Championnats du monde sur route 2022 à Wollongong : Van Vleuten crée sa légende, Kopecky loupe une chance unique

Malgré un coude cassé, Annemiek van Vleuten poursuit sa saison de rêve avec un titre mondial devant la Belge Lotte Kopecky, déçue d’avoir manqué la chance de sa vie.
Podium Femmes Championnats du monde Wollongong 2022 - Capture Eurosport
Le podium de la course des élites femmes des championnats du monde sur route 2022 à Wollongong : la Belge Lotte Kopecky (2e), la Néerlandaise Annemiek van Vleuten (1re) et l’Italienne Silvia Persico (3e) – Photo : capture Eurosport

La surprise a été totale pour la principale concernée. Mais aussi pour le grand public. Le coude en vrac, incapable de se mettre en danseuse en raison de cette fracture contractée seulement mercredi, la Néerlandaise Annemiek van Vleuten, N.1 mondiale et vainqueure de Liège-Bastogne-Liège des trois Grands Tours cette saison, a malgré tout obtenu un nouveau titre mondial au bout d’une course que les Pays-Bas semblaient pourtant ne pas avoir en main. La chute de la leader « Oranje » lors du relais mixte et le cas de Covid-19 de Demi Vollering, non-partante, avaient perturbé les plans de la sélection batave avant même le départ. Et pourtant…

Lippert attaque, personne ne suit

Après une course d’attente, finalement perturbée par la pluie à moins d’une heure de l’arrivée, les Néerlandaises semblaient en effet dans le dur, comme la plupart des sprinteuses annoncées. La faute aux offensives de la Polonaise Katarzyna Niewiadoma, imparable sur ces pentes à plus de 10%, et de l’Allemande Liane Lippert, en parfaite condition pour enchaîner les accélérations sur la montée irrégulière du Mont Pleasant, principale difficulté du jour. « J’ai chaque fois été à fond sur chaque montée. Mais ensuite, c’était très frustrant de ne pas bien travailler ensemble, car j’avais le sentiment qu’on avait une bonne chance d’empocher une médaille. Je me sentais très forte et je commençais même à rêver du maillot arc-en-ciel », explique l’Allemande de 24 ans sur le site de son employeur, le Team DSM. La frustration était en effet grande dans le chef de Lippert, quasiment seule à prendre des relais au côté de Niewiadoma et des seules autres capables d’accompagner leur accélération : l’Italienne Elisa Longo Borghini, la Danoise Cecilie Uttrup Ludwig et la Sud-Africaine Ashleigh Moolman-Pasio. Les relais restaient trop limités au delà du sommet de Mont Pleasant, personne ne voulait perdre trop d’énergie sur les sept kilomètres menant à la ligne d’arrivée. Du coup, tant dans l’avant-dernier tour que dans le dernier tour, un groupe de poursuivantes revenait…

Van Vleuten : « Ma seule et unique chance »

Et dans ce dernier tour, ce groupe de favorites voyait le retour de coureuses bien plus dangereuses en cas d’arrivée groupée : la Cubaine Arlenis Sierra, la Belge Lotte Kopecky… Autant de sprinteuses qui ont résisté dans la dernière ascension du jour, à une quinzaine de secondes au sommet avant de rentrer à moins de deux kilomètres du but. Mais derrière, il y avait encore plus dangereux : Annemiek van Vleuten, revenue du diable vauvert après avoir accompagné sa coéquipière Marianne Vos et Lotte Kopecky dans le Mont Pleasant. La Néerlandaise rentrait sous la flamme rouge… et profitait de l’attentisme et du stress de toutes les concurrentes du groupe de tête, visiblement plus concentrées sur un éventuel sprint. « Je cherchais Marianne (Vos) puis je me suis retrouvé dans le groupe en tête. Je me suis bien rendu compte qu’elle n’allait pas pouvoir revenir, mais je savais aussi que je ne pouvais pas sprinter vu mon coude. Donc j’ai attendu le bon moment pour attaquer de l’arrière, c’était ma seule et unique chance », commente justement Van Vleuten, lancée dans l’ultime descente pendant que le groupe hésitait encore à rentrer. Arlenis Sierra lançait le sprint à 250 mètres de la ligne, Lotte Kopecky la débordait… Mais Van Vleuten avait encore assez de jus, même coincée sur sa selle, pour franchir la ligne en tête. Incrédule, comme le confirme son attitude à l’arrivée, préférant couper son compteur. « Je ne peux toujours pas y croire, j’attends que quelqu’un me dise que c’est bien réel… », confirmait-elle juste après l’arrivée.

