Porte, Padun, Froome… : les cinq leçons à retenir du Critérium du Dauphiné 2021

Comme à l’accoutumée, le Critérium du Dauphiné a provoqué une semaine de spectacle à tous les étages sur les sommets du Massif Central et des Alpes. La dernière étape a encore une fois failli tourner au vinaigre pour Richie Porte (INEOS Grenadiers), il a cette fois profité d’une concurrence échaudée pour s’offrir son premier sacre à 36 ans. Il confirme en prime la supériorité des INEOS Grenadiers, même face aux tactiques offensives de leurs concurrents directs au maillot jaune. De bon augure pour les spectateurs du prochain Tour de France.

Porte et Thomas sont prêts pour le Tour

Annoncés comme les grands favoris de ce Critérium du Dauphiné vu son effectif et le parcours dévoilé, avec deux grandes étapes alpestres pour conclure, les coureurs d’INEOS Grenadiers n’ont pas manqué leur rendez-vous dans les montagnes françaises. Certes, le contre-la-montre légèrement vallonné de Roche-La-Molière avait donné des sueurs froides à Dave Brailsford. Les habitués de l’effort en solitaire n’avaient pu faire mieux qu’une sixième (Richie Porte), une dixième (Geraint Thomas) et une onzième places (Michal Kwiatkowski) sur 16 kilomètres dominés par les coureurs… d’Astana-Premier Tech. L’orgueil était plus fort, le lendemain, avec une parfaite maîtrise des derniers kilomètres de la 5e étape, où Geraint Thomas a confirmé ses qualités d’ancien poursuiteur pour dominer les quelques sprinters restants sur la ligne.

Les hommes en bleu nuit étaient avant tout attendus dans la haute montagne et sur les quelques pentes présentées ce week-end, ils n’ont pas déçu. Tao Geoghegan Hart a pu s’essayer au sprint dans la Chartreuse, sur la 6e étape, avant de jouer les gregarii de luxe durant le week-end final. Richie Porte a fait encore mieux, partant en éclaireur dans l’ascension vers La Plagne, avant de découvrir qu’en l’absence de Geraint Thomas dans la roue, il pouvait se transformer en leader comme au bon vieux temps.

L’Australien, en jaune, et le Britannique, troisième du général, ont ensuite assuré sur la dernière étape vers Les Gets. Temporiser dans l’abrupt col de Joux-Plane, assurer une présence à deux dans les derniers kilomètres… Le plan était parfait, surtout quand les adversaires se voulaient très discrets par rapport aux jours précédents. La glissade de Thomas dans une épingle de la descente technique de Joux-Plane aurait pu perturber les INEOS Grenadiers, mais Porte répondait à toutes les offensives, et attendait tranquillement Thomas dans l’ultime ascension de ce Dauphiné pour aller conquérir sa première victoire sur l’épreuve française.

Attaque Richie Porte Enric Mas Sepp Kuss Jack Haig - 7e étape Critérium du Dauphiné 2021 - ASO Fabien Boukla

«J’ai déjà terminé deuxième à deux reprises, et une fois, j’avais également perdu la deuxième place dans le dernier kilomètre. Gagner enfin sur cette épreuve, cela me rend fou de joie. Pour tous les sacrifices et ce temps passé loin de mon épouse et de mes deux enfants, cela valait le coup. L’équipe a juste été brillante», réagit-il à l’arrivée, un large sourire sur le visage. Avant de confirmer son rôle pour le prochain Tour de France : «Je ne me fais pas d’illusions sur ce que sera mon travail sur le Tour». Comprenez : un rôle d’équipier de luxe pour Geraint Thomas, leader annoncé d’une formation qui devrait également compter sur le solide Tao Geoghegan Hart, vainqueur du Tour d’Italie 2020, et Richard Carapaz, deuxième du Tour d’Espagne 2020. Le collectif est solide et confirme qu’il peut briller tant avec son leader attendu qu’avec un autre rouleur-grimpeur du lot. Cela s’est confirmé sur ce Dauphiné, cela pourrait donc encore être le cas sur le prochain Tour de France.

La chute de Thomas dans la descente de Joux-Plane pourrait perturber quelque peu les plans d’une équipe qui a pour l’instant été épargné par la malchance sur ces descentes techniques. Et sa solidité collective est également une faiblesse face aux équipes montrant un caractère offensif exacerbé, comme ce fut le cas dans la fin de ce Dauphiné. Il faudra donc éviter l’écueil de la temporisation, et se montrer aussi opportuniste que sur ce Dauphiné pour espérer retrouver le maillot jaune.

Astana, Movistar et Bahrain : la carte de l’offensive

Car derrière INEOS Grenadiers, comme confirmé au fil de la semaine, les équipes se bousculent pour mettre à mal le groupe britannique. Astana-Premier Tech a été la première à faire vaciller le colosse triangulaire, avec les deux premières places du contre-la-montre pour Alexey Lutsenko et Ion Izagirre. Les deux hommes ont longtemps mené la vie dure aux coureurs d’INEOS Grenadiers, malgré une montée vers La Plagne plus compliquée pour les deux leaders en bleu ciel. Sur trois semaines, l’équipe Astana devra toutefois frapper encore plus fort pour faire vaciller le peloton, avec Lutsenko, Izagirre et Jakob Fuglsang, présent pour sa part sur le Tour de Suisse.

