Remco Evenepoel prolonge jusqu’en 2026 : Patrick Lefevere assure l’avenir du Wolfpack

L’équipe belge Deceuninck-Quick Step va-t-elle survivre au-delà de cette saison 2021 ? Le CEO Patrick Lefevere, depuis plus de vingt ans dans le business, se voulait dès ce début d’année très prudent quant à la poursuite de l’aventure du «Wolfpack». Il a finalement envoyé un premier signal des plus positifs à l’occasion de la prolongation de contrat de la pépite belge Remco Evenepoel… pour cinq ans ! Une première pour Patrick Lefevere.

S’il est manager au sein du peloton depuis plus de vingt ans, et a enchaîné les succès sur les grandes classiques et autres championnats du monde, Patrick Lefevere reste pragmatique et critique sur le business actuel du cyclisme professionnel. Conscient de se battre avec des moyens bien plus limités que les armadas d’INEOS Grenadiers, Jumbo-Visma ou UAE Team Emirates, le patron belge de l’équipe Deceuninck-Quick Step est souvent passé près de la disparition, faute de partenaires capables d’augmenter ses moyens dans un peloton toujours plus gourmand. Les salaires des stars de la discipline se comptent souvent par millions d’euros, et il faut donc des reins solides pour assurer cette manne salariale toujours plus importante. Patrick Lefevere était passé près de la correctionnelle en 2018, avant de trouver le fabricant de fenêtres Deceuninck comme partenaire providentiel. Et le patron belge ne souhaite pas revivre une telle situation.

«Sur les bons rails pour prolonger»

En début de saison, Patrick Lefevere expliquait dans la DH qu’il souhaitait obtenir des garanties sur l’avenir de son équipe d’ici le 1er avril, afin d’éviter cette nouvelle situation. Et comme il l’expliquait samedi dans un entretien accordé aux quotidiens belges du groupe Sudpresse et Le Soir, il semblait proche de réussir ce défi : «Je suis sur les bons rails pour aboutir à ce que je veux : une prolongation de nos sponsors actuels, une fidélisation non pas sur deux ans mais sur plus, cinq voire six ans car comme je vous l’avais déjà dit, deux ans, cela ne m’intéresse pas», lâchait-il ce week-end. «Un « partenaire-sponsor » ne ressent pas les émotions d’une victoire en cyclisme comme vous, comme moi, comme le supporter. Il analyse cela froidement avec des chiffres. C’est même implacable. Le milieu du vélo a longtemps été trop modeste alors que son ratio qualité du produit proposé et investissement est largement rentable».

Dans cette même interview, Patrick Lefevere expliquait qu’il n’aime pas donner des contrats à long terme car il a peur que ces coureurs sous contrat long «s’endorment sur leurs lauriers» : «Je préfère maintenir le feu en dessous de leurs fesses». Avec 26 coureurs dont le contrat se termine fin 2021, l’équipe Deceuninck-Quick Step est à l’orée d’une vague de prolongations et de signatures. Et cela débute avec… un contrat à long terme. Par voie de communiqué, la formation belge a annoncé la signature d’un nouveau bail avec Remco Evenepoel pour les cinq prochaines années ! Soit jusqu’en 2026, comme Tadej Pogacar chez UAE Team Emirates.

«Accomplir nos grands rêves»

«Je suis vraiment honoré de signer pour les cinq prochaines années. Comme Patrick me l’a dit, il s’agit du plus long contrat jamais signé par l’un de ses coureurs. Je suis très fier et heureux de rester dans cette superbe équipe, où j’ai déjà profité de bon nombre de succès, et dans laquelle nous pourrons, je l’espère, accomplir nos grands rêves», réagit Remco Evenepoel via une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. Malgré l’incertitude autour de son retour à son meilleur niveau, neuf mois après sa lourde chute sur le Tour de Lombardie qui l’a mené à une fracture du bassin et diverses blessures. Evenepoel se rassure en tout cas avec ce contrat, un mois avant son retour à la compétition lors du prochain Tour d’Italie.

