Milan-Sanremo 2021 : notre présentation complète de la 112e édition

L’atmosphère printanière qui embaume les rues de Sanremo en cette ouverture de la saison des classiques sera amère, cette année. Alors que l’Europe revient à des mesures sanitaires drastiques pour éviter l’émergence d’une troisième vague de contaminations au Covid-19, le peloton poursuit sa route tant bien que mal. Les supporters ne seront pas sur le bord de la route, le spectacle sera tout de même de la partie avec un peloton de puncheurs et de sprinters désireux de s’offrir la plus longue et indécise des classiques de l’année, Milan-Sanremo.

Le parcours

Moins de neuf mois après la dernière édition… estivale de Milan-Sanremo, les chasseurs de classiques reviennent au nord de l’Italie pour 300 kilomètres de stress jusqu’à la Via Roma. La Classicissima reste la plus indécise des classiques historiques du calendrier, se décidant la plupart du temps dans ses dix derniers kilomètres, du moins si les éléments naturels ne viennent pas perturber le peloton (souvenez-vous de la neige de 2013…).

Cette 112e édition sera presque classique de bout en bout. Les coureurs n’éviteront pas une grande partie de la côte ligurienne comme l’an dernier, mais y reviendront via un autre chemin. Le Passo del Turchino, col qui annonce l’arrivée des coureurs au bord de la Méditerranée, est inaccessible en raison d’éboulements et de coulées de boue. L’organisation a donc dévié le peloton via le colle di Giovo, un long col de près de 6 kilomètres à moins de 3% de moyenne. Pas de quoi user les sprinters, même à 130 bornes du but. Et surtout pas avec le vent de dos qui s’annonce tout au long de ces 300 kilomètres vers Sanremo.

Les principales côtes seront comme d’habitude prévues dans les soixante derniers kilomètres avec les montées des Capi (Mele, Cervo et Berta), suivies de l’ascension de la Cipressa, premier juge de paix de Milan-Sanremo. Sa montée régulière peut permettre à des attaquants de tenter l’audace à l’approche de l’arrivée. Les favoris seront pour leur part attendus sur les pentes du Poggio, une ascension pas forcément raide, mais assez usante dans un tel final pour aiguiser l’appétit des coureurs ayant encore une cartouche dans les cuisses. Il faut jauger ses efforts au mieux pour ne pas bloquer sous le flux des lactates à l’approche de la cabine téléphonique amorçant la descente vers Sanremo.

La descente sera toujours aussi sinueuse et technique jusqu’à la Via Roma, qui accueillera bien l’arrivée de cette 112e édition malgré les craintes des autorités locales d’accueillir une telle course au centre de la cité des mimosas, alors qu’il est demandé d’éviter les rassemblements pour faire barrage au Covid-19. L’arrivée se fera donc sans public, mais le spectacle sportif devrait bien être au rendez-vous devant les caméras de la RAI, qui filmeront pour la première fois l’intégralité de Milan-Sanremo.

Départ fictif : 9h40 devant le Castello Sforzesco à Milan

Départ réel : 10h00 sur la via della Chiesa Rossa, après 7,6 km en défilé

Distance : 299 kilomètres

Difficultés :
Km 172,8 : Colle del Giovo (5 km à 2,8% de moyenne)
Km 247,5 : Capo Mele (1,9 km à 4,2%)
Km 252,4 : Capo Cervo (1,9 km à 2,8%)
Km 260,2 : Capo Berta (1,8 km à 6,7%)
Km 277,4 : Cipressa (5,6 km à 4,1%)
Km 293,5 : Poggio di Sanremo (3,7 km à 3,7%)

Arrivée : vers 16h45

Les cartes et profils de la 112e édition de Milan-Sanremo :

Milan-Sanremo 2021 - Profil Milan-Sanremo 2021 - Carte générale Milan-Sanremo 2021 - Profil des 30 derniers kilomètres Milan-Sanremo 2021 - Profil Cipressa Milan-Sanremo 2021 - Profil du Poggio Milan-Sanremo 2021 - Profil des derniers kilomètres

Les favoris

Ils font la couverture des médias sportifs depuis deux semaines. Ils enchaînent les victoires, l’un après l’autre, ne cessant d’impressionner journalistes et observateurs du peloton. Ce sont bien évidemment le «Big Three», ces trois coureurs qui semblent taillés pour remporter toutes les classiques. Un Belge, un Néerlandais et un Français : Wout van Aert (Jumbo-Visma), Mathieu Van der Poel (Alpecin-Fenix) et Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step). Ils ont tous les trois déjà levé les bras cette saison, et ne comptent pas s’arrêter sur cette voie. Parmi ces trois gladiateurs, Van der Poel apparaît comme le mieux coté quant à son historique de victoires en 2020.

