Tour des Flandres – Hommes : Asgreen, le plus vaillant de la meute, a tout fait pour son plus beau succès

Le Ronde dévoile au fil des saisons des surprises dont il a le secret. Difficile d’envisager une victoire sereine en évitant les bousculades, les chutes, les règlements sévères et les contres adverses jusqu’à Audenarde. Quand Julian Alaphilippe, Mathieu Van der Poel et Wout van Aert se sont retrouvés en tête de la grand-messe flandrienne à près de 40 kilomètres de l’arrivée, la course semblait entendue. Mais une heure plus tard, le drapeau du Danemark flottait à Audenarde : Kasper Asgreen (Deceuninck-Quick Step) a mis en lumière la force collective du Wolfpack et ses propres qualités physiques, après un sprint victorieux sur Van der Poel.

Le Wolfpack entre tôt en action

Six heures de course sur des routes étroites, avec la pression grimpant au fil des ascensions, cela demande une sacrée dose de mental. Au-delà des qualités physiques nécessaires à l’approche du final de ce deuxième monument de l’année, il faut savoir conserver son sang-froid sur une course qui représente le Graal pour de nombreux coureurs flamands. Cela se ressentait dès le départ, avec une bagarre entre Yevgeni Fedorov (Astana-Premier Tech) et Otto Vergaerde (Alpecin_Fenix), visible devant les caméras. Ces gestes antisportifs menaient à la disqualification des deux hommes. Un équipier en moins pour Mathieu Van der Poel…

Malgré cet incident après moins de 15 kilomètres de course, le Tour des Flandres se transformait en étape de Tour de France. Avec une offensive de huit coureurs prenant jusqu’à douze minutes d’avance et un peloton contrôlant aisément. Et une équipe Deceuninck-Quick Step qui tardait à se montrer aux avant-postes, avant l’approche du Molenberg, sur lequel le «Wolfpack» testait une première offensive avec Kasper Asgreen, Florian Sénéchal, Yves Lampaert et Julian Alaphilippe. Cet avertissement n’entraînait pas de perturbations dans le peloton, et permettait à l’équipe belge de remettre l’église au milieu du village en une côte : oui, la Deceuninck-Quick Step est prête à rejouer la carte collective sur ce Ronde.

Van Aert et Van der Poel isolés

Tous les leaders étaient bien présents à l’approche de la dernière boucle autour du Vieux Quaremont, pour les 50 derniers kilomètres d’une épreuve jusqu’ici marquée par les décisions des commissaires et les chutes (avec notamment les abandons d’Oscar Riesebeek et de Silvan Dillier à près de 60 bornes du but). Mais sur la deuxième ascension du Vieux Quaremont, les pavés donnaient des idées aux Deceuninck-Quick Step, avec Florian Sénéchal et Kasper Asgreen à l’initiative d’une nouvelle offensive qui permettait à une vingtaine de favoris de se replacer. Puis Julian Alaphilippe filait après le Paterberg pour se placer en tête à l’aube du Koppenberg. Puis Florian Sénéchal repassait au côté du champion du monde pour faire le surnombre.

Bref, à chaque offensive, les coureurs de Deceuninck-Quick Step mettaient la pression, alors que Mathieu Van der Poel faisait la meilleure impression sur les côtes abruptes, avec toujours Wout van Aert et… Kasper Asgreen dans la roue. «Le plan était de suivre toutes les attaques après le deuxième passage du Vieux Quaremont», confirme le champion danois. Et cela a permis d’isoler Van der Poel et Van Aert, désormais sans équipier dans ces 50 derniers kilomètres. Alors que le «Wolfpack» annonçait encore trois coureurs en tête.

Asgreen sous son meilleur jour

Et le plus fort de ces hommes en bleu était bien en rouge ce dimanche. Pendant qu’Alaphilippe enchaînait les offensives, Asgreen était toujours dans les roues de Van der Poel et Van Aert. «À chaque fois, Asgreen pouvait suivre mes accélérations. On a donc compris assez vite qu’on allait chacun avoir besoin de l’un et de l’autre», confie à la VRT Mathieu Van der Poel. Les Deceuninck-Quick Step se retrouvaient à deux face à Van der Poel et Van Aert, annonçant une bataille rangée à l’approche du dernier enchaînement du Vieux Quaremont et du Paterberg.

La course se décidait donc sur ces pavés. Dans le final du Vieux Quaremont, alors que l’acide lactique est à son paroxysme sur le faux-plat bosselé au sommet, Van der Poel décidait de faire parler sa puissance. Et seul Asgreen parvenait encore à suivre le rythme du champion des Pays-Bas, pendant que Van Aert confirmait ses sensations passées : «Je sentais dans cette deuxième montée du Vieux Quaremont que je n’avais plus d’énergie à remettre. À la fin, je n’étais tout simplement plus assez bon. J’ai continué à me battre, mais à la fin, j’étais cuit. Je voulais que ça finisse le plus vite possible. Même dans le Paterberg, j’ai pioché», explique le leader belge de la Jumbo-Visma, visiblement déçu de sa prestation du jour.

