Le doublé de Porte, la révélation Holmes, Ewan superstar… : les cinq leçons à retenir du Tour Down Under 2020

Surprise sur la route d’Old Willunga : le roi confirmé de la plus célèbre des collines australiennes n’a pas triomphé ce dimanche. Après six succès consécutifs au sommet, Richie Porte (Trek-Segafredo) a cédé son trône au jeune Britannique Matthew Holmes (Lotto-Soudal). Ce dernier s’est surpris sur ces pentes tandis que son aîné était déjà heureux de conquérir, grâce à sa deuxième place sur l’étape, une deuxième victoire au classement général. Sous le soleil australien, Porte se rassure à nouveau sur sa condition, tout comme Caleb Ewan (Lotto-Soudal) ou Sam Bennett (Deceuninck-Quick Step) plus tôt.

Matthew Holmes, la révélation de Willunga Hill

S’il avait déjà brillé dans l’ombre des stars du peloton sur le Tour de Yorkshire (5e en 2017, 6e en 2019) et sur le Tour de Grande-Bretagne (15e en 2019), le Britannique Matthew Holmes (Lotto-Soudal) n’était pas forcé ment attendu sur les pentes de Willunga Hill, à l’occasion de la sixième et ultime étape de ce Tour Down Under. « Je n’avais jamais vraiment roulé sur ce type de montée. J’ai été coincé pendant six ans en Grande-Bretagne, ce qui n’est pas une mauvaise chose, mais il semble qu’avec les deux arrivées au sommet de cette semaine, cela me convienne », sourit timidement Holmes. Le coureur venu de 26 ans, originaire de Wigan, a construit sa réputation de routier-puncheur au sien de l’équipe Madison Genesis avant d’atterrir cette saison dans le WorldTour, chez Lotto-Soudal. Et il a frappé fort dès sa première épreuve parmi les grands noms du peloton.

Après avoir passé la journée dans une large échappée de 26 coureurs, le Britannique a suivi le coup anticipatif de l’Australien Michael Storer (Sunweb) avec le Français Bruno Armirail (Groupama-FDJ) dans la dernière montée de Willunga Hill avant de se placer dans la roue de Richie Porte, quand ce dernier s’est levé sur ses pédales, comme à son habitude, quand la flamme rouge a été dépassée. « J’ai attendu, attendu, attendu pour le sprint mais rapidement, j’ai réalisé que tout le monde était à la limite. Puis Richie est arrivé mais je n’ai pas paniqué. Tout ce que je pensais, c’était ‘c’est bien, il ne va pas ralentir et il va m’emmener jusqu’à l’arrivée’, vu qu’il était visiblement en train de rouler sa propre course pour le classement général », rapporte le pragmatique Matthew Holmes. Il n’avait plus qu’à sprinter avant le virage final pour déborder Richie Porte, déjà heureux pour sa part d’avoir devancé tous ses autres adversaires pour le classement général afin de remporter un second maillot ocre, trois ans plus tard.

Matthew Holmes se révèle donc au grand public avec ce succès de prestige, sur l’étape-reine de la première course WorldTour de la saison. Il ne souhaite toutefois pas se mettre la pression quant à ses futures ambitions pour la suite de la saison. « Une participation aux courses par étapes courtes, c’était mon plan initial, et peut-être un Grand Tour », répond-il quand on l’interroge sur son programme. « Je pensais soit le Giro, soit la Vuelta. Je dois faire quelque chose d’encore meilleur qu’aujourd’hui pour aller sur le Tour de France », sourit-il encore.

Richie Porte, un doublé revigorant

Cela faisait un an qu’il n’avait plus levé les bras. Tout simplement depuis sa dernière victoire sur Willunga Hill, c’était alors son sixième succès consécutif au sommet de la colline d’Adélaïde. Richie Porte (Trek-Segafredo) avait cette année un autre plan en tête : dès la troisième étape au sommet de la petite côte de Paracombe (1200 mètres à 9,5% de moyenne), l’Australien a mis tous ses rivaux dans le rouge pour aller prendre le maillot ocre de leader, et s’assurer déjà un beau bonus pour la suite de l’épreuve. Porte avait ainsi déjà contrecarré la stratégie du double tenant du titre Daryl Impey (Mitchelton-Scott), habitué à prendre les bonifications sur toutes les étapes vallonnées avant de tenir la distance sur Willunga Hill. Cette fois, c’est bien son adversaire australien qui prenait les commandes. Et malgré le retour d’Impey en tête du général à la veille de la dernière étape grâce à de nouvelles bonifications, Porte n’a pas paniqué et a tout simplement déroulé son habituelle offensive sur les pentes de l’Old Willunga Road, à près d’un kilomètre de l’arrivée.

S’il n’a pu s’imposer pour une septième année consécutive sur Willunga Hill, Porte n’en gardait pas moins son large sourire, habillé du maillot ocre le consacrant champion de ce Tour Down Under 2020. « Cela aurait bien d’être une nouvelle fois le roi de WIllunga Hill mais ce maillot ocre, je le souhaitais quoiqu’il arrive », confirme-t-il, après avoir signalé le doublé de Trek-Segafredo, également vainqueur chez les dames la semaine précédente grâce à la championne des États-Unis Ruth Winder.

