Le peloton dans la fournaise

Les températures qui s’annoncent dans les Alpes risquent de faire mal aux organismes. Et si on pensait à la santé des coureurs ?
Rigoberto Uran Daniel Martinez souffrance - 7e étape Tour de France 2022 - ASO Charly Lopez
La chaleur risque d’en faire souffrir plus d’un sur les routes du Tour de France – Photo : ASO/Charly Lopez

Jusqu’à 40 degrés du côté de Cesena, sur des côtes abruptes qui asphyxient les plus costaudes du Giro Donne. Plus de 35 degrés annoncés dans les vallées alpestres pour carboniser les grimpeurs… Certes, nous sommes en plein été, mais les vagues de chaleur qui traversent actuellement l’Europe poussent les cyclistes professionnel·les dans leurs retranchements. Les bidons s’accumulent, les sacs de glaçons également, chaque source d’eau est accueillie avec bonheur… Et pourtant, ces efforts sous une telle chaleur sont-ils nécessaires ? Le sport cycliste ne devrait-il pas s’inquiéter de ces conditions météorologiques bouleversées ?

Le cyclisme sur route est un des sports en plein air qui subit le plus les affres de la nature. Qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il neige, les forçats de la route sont contraints d’ouvrir la route malgré la météo. Les images de coureurs fonçant dans les averses de grêle, tanguant face aux rafales de vent, brisant le brouillard font la légende de ce sport, renforcent le caractère héroïque de ces sportifs de l’extrême. C’est tout le paradoxe du cyclisme : on aime voir ces braves mener un combat inégal face à cette nature imparable. Et dans le même temps, on peut s’interroger sur l’exigence de tels efforts dans des conditions qui arrêteraient bon nombre d’autres compétitions sportives.

Or, c’est un fait : les derniers rapports du GIEC confirment que les événements climatiques extrêmes risquent de se multiplier ces prochaines années. Et les vagues de chaleur font partie de ces événements qui bouleversent nos étés. Et donc certaines des courses les plus importantes du calendrier, à savoir le Tour de France, le Tour d’Italie féminin… Sur la 4e étape du Giro Donne, Annemiek van Vleuten (Movistar) a même montré que son compteur affichait une température moyenne de… 44 degrés sur toute l’étape. « La chaleur ne fait pas du bien. On hyperventile, on n’arrive pas à respirer assez d’air, la fréquence cardiaque augmente fortement et reste haute… C’est très difficile », explique ainsi Abi Smith (EF Education-TIBCO-SVB) à Cycling Weekly. « Quand est-ce qu’il fait trop chaud pour activer le protocole en cas de météo extrême ? », s’est même interrogée Cecilie Uttrup Ludwig (FDJ Nouvelle-Aquitaine Futuroscope).

Et le protocole de météo extrême ?

Ce protocole a été mis en place depuis 2015 par l’Union Cycliste Internationale (UCI). Il est activé en cas de conditions qui peuvent mettre en danger les coureurs et seulement après une réunion entre l’organisation, le président du jury des commissaires et des représentants des coureurs et des équipes, avant le départ de chaque course. Plusieurs actions peuvent être entreprises : modification des lieux de départ et/ou d’arrivée, modification des horaires, modification du parcours, neutralisation d’une partie de la course ou une annulation pure et simple.

On aurait pu penser que ce protocole avait été activé, récemment, lors de la dernière vague de chaleur qui a touché le sud de la France : lors de la Route d’Occitanie, la 2e étape avait été réduite à 36 kilomètre suite aux fortes chaleurs. Mais cette décision avait été prise par l’organisation suite à un arrêté préfectoral interdisant tout événement dans le département du Tarn. Ce qui avait contraint l’organisation de disputer l’étape seulement dans l’Aveyron. Les coureurs, eux, s’étaient adaptés…

Mais combien de temps encore devront-ils s’adapter ? Car la santé des coureurs pourrait pâtir à terme de ces conditions de plus en plus difficiles. Alors que le Covid-19 frappe les organismes, parfois à long terme, continuer à disputer des courses cyclistes sous de telles chaleurs peut également avoir des conséquences… Et contrairement à ces dernières années, il manque d’un certain patron pour indiquer aux organisations quand les conditions sont trop extrêmes. Fabian Cancellara, à l’époque, n’hésitait pas à se faire le porte-voix du peloton voici dix-quinze ans pour demander l’arrêt d’une course ou dénoncer la dangerosité d’une course. Une telle figure fédératrice dans le peloton ne semble pas encore émerger à l’heure actuelle. Et chez les femmes, bon nombre de coureuses du Giro Donne affirmaient tout simplement qu’elles ne savaient pas qui était la représentante du syndicat CPA, censée demander l’activation du protocole en cas de météo extrême…

Alors, le Tour de France poursuivra certainement sa route, les températures seront considérées comme un obstacle supplémentaire. « C’est la vie », diront les uns. Mais quand les coureurs devaient faire face à des températures de plus de 30 degrés voici trente, quarante, cinq ans, devoir rouler sous plus de 40 degrés aujourd’hui ne semble pas sain pour ces sportif·ves. Le sport devrait montrer l’exemple. Cela passe par une meilleure prise en compte de tous les éléments, même météorologiques.


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