L’équipe Paule Ka arrête les frais, faute de payement depuis trois mois

L’équipe féminine suisse Paule Ka annonce qu’elle arrête directement ses activités, sans terminer la saison cycliste 2020 en raison d’un défaut de payement du partenaire principal. La direction de la formation dit n’avoir reçu aucun chèque depuis fin juillet de la part de l’entreprise française spécialisée dans la mode haut de gamme.

Sale coup pour l’équipe féminine Paule Ka, basée en Suisse et dirigée par Thomas Campana : selon un communiqué publié ce vendredi, la formation doit cesser toute activité immédiatement en raison d’un problème de payement de la part du partenaire principal, ces trois derniers mois. Un problème pour une équipe qui comptait justement sur le nouveau soutien de cette entreprise française de mode depuis le 17 juin dernier.

En effet, l’équipe de Thomas Campana était auparavant sponsorisée par l’entreprise suisse de meubles de bureaux Bigla, en collaboration avec la marque de vêtements sportifs Katusha. Mais ces deux partenaires principaux (malgré un partenariat de 15 ans avec Bigla) avaient annoncé en avril leur décision de ne pas poursuivre leur contrat en raison de la crise sanitaire du Covid-19. L’équipe avait pu survivre grâce à une campagne de financement participatif auprès de leurs supporters et grâce à la garantie bancaire fournie à l’Union Cycliste Internationale, afin d’assurer le paiement des coureuses et du staff.

Un nouveau sponsor très discret

Le 17 juin 2020, l’équipe annonçait finalement sa survie grâce à l’arrivée de l’entreprise française spécialisée dans la mode haut de gamme Paule Ka. Un partenariat pour quatre saisons était annoncé, avec l’ambition de gravir un nouvel échelon sportif en demandant dès la saison prochaine une licence pour le WorldTour féminin. Comme l’indique toutefois Cyclingtips, Paule Ka n’a jamais fait mention de ce nouveau partenariat sur ses propres réseaux sociaux. Toutefois, les coureuses pouvaient reprendre leur métier, et l’équipe a depuis lors enchaîné les résultats intéressants avec deux victoires d’étapes sur la Semaine cycliste de Valence via Leah Thomas et Emma Cicilie Norsgaard, ainsi qu’un succès d’étape sur le prestigieux Giro Rosa, via Lizzy Banks. La Néo-Zélandaise Mikayla Harvey ou la Suissesse Marlen Reusser se sont également révélées ces derniers mois sous ces nouvelles couleurs.

4e mondial

Et malgré deux nouveaux Top 10 sur la Flèche Wallonne et sur Liège-Bastogne-Liège, ainsi qu’une quatrième place au classement UCI féminin, l’équipe annonce ce vendredi qu’elle ne poursuivra la fin de cette saison cycliste particulière. « Après un payement tardif en juillet, l’entreprise française Paule Ka n’a ensuite pas payé l’équipe en août, septembre et octobre, malgré plusieurs assurances que les payements étaient en cours », explique la direction de l’équipe par voie de communiqué. « Maintenant, notre objectif principal est de trouver pour les coureuses et le staff de nouvelles équipes pour sécuriser leur avenir ».

Contrairement au printemps dernier, il se confirme donc que l’espoir est quasiment inexistant au sein des instances de l’équipe Paule Ka, qui annonce clairement « la fin d’une histoire de quinze années » dans le peloton féminin. L’équipe Bigla a en effet été créée en 2005 avec l’espoir d’en faire une pouponnière pour les talents suisses et internationaux. Nicole Brändli y a fait ses débuts, et d’autres grands noms ont ensuite porté le maillot de la formation majoritairement suisse comme Emma Pooley, Lisa Klein, Annemiek van Vleuten, Ashleigh Moolman ou encore Cecilie Uttrup Ludwig.