Avec 14 victoires engrangées en moins d’une saison et demie au sein du Wolfpack et à seulement 21 ans, le Brabançon confirme qu’il est une pépite bien différente des espoirs qui ont arpenté l’équipe de Patrick Lefevere par le passé. Remco Evenepoel est un coureur qui est capable d’attirer les sponsors. Et au vu du contrat à long terme proposé à ce jeune cycliste, ces partenaires ont déjà ou sont sur le point de signer avec Patrick Lefevere.

«Tout n’est pas finalisé à 100%»

«Normalement, je signe les sponsors en premier, puis les coureurs. Mais dans ce cas, quelques managers sont devenus fous. Ils ont mis le marché sens dessus dessous et ont commenté à agiter de l’argent par les fenêtres. Ce qui est vraiment déraisonnable», explique le manager dans le quotidien Het Laatste Nieuws. Il confirme également que Remco Evenepoel a rejeté une offre de Bora-Hansgrohe et lui a demandé de faire une proposition «pour une période plus longue». Les deux parties se sont finalement entendues sur cinq ans. Il calme toutefois les choses quant aux sponsors : «Je peux vous assurer que tout n’est pas encore finalisé à 100%. Les perspectives sont bonnes, mais je ne bois du champagne qu’après la signature, et pas avant».

Car au même moment où la signature d’Evenepoel était officialisée, les rumeurs se voulaient plus pressantes quant au départ de Peter Sagan de l’équipe Bora-Hansgrohe pour une prochaine signature chez Deceuninck-Quick Step, via un investissement plus important du constructeur de vélos Specialized. Cela reste actuellement un bruit de couloir, et au vu des déclarations de Patrick Lefevere, le manager belge veut avant tout assurer ses arrières avec des partenaires historiques, et prolonger en même temps des leaders dont il sait qu’ils peuvent lui être loyaux.

Asgreen et Alaphilippe devraient rester à bord

Le champion du monde Julian Alaphilippe a signé avec une option : il ne pourra partir qu’avec une offre supérieure et un contrat de minimum de deux ans de la part d’une autre équipe. La prolongation du récent vainqueur du Tour des Flandres Kasper Asgreen serait également en bonne voie selon diverses sources, tout comme la prolongation du sprinter irlandais Sam Bennett. Les Belges Yves Lampaert et Mauri Vansevenant sont déjà sous contrat pour 2022, au moins, tout comme l’Italien Fausto Masnada.

Ces signatures confirment les ambitions ambivalentes de Deceuninck-Quick Step. Déjà N.1 sur les classiques, la formation belge veut désormais jouer la carte des Grands Tours avec Remco Evenepoel. Cela se fera visiblement sans João Almeida, la sensation du dernier Tour d’Italie, qui s’annonce sur le départ. Mais Patrick Lefevere a plus d’un tour dans son sac et confirme cette ambition pour l’avenir. «Je ne trouverais pas approprié d’exiger de Remco qu’il gagne le Giro ou le Tour en 2022 ou 2023. (…) Tout le monde voulait garder Remco à bord, et nous l’avons fait. Et nous allons continuer à former un groupe autour de lui. Nous cherchons désormais qui peut l’aider dans sa mission au cours des prochaines saisons. J’ai encore un peu de temps», réagit le CEO belge.

Patrick Lefevere s’est en tout cas donné du temps et de l’air dans ce climat économique difficile. Miser sur Evenepoel lui permet de s’assurer un avenir, du moins au niveau belge. Et avec les succès récents de Kasper Asgreen ou Sam Bennett, et sa première place au classement mondial, l’équipe Deceuninck-Quick Step confirme un succès sportif qui doit lui assurer quelques saisons de plus dans le peloton mondial. Même si Lefevere n’aura jamais le budget quasiment illimité de certaines formations actuelles du peloton.

Photo : Deceuninck-Quick Step/Wout Beel

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