Bahrain Victorious a également fait des dégâts malgré un Dylan Teuns moins en verve qu’à l’accoutumée. L’Australien Jack Haig a confirmé qu’il suivait la bonne trajectoire en montagne, même s’il doit encore prouver ses prétentions en tant que leader sur une course de trois semaines. Sa formation a en tout cas montré une attitude offensive qui peut faire la différence, comme sur le récent Tour d’Italie où l’éternel équipier Damiano Caruso a terminé deuxième par ses échappées tardives en haute montagne.

Enfin, l’équipe Movistar a confirmé sa réputation : à l’attaque, partout, tout le temps ! L’équipe avait emmené ses meilleurs grimpeurs sur ces routes et cela a failli réussir. Alejandro Valverde a montré ses meilleures jambes à 41 ans, remportant l’étape du Sappey-en-Chartreuse, pendant que Miguel Angel Lopez faisait mal à Porte avant de le voir prendre les devants à La Plagne. Enric Mas a également joué les lanceurs, confirmant sa décision de se mettre au service de «Superman» Lopez. L’équipe a toutefois manqué de jus dans la dernière étape, laissant ainsi tout le loisir à Porte de contrôler son maillot jaune. Il en faudra donc encore plus sur les trois prochaines semaines du Tour pour croire à la tunique dorée.

Mark Padun, l’inattendu grimpeur

Le grand rouleur ukrainien deviendrait-il la nouvelle terreur des montagnes ? Le week-end de Mark Padun est en tout cas à marquer d’un trait, tant il a été irrésistible sur les pentes de La Plagne puis celles, encore plus raides, de Joux-Plane. Certes, le coureur ukrainien de 24 ans, inscrit chez Bahrain depuis ses débuts professionnels, a déjà quelques marques sur les épreuves vallonnées. Il s’était ainsi imposé aux Trois Cimes de Lavaredo lors d’une étape de l’Adriatica Ionica Race en 2019, devant notamment Ben Hermans ou James Knox. Mais remporter deux étapes-reines du Dauphiné, en solitaire, après des temps de montée plus impressionnants que tous les favoris de l’épreuve, c’est fort.

«Sur les six premiers jours du Dauphiné, je me sentais si mal sur mon vélo. Chaque jour, je pensais que c’était impossible de terminer cette course, et finalement, je parviens à être en tête ces deux derniers jours», déclare d’un large sourire l’Ukrainien, sur un nuage. «J’ai essayé d’oublier la victoire d’hier et de repartir aujourd’hui. Je devais être en soutien dans la dernière ascension pour Jack Haig aujourd’hui. Mais on m’a dit d’y aller», ajoute Padun, auteur d’un doublé inattendu. Certes, les conditions étaient parfaites pour l’Ukrainien, face à des concurrents au classement général qui préféraient temporiser dans Joux-Plane ce dimanche, mais une telle performance est à noter.

Froome et Arù peuvent dire adieu au Tour

Le Britannique Chris Froome (Israel Start-up Nation) et l’Italien Fabio Arù (Team Qhubeka ASSOS) espéraient profiter de ce Critérium du Dauphiné pour se rassurer et se remettre en selle pour le prochain Tour de France. Ils ont depuis déchanté… Scruté par les caméras à l’arrière du peloton, les deux hommes ont rapidement lâché prise, sur chaque ascension qui annonçait une bagarre pour le maillot jaune.

«Je cherche toujours à avoir une progression et je travaille un maximum. Petit à petit, je reviens», lâchait Froome aux médias français mercredi matin. Mais les étapes de montagne dans les Alpes n’ont pas montré d’amélioration flagrante. Plus de 22 minutes perdues vers La Plagne, et encore 10 minutes lâchées vers Les Gets, le lendemain. Le Britannique ne remportera pas de cinquième Tour de France cette année. Il s’est toutefois montré au service de son leader de la semaine, le Belge Ben Hermans, et pourrait au moins obtenir une place sur le prochain Tour de France comme capitaine de route et équipier. C’est ce qu’il peut en tout cas espérer de mieux vu sa condition.

Chris Froome - 6e étape Critérium du Dauphiné 2021 - ASO Fabien Boukla

De même pour Fabio Arù qui a terminé… avec Froome sur cette dernière étape du Dauphiné. En retrait depuis le début de la saison, enchaînant les places anonymes sur les grandes étapes de montagne du Tour du Pays Basque ou du Dauphiné, le coureur italien de 30 ans espérait prendre une place de leader sur le prochain Tour de France. Il devra certainement céder cette place à son aîné Domenico Pozzovivo ou à Sergio Henao au vu des performances affichées en 2021. Au grand dam des espoirs du Sarde, en pente descendante depuis ses chutes à répétitions chez UAE Team Emirates.

