suis heureux que ce truc (les J.O.) se passent seulement une fois tous les quatre ans parce que bordel, c’est stressant», lâche-t-il dans son ton naturel. Avant de laisser penser qu’il souhaitait revenir aux Jeux de 2024, cette fois pour jouer les titres olympiques sur la route et le contre-la-montre. Tout-terrain, on vous dit.

L’erreur de Van der Poel

Bien en place au départ de cette course olympique, Mathieu Van der Poel était annoncé comme l’homme à battre sur ces chemins usants. La technique, ça le connaît, et le Néerlandais a en prime la condition après sa victoire d’étape et sa semaine en jaune sur le Tour de France, début juillet. Et pourtant, dès le premier grand saut du circuit, sa course s’est arrêtée net suite à un saut en avant qui l’envoyait au sol. La roue plantée, Van der Poel a dévalé le toboggan qui suivait, entraînant une blessure claire au dos et à la hanche. Le favori s’est tout de même relevé pour tenter de refaire la minute de retard enregistrée sur les hommes de tête, mais après la mi-course, il s’est arrêté au stand, la douleur aux lombaires étant trop forte. Heureusement, aucune fracture n’a été détectée lors d’une visite à l’hôpital après la course.

Cette chute a toutefois entraîné une nouvelle polémique. Le cyclo-crossman Jens Dekker s’est ainsi interrogé sur le fait que les repérages du parcours, samedi, s’étaient faits avec une planche, à cet endroit, qui permettait d’éviter un saut technique sur cette partie. Mathieu Van der Poel a confirmé sur Instagram qu’il ne savait pas que cette planche avait été retirée, ce qui expliquait son mouvement en avant : «Je pouvais rouler sur ce parcours les yeux fermés, mais je ne savais pas que cette planche allait être retirée un jour avant la course. Les personnes qui me sont proches savent à quel point j’ai travaillé dur pour cette course, à quel point je voulais bien prester ici», dit-il.

Le sélectionneur néerlandais Gerben de Knegt confirme pourtant que des discussions autour de cette planche, qui avait déjà été retirée lors du test-event de 2019, avaient eu lieu durant la semaine. L’autre vététiste batave Milan Vader, qui a terminé 10e, confirme également en avoir parlé avec Van der Poel avant le départ. «Il m’a dit qu’il allait rouler sur cette planche, et je lui ai répondu qu’ils avaient enlevé la planche lors du test-event en 2019», rappelle Vader à la NOS. Bref, encore une erreur qui coûte cher pour l’équipe néerlandaise et pour Mathieu Van der Poel, qui doit désormais se remobiliser pour 2024. Sur la route ou en VTT ? Le Néerlandais a encore un peu de temps pour se décider.

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Résultats du cross-country masculin des Jeux Olympiques de Tokyo :

  1. Tom Pidcock (Royaume-Uni) en 1h25:14
  2. Mathias Flückiger (Suisse) à 0:20
  3. David Valero (Espagne) à 0:34
  4. Nino Schurter (Suisse) à 0:42
  5. Victor Koretzky (France) à 0:46
  6. Anton Cooper (Nouvelle-Zélande)
  7. Vlad Dascalu (Roumanie) à 0:49
  8. Alan Hatherly (Afrique du Sud) à 1:19
  9. Jordan Sarrou (France) à 1:36
  10. Milan Vader (Pays-Bas) à 2:07

     18. Jens Schuermans (BELGIQUE) à 3:53

Photo : capture Eurosport

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