Vainqueur explosif sur le Strade Bianche, voici deux semaines, il a mis son endurance à l’épreuve sur la 5e étape de Tirreno-Adriatico, sur les «Muri» des Marches, s’imposant de justesse face à Tadej Pogacar (absent ce samedi). Le champion des Pays-Bas a puisé dans ses réserves, mais a également géré ses efforts durant le reste de ce Tirreno-Adriatico, récupérant au mieux sur les étapes suivantes. Concernant sa condition, pas de stress, donc. Mais Milan-Sanremo convient-il vraiment à ses qualités d’attaquant ? «Pendant les 150 premiers kilomètres, il faut veiller à ne pas s’endormir. Ce n’est pas mon type de course. C’est vraiment fermé, il n’y a pas beaucoup d’endroits pour forcer la course», confirme le leader d’Alpecin-Fenix. «Et le Poggio, c’est difficile d’y faire un gros écart. Après 300 kilomètres, celui qui s’impose au sprint est le plus fort du jour». Voilà qui est clair.

Foto Gian Mattia D'Alberto - LaPresse 14 Marzo 2021 Castelfidardo (Italia) Sport Ciclismo Tirreno-Adriatico Eolo 2021 Tappa 5 Castellalto - Castelfidardo 205 km Nella foto: VAN DER POEL Mathieu (NED)(ALPECIN-FENIX), vincitore di tappa Photo Gian Mattia D'Alberto - LaPresse March, 14 2021 Castelfidardo (Italy) Sport Cycling Tirreno-Adriatico Eolo 2021 Stage 5 Castellalto - Castelfidardo 205 km In the pic: VAN DER POEL Mathieu (NED)(ALPECIN-FENIX), stage winner

Et quand on en pense au sprint, on songe directement à Wout van Aert. Vainqueur de la dernière édition de Milan-Sanremo en dominant Julian Alaphilippe dans un exercice à deux, le coureur belge a confirmé sur Tirreno-Adriatico que sa condition allait grandissante. Un sprint massif et un contre-la-montre dans la poche, il a également tenu la dragée haute à Pogacar dans le col de Prati di Tivo et le lendemain, dans les Marches. «Si je peux suivre Mathieu ou Julian, j’aurai ma chance», confirme Van Aert, qui ne s’attend pas à voir ses adversaires attaquer de loin sur une telle course. «Mathieu et moi sommes tous les deux taillés pour cette course. La Cipressa et le Poggio, ce sont des efforts d’une dizaine de minutes qui nous conviennent à tous les deux. Et on a vu que sur un sprint, on est aussi tous les deux très bons». Les deux hommes seront évidemment les plus surveillés vu leur expérience.

Le champion du monde Julian Alaphilippe ne dit pas autre chose. Le coureur français, vainqueur d’étape sur Tirreno-Adriatico, est apparu moins fringuant sur les derniers jours de la Course des Deux Mers, mais a surtout semblé forcer la récupération à l’aube d’un printemps qui s’annonce bien rempli jusqu’à Liège-Bastogne-Liège. «Cette année, je fais partie des favoris, oui, mais les ultra favoris ce sont Van der Poel et Van Aert. C’est sûr que dans un grand jour, je peux peser sur la course, mais vu leurs prestations à Tirreno-Adriatico, ce sont eux les favoris», annonce d’emblée Alaphilippe en conférence de presse. S’il est un spécialiste de la Classicissima (3e en 2017, vainqueur en 2019, 2e en 2020), le Français préfère donc éviter la pression. Il bénéficiera toutefois de l’équipe la plus complète pour les classiques, avec en prime un statut de co-leader avec ses équipiers Sam Bennett, capable au vu de ses prestations sur Paris-Nice de jouer la gagner au sprint sur la Via Roma, et Davide Ballerini, sprinter qui peut aisément franchir les bosses et qui a franchi un nouveau cap avec sa récente victoire sur le Circuit Het Nieuwsblad. Cela fait deux atouts de plus dans la main du «Wolfpack» face à Van Aert et Van der Poel, leaders uniques dans leur équipe.

