Gand-Wevelgem – Hommes : Van Aert triomphe enfin en Belgique

Piégé par une crevaison et un manque d’énergie dans le final sur l’E3, deux jours plus tôt, Wout van Aert (Jumbo-Visma) a récupéré du jus et surtout un équipier précieux sur les routes de Gand-Wevelgem pour y arracher son tout premier succès WorldTour sur le sol belge.

Accompagner le vent

Avec plus de 250 kilomètres à avaler sur les routes de Flandre Occidentale, un jour de grands vents (jusqu’à 60 km/h sur les plateaux de la Côte belge), la journée s’annonçait corsée sur cette classique qui n’est plus seulement un championnat du monde officieux des sprinters. Les longues traversées sur les routes dégagées du «far ouest» belge et les côtes et chemins de pierre du Heuvelland provoquent bien souvent des cassures qui éliminent bon nombre de coureurs rapides en vue de l’arrivée à Wevelgem.

Cela s’est confirmé après moins de cent kilomètres sur cette édition 2021 partie à toute allure. Avant même le passage dans les «Moeren», cette ligne droite venteuse qui provoque obligatoirement des bordures dans un peloton toujours en quête de réserve d’énergie, des premières cassures apparaissaient dans le peloton à près de 180 (!) kilomètres du but sous l’impulsion des coureurs de la BikeExchange, à quatre en tête, avec les meilleurs sprinters du peloton : Sam Bennett était le seul représentant de la Deceuninck-Quick Step dans le groupe de tête, avec Michael Matthews (Team BikeExchange), Giacomo Nizzolo (Team Qhubeka ASSOS), Matteo Trentin (UAE Team Emirates), Sonny Colbrelli (Bahrain Victorious), Timothy Dupont (Bingoal-Pauwels Sauces-Wallonie Bruxelles) et surtout Wout van Aert (Jumbo-Visma), cette fois accompagné de son équipier et compatriote Nathan Van Hooydonck.

Van Aert dit merci à Van Hooydonck

Avec tant de leaders en tête, peu d’équipes trouvaient encore l’énergie de poursuivre ce premier peloton. L’entente n’était en tout cas pas cordiale entre les Alpecin-Fenix désireux de rentrer faute d’avoir pu placer Tim Merlier ou Jasper Philipsen en pole, ou les Ag2r Citroën Team, qui n’ont même pas pu confirmer leur beau collectif de l’E3. Même les Deceuninck-Quick Ste tentent maladroitement quelques contres, visiblement incertains de la capacité de Sam Bennett à tenir la roue des Flandriens dans les juges de paix de Gand-Wevelgem.

Deux coureurs gardaient le sourire en tête, du moins le pouvaient-ils face aux efforts intenses enchaînés sur ces routes venteuses : Matthews, encore avec trois équipiers à l’aube des principales côtes du jour autour du Mont Kemmel, et Van Aert, toujours bien calé avec Van Hooydonck dans le peloton de tête. «Nous avons bien travaillé ensemble, nous avons contrôlé la course en permanence. Et dans la zone des bergs, nous avons délibérément attendu le plus longtemps possible pour rendre la course difficile, afin de faire passer le plus de monde possible. Et cela a payé», rapporte Wout van Aert, qui se permettait de conserver Van Hooydonck à ses côtés jusqu’à la sortie du dernier passage du Mont Kemmel, alors que tous ses adversaires se retrouvaient isolés.

«Personnellement, j’avais plus confiance en mon sprint mais également en Nathan. Il est très fort. Et je l’ai encouragé à tenter de passer le Kemmel avec le premier groupe, car j’en avais encore besoin», confie Van Aert au micro de la VRT. Car tenter un coup en solitaire à plus de 30 kilomètres de l’arrivée, ou risquer de jouer la carte des derniers sprinters restants dans ce final, cela n’intéressait pas Van Aert, clairement décidé à jouer la carte de la décision au sprint, avec Matthews, Trentin, Nizzolo, Colbrelli, Küng et… Bennett ?

Le revers du Wolfpack

S’il avait réussi à franchir le Mont Kemmel avec les meilleurs, Sam Bennett montrait des signes de faiblesse dans les ultimes lignes droites vers l’arrivée. L’Irlandais était même contraint de vomir devant les caméras, à près de 25 kilomètres du but. Et huit kilomètres plus loin, les jambes vides, il devait laisser filer le groupe de tête mené par Van Hooydonck. «C’est ma faute. Je voulais tellement avoir de l’énergie pour la finale que j’ai trop mangé. Je suis allé si loin dans la dernière montée du Kemmel que ma nourriture est restée sur mon estomac. Et ça a dû sortir… Je n’avais plus d’énergie et j’ai explosé», explique Bennett à la VRT.

https://twitter.com/sporza_koers/status/1376161916700274690

Et sans autre équipier pour l’épauler ou le suppléer dans ce premier groupe, l’Irlandais ne pouvait que céder le témoin à Yves Lampaert et Zdenek Stybar, derniers rescapés du Wolfpack dans le peloton de poursuivants. «Nous voulions créer la première bordure en début de course, mais nous nous sommes laissés surprendre. Ensuite, cela a été une poursuite sans fin», confirme Lampaert, amer, deux jours après le succès collectif retentissant de la Deceuninck-Quick Step sur l’E3. «On ne peut pas être en colère contre Bennett. C’est déjà bien qu’il ait tenu avec ce groupe, il a tout donné. C’est dommage que je n’ai pas pu aller chercher un autre résultat, car sur le Kemmel, j’étais à chaque fois parmi les meilleurs», regrette encore Lampaert au micro de la VRT.

