Tour d’Espagne : Simon Yates et les Belges ont retenu la leçon, pas les Movistar

La Vuelta a dévoilé sur ses pentes les plus abruptes une course animée mais dominée par un coureur : Simon Yates (Mitchelton-Scott). Toujours bien placé en première semaine de course avant de tenter tantôt la carte de la prudence, tantôt la carte de l’offensive, le Britannique a su contenir les assauts de la Movistar, d’Astana ou de LottoNL-Jumbo pour remporter son premier Grand Tour à 26 ans. Cette fois, sans faute ni fringale subite. L’assurance britannique, sans doute.

Un pur grimpeur vainqueur du Tour d’Espagne ? Cela semble couler de source vu les parcours proposés ces dernières années par Unipublic, société organisatrice du dernier Grand Tour de la saison. Encore faut-il que ces grimpeurs parviennent à tenir le rythme sur ces différents murs et cols que le peloton affronte durant trois semaines. Cela commençait cette année dès la deuxième étape, dans la péninsule sud, et cela se poursuivait jusqu’à la 20e étape, dans les Pyrénées, en Principauté d’Andorre. Les candidats au maillot rouge n’ont quasiment pas eu le temps de souffler vu cet enchaînement, et la tactique et la fraîcheur ont été prédominants. Il ne s’agissait pas de faire la différence sur un effort mais de déployer son énergie au fur et à mesure des étapes de montagne, comme sur le Tour de France. Simon Yates en a été le meilleur exemple avec une démonstration de force sur les cols espagnols : vainqueur sur les pentes folles de l‘Alto Les Praeres, il a surtout géré son effort sur toutes les autres étapes pour grimpeurs, préférant passer à l’attaque en fin d’étape pour mieux gérer sa première place. Un contraste avec sa gestion du maillot rose sur le Tour d’Italie, durant lequel il avait sauté sur tout ce qui bougeait, avec au final une bonne fringale et un passage à vide sur les trois dernières étapes.

Certes, Yates n’a semblé jamais décidé à abandonner l’offensive vu sa grande condition, mais il a su freiner ses ardeurs dans les trois dernières étapes de montagne pour éviter la surchauffe. Cela n’empêche pas le coureur britannique de croire que ces offensives sont bien la meilleure tactique à adopter pour conquérir un Grand Tour. « Quand je me sens sur la défensive, il est difficile, mentalement de réagir. Mais quand vous êtes plus agressif, quand vous attaquez, vous avez cet effet de surprise, ce jump qui peut faire une grande différence », confie-t-il en conférence de presse après s’être assuré le maillot rouge au terme de la 20e étape en Andorre. « Je suis arrivé à la deuxième journée de repos de la Vuelta… je ne dirais pas frais mais je sentais que par rapport au Giro, je jouais dans une autre division. L’important était de rester calme aux moments opportuns et ne pas être trop agressif. Je pense que c’est à ce moment que la différence s’est faite ». Mais Yates l’avoue lui-même : il s’est surpris durant ces dernières étapes décisives en Andorre. « Je ne croyais vraiment pas que je pouvais réaliser une telle course, surtout après ce qu’il s’était passé au Giro. Et samedi, j’étais nerveux au départ car on ne sait jamais comment une étape peut se dérouler ». Mais Simon Yates a encore une fois assuré le coup, restant en retrait jusqu’à l’avant-dernier col avant de suivre Miguel Angel Lopez (Astana), celui qui lui semblait le plus dangereux dans le final vu son envie de retrouver le podium. Un flair qui pourrait lui permettre de viser un nouveau Grand Tour la saison prochaine, vu les qualités démontrées sur trois semaines, par rapport à son frère jumeau Adam ou au Colombien Esteban Chaves.

Miguel Angel Lopez a donc obtenu son podium avec une troisième place à Madrid, tandis que le jeune Enric Mas (Quick Step), seulement 23 ans, a surpris tous les observateurs avec une deuxième place acquise au forceps sur la dernière étape en Andorre. Il a notamment récupéré cette place d’honneur face aux Movistar qui ont tout perdu en deux étapes pyrénéennes. Pourtant, les hommes en bleu ont montré la plus grande grinta dans la 19e étape vers Naturlandia, en amorçant un semblant de bordure avant de lancer la grande offensive avec Nairo Quintana suivant Steven Kruijswijk à 13 km du sommet. Mais le Colombien est apparu à la limite, et derrière, Alejandro Valverde n’a pu suivre le contre du maillot rouge Simon Yates. Le lendemain, rebelotte. Valverde a rapidement dévissé pendant que Quintana tentait encore de surprendre Yates dans le final sans succès. Résultat : pas de nouvelle victoire d’étape, et une place sur le podium perdue. Mais également un Valverde qui a semblé perdre beaucoup d’énergie dans ces tentatives de malmener le maillot rouge, en vue des championnats du monde à Innsbruck, dans deux semaines. Comme depuis le début de cette Vuelta, les Movistar ont semblé courir à contre-temps : souvent trop en avance par rapport à leurs adversaires, soit trop en retard face à un Yates mieux entouré que ce qu’ils imaginaient. Comme sur le Tour de France. Eusebio Unzue et ses leaders vont devoir réfléchir à de nouvelles tactiques pour 2019.

Côté belge, cette Vuelta a été une réussite tardive. Les coureurs du plat pays ont longtemps couru après le succès vu les nombreuses échappées dans lesquels le drapeau noir-jaune-rouge était représenté. Dylan Teuns (BMC) a notamment été un champion des places d’honneur avec six Top 5 et une deuxième place. Thomas De Gendt (Lotto-Soudal), Maxime Monfort (Lotto-Soudal) et Laurens De Plus (Quick Step) n’étaient pas non plus très loin. Malgré cet échec sur les étapes, Thomas De Gendt a profité de ses nombreuses sorties sur les étapes de montagne pour récupérer les points du meilleur grimpeur. Cela a payé avec un premier maillot à pois bleus obtenu à Madrid depuis Lucien Van Impe en 1983. Et le lendemain de son retour sous un maillot distinctif, De Gendt a pu fêter la seule victoire de cette Vuelta, émanant d’un coureur de son équipe. Résistant au peloton dans les derniers mètres, Jelle Wallays (Lotto-Soudal) a obtenu l’un des plus beaux succès de sa carrière, et sauve un peu plus le bilan belge de ce Tour d’Espagne.

Résultats de la 21e étape du Tour d’Espagne et classement général final :

Photos : Unipublic/Gomez Sport/Luis Angel Gomez

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 28 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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