Tour d’Italie féminin : la semaine idéale de Van der Breggen et Vos, la TV toujours absente

Pendant que Tadej Pogacar et Mark Cavendish poursuivent leur show sur les routes du Tour de France, le peloton féminin menait sur dix journées son seul Grand Tour de la saison, le Giro Donne, ou Tour d’Italie féminin. Une épreuve au parcours relevé, au peloton tout aussi imposant mais à l’organisation toujours chaotique, notamment concernant la médiatisation de l’épreuve, pourtant ô combien intéressante. Retour sur dix jours dominés par les SD Worx, qui trustent au final les trois premières places du classement général grâce à Anna van der Breggen, Ashleigh Moolman-Pasio et Demi Vollering.

Van der Breggen : une dernière saison au sommet

Si les observateurs du Tour de France pouvaient faire mine de se plaindre à l’idée de voir Tadej Pogacar prendre un avantage des plus conséquents en tête du classement général après seulement une semaine de course, que devaient dire les suiveurs du Tour d’Italie féminin en découvrant la championne du monde Anna van der Breggen (SD Worx) avec plus de trois minutes d’avance sur ses plus proches concurrentes au classement général après… deux étapes ? Comme attendu, les premières pentes du Giro Donne ont eu raison des ambitions des favorites de l’épreuve au maillot rose, face au collectif imposant des SD Worx. Comme l’équipe INEOS Grenadiers, la formation néerlandaise, bâtie sur les restes de Boels-Dolmans, recrute au fil des mois les meilleurs grimpeuses et puncheuses du peloton, et cela se ressent sur les plus forts pourcentages. Encore plus sur ce Tour d’Italie féminin disputé sur dix jours, une durée exceptionnelle par rapport au reste de la saison.

Déjà vainqueure à sept reprises cette saison, la dernière de sa carrière comme elle l’a annoncé en 2019, Anna van der Breggen pouvait s’attendre à un Tour d’Italie réussi au vu du parcours proposé, avec les montées abruptes de Prato Nevoso à la fin de la 2e étape, et de Monte Matajur, à la frontière slovène, pour conclure la 9e étape. Et cela n’a pas manqué : après avoir manqué le contre-la-montre par équipes face à des Trek-Segafredo plus puissantes, les SD Worx ont fait parler leur force collective dès le lendemain pour partir l’une après l’autre dans les derniers pourcentages de Prato Nevoso. Avec Anna Van der Breggen en tête avec plus d’une minute d’avance sur son équipière Ashleigh Moolman-Pasio et près de deux minutes sur une autre équipière Demi Vollering. La plus proche rivale ? Lizzie Deignan (Trek-Segafredo), repoussée à 3:31… Brutal.

«Je suis dans un position très luxueuse avec toutes les filles avec moi, c’est très chouette de courir avec elles», confirmait-elle au soir de la 4e étape, un contre-la-montre en montagne qu’elle a en prime remporter pour asseoir sa supériorité dans les hauteurs. «Et réaliser un tel résultat comme ça pour ma dernière année, c’est top». Après ses deux victoires d’étape et une solide place de leader au classement général, Van der Breggen s’est permise de contrôler, grâce à un collectif toujours costaud. Sur la dernière étape de montagne vers le Monte Matajur, elle a laissé filer Ashleigh Moolman à huit kilomètres du but, dans un exercice collectif idéal. La Sud-Africaine a conquis au sommet l’un des plus beaux succès de sa carrière pendant que Van der Breggen se contentait d’une troisième place pour confirmer sa victoire finale au général.

Sans les grandes grimpeuses que sont Annemiek van Vleuten (Movistar Team) et Katarzyna Niewiadoma (Canyon//SRAM Racing), désireuses de garder de la fraîcheur pour les prochains Jeux Olympiques, Van der Breggen a également marqué le peloton par une grande condition. Pendant que d’autres accusaient le coup sous la chaleur et les chutes comme Cecilie Uttrup Ludwig (FDJ Nouvelle-Aquitaine Futuroscope), victime d’une embardée dès le chrono inaugural, ou Elisa Longo Borghini (Trek-Segafredo). La championne du monde a profité d’une semaine idéale et sort même de ce Giro Donne avec une aura de favorite en vue des courses olympiques, dont l’épreuve en ligne montagneuse, idéale pour son explosivité.

Vos, la GOAT du peloton féminin

Concentrée depuis son retour aux affaires sur les sprints et classiques pour puncheuses, la Néerlandaise Marianne Vos (Jumbo-Visma) continue d’empiler les victoires à 34 ans. La multiple championne du monde sur route, sur piste, de VTT ou de cyclo-cross était au départ sur ce Tour d’Italie avec l’ambition d’obtenir une nouvelle victoire d’étape, et ainsi finaliser sa préparation pour Tokyo. Et dès la première occasion pour les attaquantes, grâce à un classement général déjà bien tracé après deux étapes, Marianne Vos suivait le bon coup vers Ovada et s’imposait dans un sprint à quatre face à sa compatriote et actuelle championne du monde de cyclo-cross Lucinda Brand (Trek-Segafredo).

Quatre jours plus tard, elle devait s’employer à des efforts intenses dans le dernier kilomètre de la 7e étape vers Puegnago del Garda pour suivre l’attaque puissante d’Elisa Longo Borghini (Trek-Segafredo) et la déborder dans les 200 derniers mètres.

