Championnats du monde sur route – Flandre 2021 : Van Aert et Evenepoel poussent Ganna l’arc-en-ciel dans ses retranchements

Cela s’est joué à un rien. Durant près de 43 kilomètres, les supporters belges sur le parcours et devant leur télévision ont cru en un premier titre belge sur le championnat du monde du contre-la-montre. Wout van Aert semblait en route pour l’arc-en-ciel, jusqu’à ce que le champion en titre, Filippo Ganna, développe sa puissance sur la deuxième moitié de course, taillée pour ses cuisses de rouleur. Pour cinq secondes, l’Italien a mis fin à l’euphorie belge, transformée en joie amère après les deuxième et troisième places de Van Aert et Remco Evenepoel.

Des supporters par milliers sur le bord des routes, des drapeaux belges à chaque virage, des speakers crachant les décibels… : cette première journée des championnats du monde sur route ressemblait à une renaissance pour la communauté cycliste. Cette célébration des 100 ans des Mondiaux permettait aux supporters de reprendre leur place, en masse, loin des préoccupations d’un Covid-19 qui touche pourtant toujours la population belge. La fête enivre les esprits. Et l’euphorie n’était pas si lointaine quand dès la première course lancée ce dimanche, deux favoris belges s’élancent dans une course aux médailles.

Parti lors d’une première salve de favoris au maillot arc-en-ciel, Remco Evenepoel dévoilait son ambition dès les premiers kilomètres, accrochant le meilleur temps dès le premier temps intermédiaire avant de poursuivre sur la même voie sur le deuxième pointage et l’arrivée. Le médaillé de bronze du championnat d’Europe du chrono annonçait la couleur : sur les terres belges, les coureurs du plat pays doivent se montrer à la hauteur de l’événement. « J’ai appris de ma course des championnats d’Europe et j’ai décidé de ne pas partir trop vite. Cela m’avait coûté le titre à l’Euro », explique Evenepoel, longtemps sur la chaise du leader du contre-la-montre avant de voir deux fusées le déborder en deux minutes. « J’avais décidé d’aller plus vite sur la deuxième partie, d’accélérer au fil des points intermédiaires », confirme le jeune rouleur de 21 ans, acclamé comme jamais entre Knokke-Heist et Bruges.

Evenepoel : « Comme une victoire »

L’effort d’Evenepoel était suffisant pour laisser le champion d’Europe Stefan Küng et le Danois Kasper Asgreen en deuxième rideau, sans espoir de médaille. Mais pour l’arc-en-ciel, l’espoir était limité. Car dans le final, le deuxième engagé belge Wout van Aert et le champion du monde en titre Filippo Ganna se livrait une lutte à distance qui n’augurait une décision finale que sur la ligne d’arrivée.

« Je peux être heureux avec ce que j’ai réalisé », estime après coup Evenepoel. « Je savais que je devais faire un contre-la-montre parfait, c’est ce que j’ai fait. Mais après le premier point intermédiaire, j’ai bien vu que Ganna et Van Aert étaient forts et allaient probablement me battre. J’étais stressé avant leur arrivée parce que je risquais de perdre la troisième place. Finalement, je ressens ce podium comme une victoire. Même si cela fait déjà quatre ou cinq ans que nous, coureurs belges, enchaînons des places sur le podium, il semble qu’on ne soit pas autorisé sur la première marche du podium », rigole-t-il. « J’espère que sur un parcours plus compliqué, on sera encore plus proche de la victoire. »

Surtout, le rouleur de Deceuninck-Quick Step se rassure avec une performance de choix face à de purs rouleurs. Une prestation encore meilleure qu’à Trento, dix jours plus tôt. « Je réalise encore de meilleures performances. J’ai des données de puissance encore meilleure qu’avant le Tour de Lombardie, l’an dernier (NDLR : avant sa lourde chute). Je pouvais pousser un rythme constant tout au long de la course, mais si j’avais été plus vite au début ou en fin de course, j’aurais explosé et je n’aurais plus su avancer. Je ne peux qu’être heureux et fier de terminer troisième derrière les deux meilleurs rouleurs du moment », conclut-il.