Des accusations de harcèlement

Ce n’est pas la première fois que l’équipe de Thomas Campana se retrouve toutefois dans l’actualité pour des raisons extra-sportives. En 2016, plusieurs ex-coureuses de Bigla avaient accusé le manager de harcèlement et de fat-shaming. Elles affirmaient également que Thomas Campana conservait pour l’équipe les primes obtenues par les coureuses. Ces incidents datant de la saison 2015 n’ont toutefois pas été beaucoup plus loin en raison de la procédure proposée à l’époque par l’Union Cycliste Internationale. Pour déposer une plainte, les coureurs et coureuses ne devaient pas être anonymes. Et six des dix personnes qui s’étaient plaint de Thomas Campana à l’époque avaient alors décidé de retirer leur plainte, pour éviter de perdre leur anonymat, vu les faits délicats évoqués. Aucune sanction n’a été appliquée à l’époque, et le manager a depuis lors poursuivi son travail avec l’équipe Bigla, devenue Cervélo-Bigla, Bigla-Katusha puis Paule Ka.

Des prolongations pour rien

Cette annonce de payements non-reçus peut surprendre alors que l’équipe Paule Ka avait annoncé par voie de communiqué, durant le mois d’août, les prolongations de contrat pour la saison prochaine, au moins, de Leah Thomas, Mikayla Harvey et Lizzy Banks, trois de ses grands talents. « La vérité est que ces deux dernières semaines ont été incroyablement difficiles », explique Banks sur son compte Instagram. « J’espère vraiment que toutes les personnes de ce groupe talentueux retrouvera un travaille et une nouvelle équipe qui croit en eux de la même manière que ce projet a cru en nous. J’ai commencé ma carrière européenne en janvier 2019, en tant qu’inconnue. J’étais si jeune, ma connaissance de la course était très limitée. Je ne peux pas croire combien j’ai progressé ces deux dernières saisons. (…) C’est une nouvelle journée triste, mais je suis une combattante, et je me battrai encore », ajoute-t-elle.

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Walking away from my teammates and writing this post hurts a lot but I want to explain to you all what is going on. The news is official that my team, @equipe_pauleka will close and that we will not be participating in any more races this season. No Flanders. No De Panne. As fans of the sport you all deserve to know what's going on. The truth is that this has been an incredibly difficult two weeks. We learned at the beginning of last week that @paulekaofficiel, who committed to three and a half years of sponsorship, only paid one instalment in July and as of this moment, the team is waiting for the rest, and because of this the team was simply unable to manage any further financial commitments of racing. That's pretty much the whole story that there is to tell. I really hope everyone from this talented group finds a new job and a new team that believes in them the same way that this project believed in all of us. I started my European career in January last year as a total nobody. I was so green, my knowledge of race craft was very limited. I can't believe how much I've progressed over the past 2 seasons, my highlights of course being 2 stage wins of the Giro Rosa, taking 2nd in Plouay WWT and another 24 top 10s. Results aside, my personal development in to the team captain and road captain is one of the things I'm most proud of and having played a role in the development of all the athletes on this team and played a part in creating a culture of succesful teamwork which has taken us to the 4th best team in the world. Another sad day but I am a fighter and I will fight again.

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Du côté de l’entreprise Paule Ka, pas de commentaire. « Le propriétaire de Paule Ka a décidé de ne pas parler publiquement de la dissolution de l’équipe, ou des raisons qui ont mené à cette dissolution. Il dit qu’il s’est accordé avec l’équipe pour ne pas parler de ce sujet », confirme ainsi la journaliste britannique Orla Chennaoui sur Twitter. Cette décision est finalement en accord avec la non-communication de la marque depuis la reprise du partenariat de l’équipe cycliste en juin dernier… En attendant, ce sont aujourd’hui douze cyclistes et une dizaine de membres de l’équipe suisse qui se retrouvent sur le carreau avant la fin de saison. Et en ces temps de crise sanitaire, il s’annonce compliqué de rapidement retrouver un nouveau contrat dans ces conditions. L’hiver s’annonce rude.

Photo : ASO/Thomas Maheux

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