La deuxième victoire d’étape était dans la poche. Ou plutôt la trentième victoire de Vos sur le Giro Donne depuis sa première participation en 2007 ! Un cap impressionnant qui a mené à une publication de Mark Cavendish (Deceuninck-Quick Step) sur les réseaux sociaux pour saluer cet exploit et qualifier Marianne Vos de «GOAT» (La meilleure de tous les temps). « Elle a été mon inspiration à tant de niveaux, depuis tant d’années.(…) Cela mérite d’être en Une ! », rappelle le Britannique. Même face au nouveau phénomène néerlandais du sprint Lorena Wiebes (Team DSM), vainqueure de deux étapes, et à la nouvelle pépite norvégienne Emma Norsgaard (Movistar Team), lauréate d’une étape, Vos a marqué ce Giro Donne de son empreinte.

Au sommet du cyclisme depuis ses premiers tours de roue parmi les professionnelles en 2006, Marianne Vos ne cesse d’enchaîner les résultats probants, malgré un passage à vide mental et physique en 2015. Après une saison destinée à faire le point, la Néerlandaise a depuis retrouvé la joie de rouler, sélectionnant avec précision ses objectifs. Et cela lui fait le plus grand bien. Aujourd’hui vainqueur de 235 (!) courses sur route, elle vise désormais la course olympique à Tokyo, ainsi qu’un nouveau titre de championne du monde à Louvain et la première édition de Paris-Roubaix Femmes, en octobre prochain. Marianne Vos a encore un sacré appétit, et cela bénéficie au cyclisme féminin.

Le Covid touche toujours le cyclisme

Même si le public fait son retour sur le bord des routes, les tests PCR et autres certificats sanitaires restent le quotidien du peloton. Avant chaque course et toutes les semaines ensuite, les coureurs, coureuses, suiveurs et suiveuses doivent passer le coton-tige dans le nez pour s’assurer que le virus ne contamine pas le peloton et la caravane qui le suit. Cela faisait plusieurs semaines qu’aucune équipe n’avait été évincée d’une course en raison d’un cas positif au Covid-19 (Intermarché-Wanty-Gobert Matériaux sur le Tour de Suisse), et malheureusement pour l’équipe espagnole Bizkaia-Durango, ce virus a eu raison de son Giro…

Il faut dire que la formation basque avait déjà connu un difficile Tour d’Italie avec quatre coureuses hors-délais sur la 4e étape, le contre-la-montre montagneux de Riale di Formazza. Après un nouvel abandon sur la 6e étape, l’Espagnole Lucia Gonzalez se retrouvait seule pour conclure ce Tour d’Italie. Sauf qu’un cas positif au Covid-19 a été confirmé au matin de la 7e étape, contraignant l’équipe à se retirer de l’épreuve. Bizkaia-Durango avait déjà connu ce scénario en mai sur la Navarra Classics. Un coup dur pour des équipes qui doivent déjà faire face à une crise sanitaire lourde sur le plan financier et désormais sur le plan sportif.

Ce cas est singulier sur le Giro Donne, il confirme toutefois qu’aucune équipe n’est à l’abri d’un éclatement de la bulle, et d’un cas positif qui peut fausser son avenir.

La retransmission TV attendra encore

Même si le Tour d’Italie féminin reste la seule course par étapes de plus d’une semaine durant la saison, il ne fait pas partie cette année du circuit WorldTour, rassemblant les plus grandes courses de l’année. La faute à une organisation critiquée pour certains choix de routes et pour sa médiatisation compliquée. Car le Giro Donne ne bénéficie pas d’une diffusion télévisée en direct aussi bonne que les classiques printanières ou la Course by le Tour de France.

Certes, l’organisation annonçait un partenariat avec le producteur italien PMG Sport pour la mise en place d’un flux en direct des 15 derniers kilomètres de chaque étape. Mais ces diffusions télévisées, également proposées sur Eurosport Player et GCN+, ont été particulièrement aléatoires. Les finales des étapes de montagne vers Prato Nevoso et le Monte Matajur n’ont même pas été diffusées en direct, et la plupart des directs ne proposaient que les dix derniers kilomètres du jour. Insuffisant pour une épreuve d’un tel prestige, avec l’un des plus beaux pelotons de la saison. Pendant que dans le même temps, le Baloise Ladies Tour, aux Pays-Bas et en Belgique, et le Tour de Feminin, en République tchèque, étaient diffusés en direct sur Internet, sans perte d’images… Ce n’est donc pas la technique qui manque, à l’époque où la 4G permet de suivre en intégralité certaines épreuves flandriennes, par exemple.

Sur Internet, retrouver des résumés en vidéo du Tour d’Italie féminin est une véritable chasse aux trésors. La course ne dispose même pas de compte officiel sur Twitter ou sur Facebook, ne permettant pas à celle-ci de disposer d’une image de marque aussi forte que le Tour de France ou les « Flanders Classics ».

L’organisation affirme que la retransmission télévisée de l’épreuve devrait être améliorée d’ici l’an prochain, pour permettre notamment au Giro Donne de retrouver le circuit WorldTour. Ce sera nécessaire pour conserver un statut important dans le calendrier, surtout durant ce mois de juillet qui verra l’arrivée du Tour de France Femmes dès 2022. Et face à ASO et sa machine médiatique, le Tour d’Italie féminin aura fort à faire pour se maintenir…

Le classement général final de la 32e édition du Tour d’Italie féminin (2.Pro, du 2 au 11 juillet 2021) :

Photo : archive ASO/Gautier Demouveaux

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