Ganna : « Pas les jambes à l’Euro »

Les deux meilleurs rouleurs du moment ne laissaient pour leur part aucun répit aux supporters. La lutte s’annonçait bien plus serrée qu’à Imola, un an plus tôt. Après le premier point intermédiaire, au bout d’une quinzaine de kilomètres d’efforts, Van Aert ne devançait Ganna que de 84 centièmes. Après 32 bornes, l’Italien repassait en tête avant de réaliser dix derniers kilomètres exceptionnellement rapides. Le tout pour s’offrir un avantage de six secondes sur son rival belge, sur la partie qui lui convenait finalement le mieux : tout plat, de longues lignes droites, un peu de vent…

Pourtant, l’Italien n’était pas aussi confiant avant de s’élancer depuis la plage de Knokke-Heist. « Je n’avais pas une forme optimale ni des bonnes jambes au championnat d’Europe », regrette le double champion du monde. « Mais j’ai essayé de rester calme et concentré pour être prêt pour aujourd’hui. J’ai de grands coureurs avec moi sur le podium, j’ai juste essayé de pousser plus fort qu’eux. Cela n’a pas été une course facile, car je ne voulais pas aller dans le rouge. Ces deux-là (NDLR : Van Aert et Evenepoel) m’ont poussé à m’améliorer et à aller très fort. Je les remercie », sourit-il.

Le sourire n’était clairement pas de mise du côté du médaillé d’argent. Filippo Ganna s’offre en effet un deuxième titre mondial consécutif malgré les contre-la-montre quasiment parfaits délivrés par Wout van Aert et Remco Evenepoel, respectivement deuxième et troisième. Mais les Belges ne pouvaient rien faire face au champion du monde le plus rapide de l’histoire (une moyenne de 54,37 km/h). Les regrets resteront toutefois, notamment quand l’histoire montre qu’il s’agit du deuxième plus mince écart entre le premier et le second dans l’histoire du championnat du monde du contre-la-montre.

Van Aert : « La médaille d’argent de trop »

Filippo Ganna s’offre ainsi son deuxième titre mondial consécutif malgré les contre-la-montre quasiment parfaits délivrés par Wout van Aert et Remco Evenepoel, respectivement deuxième et troisième. Mais les Belges ne pouvaient rien faire face au champion du monde le plus rapide de l’histoire (une moyenne de 54,37 km/h). Les regrets resteront toutefois, notamment quand l’histoire montre qu’il s’agit du deuxième plus mince écart entre le premier et le second dans l’histoire du championnat du monde du contre-la-montre. « Je me sens un peu déçu. Pas de ma performance, je suis même heureux de comment cela s’est déroulé, je n’ai pas fait de grosse erreur. J’ai juste été battu par un grand coureur et un grand spécialiste. Je dois l’accepter mais encore une fois, c’est une médaille d’argent sur un grand championnat, c’est un peu la médaille d’argent de trop », avoue Van Aert.

Le coureur belge affirme avoir « profité » des élans de la foule. « Cela m’a rappelé les grands cyclo-cross que j’ai pu disputer », clame-t-il. Mais cela ne suffit pas : « C’était dur d’aller plus vite. Je savais avant la course que cela n’allait pas être une promenade de santé. Et je ne devais pas paniquer quand j’entendais le fait que Ganna revenait. Je savais qu’après les pavés, je devais aller à fond et accélérer un peu plus sur cette partie. Finalement, j’ai pu maintenir ma vitesse mais je ne pouvais pas faire plus. Je pense que c’est là que Ganna a fait la différence. C’était serré, cela se joue sur des détails », analyse le double vice-champion du monde, qui se veut toutefois ravi du spectacle affiché sur les contre-la-montre ces derniers mois. « Les grands talents sur route et venus d’autres disciplines se décident également à se concentrer sur le contre-la-montre. C’est chouette de montrer que le cyclisme n’est pas qu’une seule discipline, et de confirmer aux jeunes qu’ils peuvent combiner leurs talents sur divers terrains ».

« Ces gars-là gagnent partout »

Ganna, pour sa part, reconnaît qu’à ses côtés, il doit faire face à de sacrés coureurs, au-delà de leurs qualités contre le chrono. « Ces gars-là gagnent des sprints, en montagne, sur les côtes… Ils gagnent partout », sourit l’Italien. « Ce sont certainement les meilleurs coureurs de ces deux ou trois dernières années. Mais je leur dis chapeau pour leur podium, je pense que tout le monde a réalisé la meilleure course possible aujourd’hui ». Il classe cette performance parmi ses plus beaux succès dans un palmarès déjà chargé. « L’an dernier, quand j’ai gagné mon premier titre mondial à Imola, cela a été une surprise dans une année bizarre avec le Covid-19. Cette année, j’avais comme objectif en début de saison de gagner un titre aux J.O. puis de confirmer au championnat du monde du contre-la-montre. Gagner ces deux objectifs, c’est fantastique pour moi. Ce succès aux Mondiaux, c’est sur le podium de mes plus belles victoires car ce n’est pas facile de confirmer ».