Et derrière ? Bien entendu, les trois cités plus haut ne sont pas seuls face au reste du peloton. Bon nombre de sprinters et puncheurs s’annoncent encore sur la liste des favoris et outsiders sur un parcours aussi incertain. Parmi les sprinters qui ont les qualités pour franchir le Poggio parmi les meilleurs, l’Australien Michael Matthews (Team BikeExchange), troisième l’an dernier, apparaît comme la carte à jouer en cas de sprint sur la Via Roma. Également sorti en forme de Paris-Nice avec deux deuxièmes places dans la besace, le Français Christophe Laporte (Cofidis) se place dans la liste des potentiels lauréats, et semble détrôner son équipier italien Elia Viviani sur le trône de leader de l’équipe nordiste. Et s’il n’a pu se mettre en évidence sur Tirreno-Adriatico (si ce n’est en deuxième place derrière Wout van Aert sur l’étape d’ouverture), l’Australien Caleb Ewan (Lotto-Soudal) reste à surveiller. Il peut en outre compter sur sa position effacée face à son équipier Philippe Gilbert, toujours à la conquête d’un cinquième monument et visiblement en condition, malgré une explosivité moins impressionnante que par le passé.

Ancien vainqueur de l’épreuve, le champion de France Arnaud Démare (Groupama-FDJ) ne semble pas au meilleur de sa forme, avec juste une deuxième place sur l’étape d’ouverture de Paris-Nice. Il reste toutefois un concurrent pour un sprint massif à Sanremo. De même pour son compatriote Nacer Bouhanni (Arkéa-Samsic), en forme ascendante depuis le début de la saison et malgré un palmarès encore vierge cette saison. Du côté des Italiens, le champion d’Europe Giacomo Nizzolo (Team Qhubeka ASSOS) a également sa chance à jouer, même si ses prestations sur Tirreno-Adriatico n’ont pas été convaincantes. Son prédécesseur au titre continental Matteo Trentin (UAE Team Emirates) peut également jouer la gagne à Sanremo grâce à son explosivité et sa pointe de vitesse dans un petit groupe. Sinon, il pourra compter, au sprint, sur son équipier norvégien Alexander Kristoff.

Puis, il y a les puncheurs qui espèrent profiter de la Cipressa ou du Poggio pour surprendre le peloton. L’Allemand Maximilian Schachmann (Bora-Hansgrohe), vainqueur surprise de Paris-Nice, a ce qu’il faut pour briller sur ces routes vallonnées, tout comme l’ancien vainqueur de la Classicissima Michal Kwiatkowski (INEOS Grenadiers), qui affirme s’être remis de ses blessures du Strade Bianche. Chez Ag2r Citroën Team, on pourra compter sur la pointe de vitesse d’Andrea Vendrame, mais également sur le caractère offensif des deux leaders belges, Greg Van Avermaet et Oliver Naesen. L’équipe DSM espère aussi surprendre avec le grimpeur français Romain Bardet, descendeur aguerri, ou le rouleur danois Søren Kragh Andersen, puissant puncheur. Enfin, notons également les noms de l’ancien vainqueur Vincenzo Nibali (Trek-Segafredo), dernier vainqueur en solitaire sur la Via Roma, voici trois ans, et de Magnus Cort Nielsen (EF Education-Nippo), vainqueur de la dernière étape de Paris-Nice.

La liste des partants : cliquez ici pour découvrir la liste des partants

Palmarès :
2011 Matthew Goss (Aus)
2012 Simon Gerrans (Aus)
2013 Gerald Ciolek (All)
2014 Alexander Kristoff (Nor)
2015 John Degenkolb (All)
2016 Arnaud Démare (Fra)
2017 Michal Kwiatkowski (Pol)
2018 Vincenzo Nibali (Ita)
2019 Julian Alaphilippe (Fra)
2020 Wout van Aert (BEL)

La météo

Le ciel sera dégagé avec des éclaircies dès le départ et des températures variant entre 10 et 12°C au fil de la journée. Le vent soufflera de nord à nord-est entre 5 et 15 km/h puis entre 18 et 25 km/h sur la côte ligurienne. Le vent sera donc majoritairement dans le dos des coureurs tout au long de la journée.

Les directs TV

  • En direct dès 9h30 sur Tipik, puis dès 14h30 sur La Une, et dès 9h30 sur RTBF Auvio, avec Rodrigo Beenkens et Cyril Saugrain aux commentaires
  • En direct dès 13h35 sur VTM, avec Jan Suykens et Thijs Zonneveld aux commentaires
  • En direct dès 9h30 sur Eurosport Player et GCN Race Pass
  • En direct dès 14h00 sur Rai 2, avec Francesco Pancani et Alessandro Ballan aux commentaires

Graphiques : RCS Sport/OpenStreetMaps – Photo de couverture : RCS Sport – Photo de Mathieu Van der Poel : RCS Sport/La Presse/Gian Mattia D’Alberto

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