Cyclo-cross : les primes de départ vont-elles enfin disparaître ?

Selon Michel Wuyts et Sven Nys, des primes sont offertes à Wout van Aert et Mathieu Van der Poel pour qu’ils disputent des manches de la Coupe du monde de cyclo-cross.

Selon le journaliste et futur retraité de la VRT Michel Wuyts et le manager de l’équipe Baloise Trek Lions Sven Nys, des primes sont offertes à Wout van Aert et Mathieu Van der Poel pour que ces derniers disputent des manches de la Coupe du monde de cyclo-cross. Une ancienne tradition censée disparaître mais qui inquiète toujours en coulisses, surtout en cette période délicate sur le plan sanitaire.

Nous en avions déjà parlé en juillet 2020 sur CyclismeRevue : le système des primes de départ dans les cyclo-cross a été remis sur la table des discussions entre organisateurs et coureurs pour acter leur disparition. Dans un milieu oscillant entre la professionnalisation à petite échelle et l’amateurisme, il était courant ces dernières années que les organisateurs consacrent une partie de leur budget (autour de 25 à 35%) pour des primes de départ payées aux participants de ces cyclo-cross professionnels. De plusieurs milliers d’euros pour les stars que sont Wout van Aert et Mathieu Van der Poel à une centaine d’euros pour les coureurs en troisième ligne… Une pratique interdite sur les courses sur route, totalement professionnelles et contrôlées sur base du règlement de l’Union Cycliste Internationale. Mais pas sur ces cyclo-cross sur lesquels la tradition se fait souvent plus pressante que l’actualisation nécessaire de règles destinées à professionnaliser la discipline.

À l’été 2020, en plein cœur de la pandémie de Covid-19, Flanders Classics (en charge de la Coupe du monde de cyclo-cross et du Superprestige) et Golazo (qui gère quelques épreuves de la Coupe du monde, le Trophée X²O Badkamers et l’Ethias Cross) avaient tiré le signal d’alarme pour demander la fin de ces primes de départ qui peuvent plomber un budget. Belgian Cycling, la fédération belge de cyclisme, avait approuvé la demande, avançant un plan pour que les primes pour les vainqueurs et places d’honneur soient augmentées et qu’un remboursement des frais pour les meilleurs participants soit inclus selon les résultats. Les coureurs et coureuses avaient clairement fait état de leurs doutes quant à cette réforme et réclamaient donc de « ne pas oublier les petits ».

L’Union Cycliste Internationale a écouté ces demandes en proposant des primes plus importantes et égales entre les hommes et les femmes sur les manches de Coupe du monde. Et en ne proposant plus de primes de départ sur ces manches, désormais au nombre de seize tout au long de la saison. Mais le sujet de ces primes est revenu dans les médias flamands suite à une tribune du journaliste de la VRT Michel Wuyts dans le quotidien Het Laatste Nieuws, le 20 novembre dernier. « Cela grogne dans le ventre mou du cyclo-cross », a lancé le futur retraité des commentaires télévisés. « Van der Poel et Van Aert se sont engagés à participer à une série de manches de la Coupe du monde et seraient largement indemnisés. ’20 000 euros par manche’, selon un manager désemparé. ‘Avec un long voyage, cela peut aller jusqu’à 30 000’, ajoute un initié », dit Michel Wuyts dans sa chronique. Sans que l’UCI ou Flanders Classics réagisse officiellement à ces propos. Car normalement, depuis le début de la saison, aucun participant à la Coupe du monde reçoit un seul euro pour être au départ… La situation indigne d’autant plus que 20 000 euros, cela représente quatre victoires en Coupe du monde.

“Je ne peux pas le prouver. Mais je sais”

Sven Nys, manager de Baloise Trek Lions et donc concurrent de Van Aert et Van der Poel dans les labourés, a confirmé les propos de Michel Wuyts. « Je ne peux pas le prouver. Mais je sais », s’indigne l’ex-champion du monde de la discipline au site néerlandophone Wielerflits. Il s’interroge surtout sur le fait que les stars reçoivent une prime pendant que ses coureurs et coureuses, présent.e.s tout au long de la saison et souvent victorieux (Lucinda Brand est championne du monde et Lars van der Haar champion d’Europe), n’ont pas un euro. « Les autres coureurs sont aussi des maillons importants dans ce sport. Chaque coureur doit pouvoir profiter de ce succès », dit-il. L’UCI n’a pas plus réagi depuis lors…

Toujours en place dans le Superprestige et les autres cyclo-cross de la saison, les primes de départ restent une réalité qui se poursuivra en coulisses tant que l’UCI ne fixe pas des règles claires à ce sujet. Cette suppression n’entraînera pas forcément le départ des stars de la discipline. Certes, certains organisateurs profitent de ces primes pour tenter d’attirer des grandes pointures car leur tracé ou leur course n’est pas assez populaire. Mais Van Aert ou Van der Poel ont toujours la passion du cyclo-cross, cela se voit encore cet hiver, et ils auront toujours une place dans leur agenda pour enchaîner quelques courses à l’aube de la prochaine saison sur route. Le calendrier sera peut-être moins rempli que cette année, mais il faut passer par cette phase pour permettre au sport de poursuivre sa professionnalisation. Faire grimper les primes aux vainqueurs et places d’honneur, alléger un calendrier déjà très fourni et poursuivre les circuits de formation actuels sont déjà de beaux chantiers à mettre en place pour que le cyclo-cross progresse et évite les disparités entre celles et ceux qui font venir le public et celles et ceux qui rêvent simplement de vivre de leur passion.

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Photo : Alain Vandepontseele/Alain VDP Photography

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