Le sprint inattendu

Van der Poel et Asgreen sortaient du Paterberg ensemble, et s’élançaient sur la longue chaussée menant à Audenarde sans un doute. Chacun se relayait, sans espérer le retour des autres favoris. «J’avais décidé d’avoir confiance en mon sprint, et de relayer jusqu’au bout», explique Kasper Asgreen, pourtant annoncé comme le moins intrinsèquement rapide du duo de tête. «Il a toujours mis un point d’honneur à rouler à deux jusqu’à l’arrivée. C’est quelqu’un qui ose la course, qui ose aller au duel, et j’apprécie cela», salue Van der Poel. Pas question pour le champion danois d’attendre le groupe de poursuivants où se trouvait son équipier Florian Sénéchal, l’un des coureurs les plus rapides à l’arrière.

«J’ai laissé Mathieu devant dans le dernier kilomètre, et vu qu’il y avait encore plus de 30 secondes d’avance, j’ai décidé de rester dans la roue, pour décider quand je voulais lancer le sprint», raconte Asgreen. Dans un remake du sprint entre Van der Poel et Van Aert en octobre 2020, les deux hommes de tête lançaient leur ultime effort à près de 250 mètres de la ligne. Asgreen avec deux dents de plus que Van der Poel, et cela se ressentait. À 100 mètres, le champion des Pays-Bas, se balançant violemment de gauche à droite, montrait des signes de faiblesse, avant de laisser totalement tomber ce sprint final.

«C’était une course très, très dure. Nous étions tous les deux à la limite, et c’était finalement une question de détails dans le final», se réjouit Asgreen, vainqueur explosif de ce Tour des Flandres, neuf jours après sa victoire de prestige sur l’E3. «Asgreen était juste le plus fort. Un sprint après 260 kilomètres n’est pas le même qu’un sprint après 200 kilomètres. J’étais à ma limite», confirme Van der Poel, déçu de cette deuxième place, même si «je n’en veux pas à Asgreen, il mérite cette victoire».

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Les Belges attendront encore

Le champion du Danemark offre ainsi un 11e Tour des Flandres à l’équipe de Patrick Lefevere en près de deux décennies. Et une première victoire danoise sur le Ronde depuis Rolf Sörensen, vingt-quatre ans plus tôt. «Rolf m’avait appelé après ma victoire à Harelbeke, et je lui avais demandé quelques bons conseils pour le Tour des Flandres», sourit Asgreen derrière son masque. «Un grand merci à lui, mais aussi à mes équipiers, et à Tom (Steels) et Wilfried (Peeters) dans la voiture. On connaissait chaque mètre de la course grâce à eux», lance encore le vainqueur du jour.

Le succès est donc danois ce dimanche, au grand dam du peloton belge, une nouvelle fois vaincu par plus fort sur ces routes flandriennes. Derrière Asgreen et Van der Poel, le champion olympique Greg Van Avermaet (Ag2r Citroën Team) allait signer le troisième podium de sa carrière sur le Ronde devant Jasper Stuyven (Trek-Segafredo). Alors que Wout Van Aert terminait sixième parmi les poursuivants. «C’était mon principal objectif du printemps. C’est pour cela que j’étais venu ici. J’espérais avoir de meilleures sensations», s’attriste Van Aert, qui espérera mieux sur la Flèche Brabançonne et l’Amstel Gold Race, ses deux dernières courses du printemps. Il devra attendre un an de plus pour jouer la victoire à Audenarde, et ainsi espérer à succéder à Philippe Gilbert, dernier vainqueur local, en 2017.

Résultats de la 105e édition du Tour des Flandres (Anvers > Audenarde, 254.3 km) :

  1. Kasper Asgreen (Dan, Deceuninck-Quick Step) en 6h02:12
  2. Mathieu Van der Poel (P-B, Alpecin-Fenix)
  3. Greg Van Avermaet (Bel, Ag2r Citroën Team) à 0:32
  4. Jasper Stuyven (Bel, Trek-Segafredo) à 0:33
  5. Sep Vanmarcke (Bel, Israel Start-up Nation) à 0:47
  6. Wout van Aert (Bel, Team Jumbo-Visma)
  7. Gianni Vermeersch (Bel, Alpecin-Fenix)
  8. Anthony Turgis (Fra, Total Direct Énergie)
  9. Florian Sénéchal (Fra, Deceuninck-Quick Step)
  10. Dylan van Baarle (P-B, INEOS Grenadiers)

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Photo : capture VRT/Sporza

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