L’exploit d’une coureuse blessée remet toutefois en question la responsabilité d’une telle sportive. D’aucuns estimeront que si elle a pu prendre le départ de l’épreuve, c’est après accord médical. De là à se retrouver catapultée au sommet. « C’était un enfer avec cette blessure au coude », admet Van Vleuten. « Je ne pouvais pas me mettre en danseuse, je devais faire toute la course assise sur la selle. Du coup, j’ai explosé dans la montée. Normalement, j’adore attaquer et aller en danseuse. Avant ma chute, j’avais le plan d’attaquer sur le Mont Keira, cela aurait totalement changé les plans. Finalement, je me suis mise au service de Marianne (Vos). Et maintenant, je suis championne du monde… » Le tout pour sa dernière saison en tant qu’une professionnelle, à l’aube de ses 40 ans. Une consécration de plus pour celle qui a décroché tous les titres et les plus grandes victoires, confirmant son statut de championne des championnes. Même Marianne Vos, plus de 230 victoires au compteur, s’inclinait : « Dans les deux derniers tours, Annemiek m’a dit qu’elle allait tenter de me remettre en tête. Mais après la dernière côte, j’étais dans un troisième groupe et Annemiek dans le deuxième. Le mieux pour elle était d’attendre une opportunité, et cette chance est arrivée. C’est incroyable. Elle le mérite vraiment, on a dû lui crier que c’était réel », sourit la Néerlandaise, heureuse comme si elle avait gagné sur la ligne.

Kopecky : « Je vais devoir digérer »

Mais dans les autres sélections, c’était la soupe à la grimace. Notamment du côté belge. Lotte Kopecky tapait sur son guidon à l’arrivée, à seulement 10 mètres de Van Vleuten… L’opportunité était là, elle qui était revenue sur la tête de course à moins de deux kilomètres de l’arrivée, elle qui s’annonçait comme la meilleure sprinteuse de cette sélection. Il y avait cependant une coriace représentante batave aux avant-postes. Une représentante qui aurait pu être suivie… « Tout le monde m’a regardé quand Van Vleuten. Attaqué. Ils savaient que j’étais en principe la plus rapide du groupe », explique Kopecky au micro de Sporza. « Si j’allais dans la roue, Persico (NDLR : finalement 3e) aurait gagné », estime la Belge. « C’est vraiment dommage, car j’ai le sentiment d’avoir manqué une énorme chance. La chance de ma vie même. Je pense que je vais encore revivre quelques fois ce dernier kilomètre. Je vais devoir digérer tout ça ». Kopecky a tout de même prouvé qu’elle avait franchi un cap cette saison, parvenant à suivre les meilleurs puncheuses sur des courses usantes, et ce même s’il lui faut un temps de récupération, comme ce fut le cas après le Mont Pleasant, ce samedi. Alors, l’espoir est grand de retrouver la coureuse belge dans une position favorable en Ecosse, en 2023. Avec l’expérience de Wollongong bien digérée, on l’espère.

Un dernier mot sur la course des espoirs, qui se déroulait pour la première fois en même temps que l’épreuve des élites. Si l’Union Cycliste Internationale avait quand même changé de fusil d’épaule en proposant des dossards différents pour distinguer les coureuses de moins de 23 ans concourant pour les espoirs, la réalisation n’a pas vraiment mis en avant cette course dans la course. Et il a fallu attendre le classement provisoire pour découvrir le podium de ce premier championnat du monde particulier. La Néo-Zélandaise Niamh Fisher-Black a ainsi eu les honneurs de ce premier maillot arc-en-ciel devant la Britannique Pfeiffer Georgi et l’Allemande Ricarda Bauernfeind. Une juste récompense pour la sélection néo-zélandaise qui, faute de budget, est partie à Wollongong avec son groupe le plus important sur la course en ligne féminine. L’UCI devra toutefois revoir sa copie concernant cette épreuve destinée aux espoirs, à peine connue des spécialistes et médiatisée au minimum. Ce qui n’est pas rendre justice à ces jeunes qui espèrent émerger dans un peloton de plus en plus compétitif…

Les résultats de la course en ligne des espoirs et élites femmes des championnats du monde de cyclisme sur route 2022 à Wollongong :

Results powered by FirstCycling.com

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