Remco Evenepoel apprend la patience : « L’objectif reste le Tour d’Italie »

À peine trois mois après sa lourde chute dans un ravin du Tour de Lombardie, Remco Evenepoel (Deceuninck-Quick Step) était déjà en selle pour retrouver ses sensations d’antan. Pourtant, lors du second stage de son équipe à Calpe, la pépite belge a annoncé sa décision de calmer sa reprise, sans course en vue. Une nécessité vu les conséquences de sa chute. Pour une fois, le Brabançon de 20 ans doit être patient.

Comme la plupart des équipes cyclistes en ce début de saison, Deceuninck-Quick Step proposait sa présentation annuelle via une plateforme virtuelle. En raison de la crise sanitaire du Covid-19, les interviews en face à face sont proscrits, et les conférences de presse par webcams interposées sont devenues la norme. Depuis leur habituel lieu de villégiature en Espagne, du côté de Calpe, l’équipe Deceuninck-Quick Step prévoyait une après-midi entière pour évoquer avec tous les coureurs présents les objectifs de 2021. Car dans un effectif aussi dense, chacun a son mot à dire, et son objectif à évoquer.

« Cela prendra plus de temps »

Dans le premier groupe proposé aux questions des journalistes, Remco Evenepoel se présentait avec son habituel sourire. L’annonce prononcée n’avait pourtant rien de réjouissante. « Je viens avec une nouvelle qui va surprendre. Il y a eu quelques problèmes avec ma rééducation. Je ne suis pas médecin donc je ne connais pas les termes appropriés. Mais dans la région de mes précédentes fractures, je ressens encore de la douleur. Rester sur la selle sur de longues périodes me fait mal. Cela prendra donc plus de temps avant d’être de retour à 100% sur le vélo », lâchait-il face à son assemblée virtuelle. Sa chute impressionnante dans un ravin de la descente du Mur de Sormano, sur le dernier Tour de Lombardie, n’était pas anodine, et le coureur belge le confirme.

Alors qu’il avait habitué ses supporters et la presse à des vidéos et autres annonces sur les réseaux sociaux d’un rétablissement plus rapide que prévu, Remco Evenepoel doit désormais ronger son frein. Il a cette fois attendu pour prévenir de ce retard dans sa reprise, en maître de la communication qu’il est. Pas question pour le coureur de 20 ans de subir la suite de sa saison : il souhaite gérer au mieux son avenir, quitte à apprendre la patience. Car pour Evenepoel, il s’agit d’un premier coup d’arrêt important dans sa jeune carrière, entamée à 100 km/h, avec un enchaînement de victoires quasiment unique dans l’histoire moderne. Ses succès sur le Tour de San Juan, le Tour d’Algarve, le Tour de Burgos et le Tour de Pologne, l’an dernier, en avaient fait un surhomme. Il souhaite aujourd’hui calmer le jeu pour reprendre sa carrière au firmament, sans se précipiter. Ce n’est pas une habitude, mais cela semble être la juste décision.

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« Pas en retard sur mon plan »

S’il souffre encore sur la selle, Remco Evenepoel n’arrête pas pour autant les efforts. « Je continue à faire du cardio, avec de la course à pied ou de la natation », explique-t-il. « Pour l’instant, je ne m’entraîne pas avec mes équipiers, je suis un programme individuel ». Malgré ce retard, le coureur belge ne panique pas, et envisage simplement une reprise plus tardive, loin de ses anciennes ambitions de retrouver un dossard sur le Tour de Valence, début février. « Je ne suis pas vraiment en retard sur mon plan, car je savais que je ne serais pas à 100% dès le mois de février », rappelle-t-il.

Dans un entretien accordé au quotidien Het Nieuwsblad, pour une opération marketing autour de sa ligne de vêtements (toujours la maîtrise de sa communication…), Remco Evenepoel a donné des détails sur le moment qui l’a décidé à prendre du recul. « Voici cinq semaines, j’étais encore sur le vélo lors d’un stage à Calpe », raconte-t-il. « Ce n’était que près de trois mois après ma chute. J’avais reçu le feu vert pour reprendre le vélo. Mon objectif était avant tout d’accumuler les heures et les kilomètres, et cela semblait fonctionner. (…) Mais lors d’un entraînement avec mes équipiers, nous avons pris une route en mauvais état. Et j’ai ressenti mes fractures de la Lombardie. Ensuite, j’avais du mal à rester assis sur la selle ». Face à cette expérience, Evenepoel décidait donc de revenir aux bases, pour que sa rééducation se passe au mieux.

« C’était une erreur »

Les vidéos publiées depuis septembre sur les réseaux sociaux du prodige belge montraient une vaillance impressionnante. Mais il l’avoue lui-même : il y est allé « trop fort ». « Je voulais déjà être au niveau pour le stage de décembre à Calpe. Les médecins m’avaient pourtant dit que je ne serai pas de retour avant février. Mais quand ils disaient février, je pensais à janvier. C’était une erreur », réagit-il encore dans le Nieuwsblad. Finalement, sa reprise en compétition n’est pas encore en vue, et il lui faudra patienter pour retrouver ses sensations.

Cela n’empêche pas Remco Evenepoel de voir 2021 avec ambition. Comme l’an dernier (avant sa chute en Lombardie), le coureur brabançon voit le Tour d’Italie comme son grand objectif. Il s’agirait de son premier Grand Tour, à seulement 21 ans. « Nous verrons ce qui arrive d’ici là », prévient tout de même Evenepoel lors de la conférence de presse.

Giro, JO et Mondiaux

« Je ne peux toujours pas dire quand je pourrai à nouveau rouler. Mais on a comme objectif d’aller sur le Giro. Les Jeux olympiques et les championnats du monde sont aussi une grande motivation. Mes objectifs principaux restent les mêmes que la saison dernière », confie le jeune leader de Deceuninck-Quick Step, qui ne lâche pas son sourire malgré ces annonces.

« Nous sommes encore à cinq mois du Tour d’Italie, donc nous avons encore du temps. Il est encore difficile d’appréhender la préparation d’ici là, mais d’ici le 8 mai, je serai à nouveau au top de ma forme », ajoute Evenepoel, avant d’évacuer une nouvelle fois l’idée de participer au prochain Tour de France, malgré le retour de plusieurs contre-la-montre sur le parcours.

Le directeur sportif de Deceuninck-Quick Step Tom Steels, ou le manager de la formation belge Patrick Lefevere, ont réitéré leur confiance envers leur jeune pousse, confirmant l’idée que le Giro en mai prochain reste un objectif atteignable pour un coureur de son talent. Mais cette fois, seul le talent ne compte pas, il faut également que le corps réagisse au mieux à la suite de cette rééducation. Remco Evenepoel semble l’avoir compris après une première mauvaise expérience, il s’agit désormais de poursuivre sur cette voie, sans se fixer d’objectif trop ambitieux. Cette prochaine saison cycliste sur route se veut de toute manière particulière, avec une crise sanitaire qui bouleverse à nouveau le calendrier prévu, entre annulations et reports des courses de ce début de saison. Evenepoel peut se permettre de prendre le temps.

Photo : Deceuninck-Quick Step/Wout Beel

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