Richie Porte sait pourtant que sa victoire n’a tenu qu’à un fil. Si une partie de l’échappée a tenu bon du côté de Willunga Hill, c’est notamment parce que l’équipe Trek-Segafredo a longtemps été isolée dans la poursuite, alors que l’équipe du leader Daryl Impey, Mitchelton-Scott, décidait de ne pas rouler. Une tactique qui n’a pas perturbé l’Australien. « Je comprends leur point de vue. Ce n’était pas un manque de respect. On savait que j’étais le coureur à regarder. J’étais content de pouvoir conclure », confirme le leader de la Trek. « C’est bien de gagner une course à nouveau. J’ai connu deux bons mois en Tasmanie, à m’entraîner avec mes amis. Tout s’est très bien passé », ajoute Porte, qui va désormais profiter de sa condition pour enchaîner avec la Cadel Evans Great Ocean Road Race, dimanche prochain, avant de retrouver l’Europe, où il participera au Tour du Var et des Alpes-Maritimes, avant Paris-Nice et le Tour de Catalogne, ses deux prochains objectifs. Avec l’espoir d’enfin s’imposer en-dehors de l’Australie. Sa dernière victoire hors de l’Océanie ? Le Tour de Suisse, en 2018.

Caleb Ewan et Sam Bennett ont déjà faim

Le choc des sprinters annoncé sur les routes d’Adélaïde a bien eu lieu cette semaine. Si le champion d’Europe Elia Viviani (Cofidis) n’a pu prendre part comme à l’accoutumée aux différents sprints massifs de ce Tour Down Under (lire ci-dessous), les autres favoris se sont partagés les honneurs. Le champion d’Irlande Sam Bennett (Deceuninck-Quick Step) a confirmé qu’il s’habituait bien au train bleu et blanc, grâce notamment à Shane Archbold (son ex-équipier de Bora-Hansgrohe) et Michael Mørkøv, dès la première étape. Il a tout de même dû jeter son vélo sur la ligne pour trouver le succès face à Jasper Philipsen (UAE Team Emirates). Ce train n’a toutefois pas toujours été efficace. Sur la quatrième étape, Bennett semblait filer vers un deuxième succès après avoir été lancé par Mørkøv dans les 300 derniers mètres. L’Irlandais était toutefois largement débordé par Caleb Ewan sur ces routes. La faute au livre de route ? « Mørkøv s’est lancé car il devait normalement rester 300 mètres après le dernier virage, ce qui était indiqué dans le livre de route. Mais j’ai vu alors qu’il ne restait que 150 mètres à la sortie du virage donc j’ai décidé de lancer mon sprint. La finale était en légère montée puis en descente puis de nouveau en montée, et je n’avais plus de jus pour faire face à Ewan », explique Bennett.

Caleb Ewan, pour sa part, a impressionné par sa capacité à dérouler sur de plus nombreux terrains. Sur cette quatrième étape, il a brillé sur un sprint traditionnel, mais il avait déjà trouvé la victoire deux jours plus tôt sur l’arrivée en faux-plat montant de Stirling, au bout d’une longue côte qui a surchauffé les cuisses d’autres sprinters. L’Australien de l’équipe Lotto-Soudal a été le sprinter le plus prolifique de cette semaine, et confirme surtout qu’il peut à nouveau faire grimper son compteur de victoires tout au long de sa saison s’il poursuit la même forme. Une ambition de victoire sur Milan-Sanremo ne serait même pas volée au vu de ses performances en Australie.

Une chute contrariante pour Viviani

La semaine a été bien plus compliquée pour le champion d’Europe Elia Viviani pour sa première course sous le maillot de la Cofidis. S’il avait montré sa condition post-hivernale avec une deuxième place sur le critérium pré-Tour Down Under à Adélaïde puis une quatrième place sur la première étape de l’épreuve WorldTour, le coureur italien a ensuite goûté au bitume dans le final de la deuxième étape, alors qu’il tenait encore le rythme du peloton dans ces derniers kilomètres en légère montée. Avec une épaule particulièrement endolorie et un genou en sang, Viviani disait jouer la carte de la prudence et attendre une nuit pour prendre une décision quant à son avenir sur ce Tour Down Under.

Le trentenaire a finalement enchaîné les étapes, sans toutefois parvenir à se mêler aux sprints suivants. Le champion d’Europe s’est plutôt mis au service de son équipier Simone Consonni, confirmant son envie d’enchaîner les kilomètres en ce début de saison. Car à huit mois des Jeux Olympiques de Tokyo, tous les entraînements pratiques sont bons à prendre. Viviani n’a toutefois pas encore annoncé sa décision concernant une participation à la nouvelle Race Torquay, jeudi, et à la Cadel Evans Great Ocean Road Race, dimanche. S’il renonce, son retour sera prévu en mars sur Tirreno-Adriatico.

Philipsen, encore le meilleur des Belges

Sur cette première course WorldTour de la saison, le drapeau belge n’a pu s’élever dans le ciel comme l’an dernier. Malgré des sprints convaincants, le jeune Jasper Philipsen (UAE Team Emirates) n’a pu lever les bras. Il réalise tout de même une belle semaine avec une 2e, une 3e, une 4e et une 5e place sur les différents emballages massifs. Il s’offre même le classement par points grâce à sa régularité et ses offensives lors des sprints intermédiaires.

Le coureur de 21 ans a été toutefois l’un des seuls Belges à se montrer sur ces routes australiennes. Laurens De Vreese (Astana) a tenté sa chance dans les échappées de la 2e et de la 4e étapes avant d’abandonner sur chute, alors que Ben Hermans (Israel Start-up Nation) voit son début de saison perturbé par une lourde chute sur la 2e étape : fracture de la clavicule et blessures à l’épaule, il sera hors des pelotons pour au moins deux mois… Le meilleur Belge au général reste donc Dries Devenyns (Deceuninck-Quick Step), pointé à une demi-minute au sommet de Willunga Hill et finalement 12e au final.

Photo : capture 7Sport Australia

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