Malgré la déception, ces résultats confirment que l’équipe belge est en grande condition pour la course en ligne prévue une semaine plus tard entre Anvers et Louvain. Van Aert aura une nouvelle grande pancarte dans le dos, et devra cette fois gérer le tactique au-delà du physique. « Demain, je vais encore faire un long entraînement avant de prendre deux jours de repos. Jeudi, je mettrai encore l’accent sur l’explosivité. Je me sens en tout cas très bien et j’ai une très grande confiance en l’équipe belge », avoue Van Aert, qui met désormais le focus sur la course en ligne de dimanche prochain. Avec l’espoir de goûter enfin à l’or après cinq médailles d’argent sur les grands championnats en un an…

Résultats du contre-la-montre hommes des championnats du monde sur route (Knokke-Heist > Bruges, 43.3 km) :

  1. Filippo Ganna (Ita) en 47:47
  2. Wout van Aert (BEL) à 0:05
  3. Remco Evenepoel (BEL) à 0:43
  4. Kasper Asgreen (Dan) à 0:45
  5. Stefan Küng (Sui) à 1:06
  6. Tony Martin (All) à 1:17
  7. Stefan Bissegger (Sui) à 1:25
  8. Ethan Hayter (G-B) à 1:26
  9. Edoardo Affini (Ita) à 1:48
  10. Tadej Pogacar (Slo) à 1:52
  11. Maximilian Walscheid (All) à 1:53
  12. Jos van Emden (P-B) à 1:54
  13. Nelson Oliveira (Por)
  14. Rémi Cavagna (Fra) à 1:58
  15. Jan Tratnik (Slo) à 2:04
  16. Daniel Bigham (G-B) à 2:10
  17. Mikkel Bjerg (Dan) à 2:15
  18. Lawson Craddock (USA) à 2:36
  19. Ryan Gibbons (Afs) à 2:37
  20. Hugo Houle (Can) à 3:02
  21. Matteo Sobrero (Ita) à 3:05
  22. Brandon McNulty (USA) à 3:08
  23. Tom Scully (Nzl) à 3:09
  24. Michal Kwiatkowski (Pol)
  25. Carlos Rodriguez (Esp) à 3:23
  26. Andreas Leknessund (Nor) à 3:27
  27. Benjamin Thomas (Fra)
  28. Andreas Miltiadis (Chy) à 3:29
  29. Barnabas Peak (Hon) à 3:33
  30. Rafael Reis (Col) à 3:34
  31. Dmitriy Gruzdev (Kaz) à 3:58
  32. Josef Cerny (Tch) à 3:59
  33. Ryan Mullen (Irl) à 4:11
  34. Rigoberto Uran (Col) à 4:17
  35. Ognjen Ilic (Srb) à 4:18
  36. Daniil Fominykh (Kaz) à 5:02
  37. Felix Ritzinger (Aut) à 5:07
  38. Petr Rikunov (Rus) à 5:09
  39. Marcus Christie (Irl) à 5:19
  40. Mikhaylo Kononenko (Ukr) à 5:46
  41. Christofer Jurado (Pan) à 6:09
  42. Venantas Lasinis (Lit) à 6:24
  43. Muradjan Khalmuratov (Ouz) à 6:28
  44. Franklin Archibold (Pan) à 6:48
  45. Ronald Kuba (Svq) à 7:52
  46. Runar Orn Agustsson (Isl) à 8:07
  47. Nazir Jaser (Syr) à 8:19
  48. Sarawut Sirironnachai (Tha) à 8:34
  49. Spas Gyurov (Bul) à 9:11
  50. Akramjon Sunnatov (Ouz) à 10:42
  51. Fadhel Al Khater (Qat) à 10:56
  52. Ali Jawaid (Pak) à 11:05
  53. Lotfi Tchambaz (Alg) à 11:43
  54. Khalil Amjad (Pak) à 13:19
  55. Christopher Symonds (Gha) à 18:09

Photo : capture Eurosport

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