Le cyclisme féminin vit un peu mieux mais… : plus d’une cycliste sur cinq au niveau continental n’est toujours pas payée

Si le nombre de cyclistes sans salaire diminue, les écarts de revenus dans le peloton féminin restent très importants, comme le révèle le sondage annuel de The Cyclists Alliance.
Peloton femmes - 5e étape Ceratizit Challenge by La Vuelta 2022 - ASO Unipublic Lino Escuris
Le peloton sur la 5e étape du Ceratizit Challenge by La Vuelta 2022 – Photo : ASO/Unipublic/Lino Escuris

Comme chaque année, le syndicat indépendant du peloton féminin The Cyclists Alliance propose une étude recensant l’avis d’une majeure partie des cyclistes professionnelles, tant sur leur salaire que sur leurs conditions de travail ou leur satisfaction. Cette étude annuelle se révèle être un baromètre intéressant de l’évolution du cyclisme féminin et des conditions de travail de ces sportives qui ont longtemps dû se débrouiller sans cadre précis pour faire de leur passion un métier correct. Et si aujourd’hui, le salaire minimum est devenu une généralité dans les équipes du WorldTour (soit 14 formations en 2022), l’enquête de The Cyclists Alliance montre que les disparités sont encore importantes entre les différents échelons du peloton, et que l’Union Cycliste Internationale (UCI) doit mettre en place des règles claires, voire des sanctions pour éviter certains excès.

124 cyclistes professionnelles (dont 121 sur route et 44% venues d’une équipe WorldTour) ont répondu aux 31 questions de cette enquête indépendante et anonyme. Et les résultats se veulent légèrement plus optimistes qu’en 2021, année post-pandémie qui a montré des différences bien plus importantes par rapport aux saisons précédentes. Ainsi, 13% des coureuses du WorldTour disent aujopurd’hui gagner plus de 100 000 euros par an, soit une augmentation de 11% par rapport à l’an dernier. Mais dans le même temps, seulement la moitié du peloton, à peine, indique qu’elle peut compter sur le cyclisme professionnel comme unique source de revenus. Ainsi, hors du WorldTour, seulement 15% des professionnelles disent gagner près de 20 000 euros ou plus par an. Et 23% des cyclistes interrogées, hors du WorldTour disent ne pas être payées malgré leur statut professionnel. Un chiffre toujours inquiétant malgré le fait qu’il s’améliore : en 2021, 34% des répondantes avaient indiqué n’avoir touché aucun salaire durant l’année écoulée.

Relire les résultats de 2021 : Cyclistes sans salaire en hausse, écart salarial important… : la dernière enquête de Cyclists’ Alliance sur le peloton féminin est alarmante

Le sondage de The Cyclists Alliance montre que le nombre de contrats de courte durée, sur seulement une saison, a tendance à diminuer, avec seulement 50% des personnes interrogées qui disent avoir aujourd’hui un tel contrat (contre près de deux sur trois l’an dernier). Mais dans le même temps, une professionnelle sur cinq confirme avoir besoin d’un second travail pour maintenir son niveau de vie, et une pro sur quatre dit bénéficier du soutien d’un tiers pour subvenir à ses besoins, en plus de son travail de cycliste. En prime, l’enquête montre que 28% des femmes interrogées disent avoir été obligées de rembourser leur équipe pour des dépenses nécessaires pour faire leur métier de cycliste.

Le sondage s’intéresse également au ressenti des coureuses : 74% des coureuses interrogées se disent heureuses ou très heureuses dans leur équipe, contre moins de deux tiers l’an dernier. De l’autre côté, 11% des cyclistes se disent malheureuses ou très malheureuses. Et comme les années précédentes, la question financière reste la principale raison à un potentiel départ de cette carrière cycliste (pour 41% des répondants) devant la question familiale (le congé maternité n’est pas encore une obligation) ou l’idée de poursuivre sa carrière en-dehors des compétitions.

Enfin, The Cyclists Alliance interroge également les coureuses quant aux moyens d’améliorer leurs conditions de travail et de permettre au cyclisme féminin de se professionnaliser. Pour 56% des sportives interrogées, une meilleure couverture télévisée doit être la priorité du syndicat, devant le salaire minimum et de meilleures possibilités de course pour les jeunes coureuses (juniores, espoirs, continental…). Bref, il y aura encore du travail pour The Cyclists Alliance et pour l’UCI afin que toutes les cyclistes professionnelles puissent vivre de leur métier, comme c’est le cas aujourd’hui dans la majeure partie du peloton masculin. Mais cela demande l’instauration de nouvelles obligations. Car l’envie de soutenir le cyclisme féminin, elle, semble de plus en plus importante parmi les sponsors, au vu des résultats d’audience affichés lors du Tour de France Femmes notamment. Il faut désormais accompagner ce soutien pour éviter que certains profitent de la passion de ces sportives.

Découvrez l’étude complète de The Cyclists Alliance (en anglais) sur le site de l’organisation


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