Van Aert : «Enfin ma première classique flamande»

À l’avant, les attaques étaient timides et quasiment absentes du final. Il faut dire que les hommes de tête ont dû enchaîner près de 180 kilomètres à toute vitesse, sans pause. Van Hooydonck protégeait parfaitement Van Aert dans le final et emmenait le groupe de sprinters vers un emballage final. «Je ne m’attendais pas à ce qu’on roule comme ça jusqu’à l’arrivée, mais l’écart n’a fait que croître», confirme le jeune coureur belge, arrivé chez Jumbo-Visma cette saison. «J’ai dit à Wout que je ne me sentais plus forcément très bien dans le final, mais j’en ensuite vu Küng partir, et j’ai roulé aussi vite que je pouvais. Finalement, je me suis rendu compte que je pouvais encore en donner un peu», se réjouit Van Hooydonck au micro de la VRT.

Ce retour sur Küng permettait à Van Aert de préparer en toute confiance son sprint face à des adversaires également usés par cette journée dans le vent. «J’avais encore beaucoup de confiance dans ma pointe de vitesse. Après une course comme celle-ci, c’est un sprint équitable de toute façon. Tout s’est déroulé parfaitement, finalement, et j’ai pu gagner», se réjouit Van Aert, qui s’offre ainsi un premier succès sur une course WorldTour en Belgique, et surtout un premier succès sur une classique flandrienne d’envergure. «J’ai déjà gagné de belles courses, mais sur les courses flamandes, j’ai souvent manqué le coche. J’attendais cela avec impatience, je suis très heureux».

https://twitter.com/sporza_koers/status/1376172132460339204

Van Aert reprend ainsi une bonne dose de confiance à une semaine du Tour des Flandres, sur une épreuve éreintante. «J’attends avec impatience le Ronde désormais. Je vais certainement ajouter une séance d’entraînement plus longue, afin de garder le moteur en bonne forme et être à 100% frais pour le départ», confie le coureur belge, qui fera l’impasse sur À Travers la Flandre, mercredi. Au contraire de ses rivaux directs Mathieu Van der Poel et Julian Alaphilippe.

Le coronavirus perturbe encore la course

D’autres favoris manquaient sur cette nouvelle édition de Gand-Wevelgem. En raison d’un cas positif au Covid-19 révélé ce samedi, l’équipe Trek-Segafredo de Jasper Stuyven et Mads Pedersen n’a pu prendre le départ de la classique flandrienne. De même pour l’équipe Bora-Hansgrohe de Nils Pollitt et Pascal Ackermann, qui a été contrainte de laisser filer le peloton en raison d’une quarantaine de sept jours que la formation allemande devait réaliser selon le médecin Covid-19 de l’épreuve. La Bora-Hansgrohe a contesté cette quarantaine demandée, mais n’a pu espérer un départ tardif malgré toute sa bonne volonté.

Ces deux forfaits contraints confirment que le Covid-19 a toujours bien des conséquences sur le peloton actuel, et que des favoris peuvent se retrouver sur le bas-côté en raison de problèmes externes. Les bulles sont particulièrement sévères dans le monde cycliste et les coureurs sont testés jusqu’à cinq fois par semaine. Cela donne des résultats, au vu de des cas positifs révélés et des quarantaines demandées, au grand dam des objectifs sportifs de certains leaders qui ne peuvent prester à cause de comportements extérieurs. D’où l’importance pour toutes les équipes de limiter au maximum les contacts entre les courses. Cela demande donc encore des efforts supplémentaires…

Résultats de la 83e édition masculine de Gand-Wevelgem (Ypres > Wevelgem, 247.5 km) :

  1. Wout van Aert (Bel, Team Jumbo-Visma)
  2. Giacomo Nizzolo (Ita, Team Qhubeka ASSOS)
  3. Matteo Trentin (Ita, UAE Team Emirates)
  4. Sonny Colbrelli (Ita, Bahrain Victorious)
  5. Michael Matthews (Aus, Team BikeExchange)
  6. Stefan Küng (Sui, Groupama-FDJ)
  7. Nathan Van Hooydonck (Bel, Team Jumbo-Visma)
  8. Dylan van Baarle (P-B, INEOS Grenadiers)
  9. Anthony Turgis (Fra, Total Direct Énergie)
  10. Gianni Vermeersch (Bel, Alpecin-Fenix)

Cliquez ici pour découvrir les résultats complets de Gand-Wevelgem

Photo de couverture : capture VRT/Sporza

Pin It on Pinterest