Il manquait bien les favoris

Malgré cette semaine animée, il se confirme que les grands favoris du prochain Tour de France manquaient tout de même pour insuffler une certaine pression à cette course. Primoz Roglic (Jumbo-Visma) poursuit sa préparation à Tignes, mais a dû se désespérer de voir ses équipiers prendre l’eau au fil des ascensions. Sepp Kuss a tenté vers La Plagne avant de plonger le lendemain, alors que Steven Kruijswijk n’a jamais été dans le coup, et s’est encore retrouvé à l’arrière sur la dernière étape malgré une tentative d’attaque.

Pour Tadej Pogacar (UAE Team Emirates), qui sera pour sa part au départ du Tour de Slovénie qui démarre mercredi prochain, pas de stress. Brandon McNulty n’a pas confirmé ses prétentions du Tour du Pays Basque, mais David De La Cruz et Rafal Majka seront les aides les plus importantes du coureur slovène sur la prochaine Grande Boucle. Sur le Dauphiné, Pogacar aurait pu faire mal aux quelques grimpeurs présents. Mais l’objectif reste d’être prêt en juillet. Pas début juin.

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Les résultats de la 73e édition du Critérium du Dauphiné :

Les vainqueurs d’étape :

1re étape – Issoire > Issoire (181,8 km) : Brent Van Moer (BEL, Lotto-Soudal)
2e étape – Brioude > Saugues (172,8 km) : Lukas Pöstlberger (Aut, Bora-Hansgrohe)
3e étape – Langeac > Saint-Haon-le-Vieux (172,2 km) : Sonny Colbrelli (Ita, Bahrain Victorious)
4e étape – Firminy > Roche-la-Molière (16,4 km – CLM individuel) : Alexey Lutsenko (Kaz, Astana-Premier Tech)
5e étape – Saint-Chamond > Saint-Vallier (175,4 km) : Geraint Thomas (G-B, INEOS Grenadiers)
6e étape – Loriol-sur-Drôme > Le Sappey-en-Chartreuse (167,2 km) : Alejandro Valverde (Esp, Movistar Team)
7e étape – Saint-Martin-le-Vinoux > La Plagne (171,1 km) : Mark Padun (Ukr, Bahrain Victorious)
8e étape – La Léchère-les-Bains > Les Gets (147 km) : Mark Padun (Ukr, Bahrain Victorious)

Classement général :

  1. Richie Porte (Aus, INEOS Grenadiers) en 29h37:05
  2. Alexey Lutsenko (Kaz, Astana-Premier Tech) à 0:17
  3. Geraint Thomas (G-B, INEOS Grenadiers) à 0:29
  4. Wilco Kelderman (P-B, Bora-Hansgrohe) à 0:33
  5. Jack Haig (Aus, Bahrain Victorious) à 0:34
  6. Miguel Angel Lopez (Esp, Movistar Team) à 0:38
  7. Ion Izagirre (Esp, Astana-Premier Tech)
  8. Ben O’Connor (Aus, Ag2r Citroën Team) à 0:47
  9. David Gaudu (Fra, Groupama-FDJ) à 1:12
  10. Tao Geoghegan Hart (G-B, INEOS Grenadiers) à 1:57
  11. Ben Hermans (BEL, Israel Start-up Nation) à 5:34
  12. Dylan Teuns (BEL, Bahrain Victorious) à 18:12
  13. Jan Bakelants (BEL, Intermarché-Wanty-Gobert Matériaux) à 28:23
  14. Sylvain Moniquet (BEL, Lotto-Soudal) à 29:19
  15. Ilan Van Wilder (BEL, Team DSM) à 39:26
  16. Sander Armée (BEL, Team Qhubeka ASSOS) à 46:46
  17. Jasper Stuyven (BEL, Trek-Segafredo) à 52:47
  18. Eliot Lietaer (BEL, B&B Hôtels-Vital Concept) à 53:46
  19. Steff Cras (BEL, Lotto-Soudal) à 54:44
  20. Oliver Naesen (BEL, Ag2r Citroën Team) à 1h00:46
  21. Greg Van Avermaet (BEL, Ag2r Citroën Team) à 1h03:42
  22. Brent Van Moer (BEL, Lotto-Soudal) à 1h05:12
  23. Tim Wellens (BEL, Lotto-Soudal) à 1h14:16
  24. Kevin Van Melsen (BEL, Intermarché-Wanty-Gobert Matériaux) à 1h35:51
  25. Sébastien Grignard (BEL, Lotto-Soudal) à 1h36:42
  26. Stijn Steels (BEL, Deceuninck-Quick Step) à 1h43:55

Classement par points : Sonny Colbrelli (Ita, Bahrain Victorious)
Classement de la montagne : Mark Padun (Ukr, Bahrain Victorious)
Classement du meilleur jeune : David Gaudu (Fra, Groupama-FDJ)
Classement par équipes : INEOS Grenadiers (G-B)

Photos : ASO/Fabien Boukla

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