En cyclisme, la télévision compte avant tout

Entre le Tour de France et le Tour d’Italie féminin, la différence de traitement médiatique est grande. Entre le Grand Tour masculin le plus médiatique de la saison et le seul Grand Tour féminin de l’année, le direct télévisé n’a pas la même valeur.

Le cyclisme tient depuis longtemps sur une économie reposant sur la générosité de sponsors qui espèrent un retour sur investissement par la visibilité de leur logo sur les maillots des sportifs ou sur les bords des routes. Les équipes sont littéralement des noms d’entreprises (ou des pays souhaitant user d’un certain «soft power») et ces sociétés espèrent une échappée, voire mieux, une victoire, pour afficher le plus longtemps possible leur nom devant les caméras. Et en juillet, ce temps d’écran est encore plus important durant le Tour de France, la plus grande course de la saison sur le plan médiatique.

Pour les équipes au budget le plus important comme INEOS Grenadiers ou Jumbo-Visma, le maillot jaune est en tête. Pour les formations invitées, une victoire d’étape est certainement ce qui rapporte le plus, même si une échappée permet déjà de belles retombées pour les partenaires affichés sur le maillot, le cuissard, le casque… Surtout depuis quatre saisons et la décision d’ASO, organisateur du Tour, de proposer l’ensemble des étapes de la Grande Boucle en intégralité à la télévision. Du km 0 à l’arrivée, le peloton est affiché dans tous les sens, entre 4 et 6 heures par jour. Un plaisir pour les fans de la Petite reine, un travail de tous les instants pour les journalistes en direct.

Ce temps télévisé est le plus important pour ces sponsors dans une économie qui ne compte pas encore sur les droits télévisés ou sur un prize money des plus intéressants. Et c’est une réalité encore plus concrète au sein du peloton féminin, qui compte depuis quelques saisons sur des retransmissions télévisées plus importantes. La Course by le Tour de France, épreuve d’un jour imaginée par ASO en début de Tour, a ainsi été retransmise de bout en bout, mais ces courses en direct restent encore rares. Même parmi les épreuves les plus importantes de la saison.

Un direct quasiment absent en Italie

Exemple avec le Giro Donne, le Tour d’Italie féminin, seule épreuve de la saison qui propose dix étapes consécutives. Ce Grand Tour féminin se déroule comme souvent en même temps que le Tour de France, mais ne bénéficie clairement pas de la même exposition. Notamment en raison de la difficulté pour l’organisation de pousser la diffusion télévisée de sa course. C’est ce qui a d’ailleurs coûté le statut WorldTour de cette épreuve : l’Union Cycliste Internationale (UCI) oblige en effet toutes les courses du WorldTour féminin à bénéficier d’un direct en télévision. Et le Giro Donne (ex-Giro Rosa) n’a jamais proposé une telle couverture, se contentant de résumés en différé pour la Rai et Eurosport. Insuffisant pour l’UCI qui a décidé de rétrograder le Giro Donne d’une catégorie. Même si l’épreuve conserve son caractère historique et sportif qui mènent de nombreuses stars sur sa liste des partants (Anna van der Breggen, Elisa Longo Borghini, Lizzie Deignan, Demi Vollering sont notamment présentes).

Cette année, le Tour d’Italie féminin, qui n’est pas organisé par RCS Sport (organisateur du Giro) mais par une société indépendante, propose enfin un direct télévisé de ses étapes. Il a fallu attendre la semaine précédant la course pour découvrir que ce direct était bien confirmé sur les réseaux sociaux de l’épreuve ainsi que sur Eurosport, mais… pour les 15 derniers kilomètres de chaque étape. Aucun autre détail n’a été donné, ce qui apporte encore plus de confusion sur ce direct limité : quid si les coureuses vont plus vite que l’horaire estimé ? Quelle différence entre 15 km dans la plaine ou en montagne ? À l’heure d’écrire ces lignes, le direct a concerné les 30 à 45 dernières minutes de chaque étape. Ce qui reste limité pour ce qui est considéré comme le seul Grand Tour féminin de l’année.

Cette différence de traitement médiatique se fait également ressentir dans les médias, même spécialisés. Le Tour de France prend logiquement une large couverture lorsque chaque image de l’étape peut être analysée, disséquée, partagée. Pendant que sur le Giro Donne, il faut attendre les images du final, sur des canaux limités, pour prétendre à une analyse de la course. Au grand dam des coureuses qui attendront les prochains Jeux Olympiques à Tokyo pour profiter d’une couverture sportive bien plus importante. Ou se mettre à d’autres disciplines, comme le VTT ou le cyclo-cross, où hommes et femmes bénéficient d’une même diffusion. Là est toute la différence par rapport au cyclisme sur route.

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Photo : ASO/Aurélien Vialatte

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