Van der Poel superstar, des Flandriens en verve… : les leçons à retenir du BinckBank Tour 2020

Placé en plein milieu de la semaine ardennaise, pour servir de préparation à l’aube des classiques flandriennes, le BinckBank Tour a connu cette saison de nombreuses perturbations suite au Covid-19, à commencer par la décision du gouvernement néerlandais d’éviter tout événement sportif sur son territoire. Pour le Tour du Benelux, cela rendait plus compliquée l’organisation de deux des cinq étapes prévues… Des solutions ont finalement été trouvées, mais comme souvent, la décision finale s’est faite durant l’ultime journée de course sur le Mur de Grammont, éternel juge de paix, cette fois conquis par un champion qui ne cesse d’impressionner, Mathieu van der Poel (Alpecin-Fenix), auteur d’un solo de 50 kilomètres pour faire coup double.

Le contre-la-montre dans les « bergs » de Van der Poel

Avec seulement dix-sept secondes de retard sur l’ancien champion du monde Mads Pedersen (Trek-Segafredo) au départ de la dernière étape tracée entre Ottignies-Louvain-la-Neuve et Grammont, avec quatre tours d’un circuit tracé autour du Mur de la cité brabançonne, Mathieu van der Poel s’annonçait logiquement comme un favori sur cette étape aux airs de classique flandrienne. Les pavés s’enchaînaient tous les dix kilomètres, les hauts pourcentages également, la course d’usure pouvait lui permettre de glaner tant les secondes de bonification attribuées aux conquérants du kilomètre en or, que la victoire finale sur une arrivée pour puncheurs qu’il affectionne. Mais le champion des Pays-Bas est du genre impatient. Et n’hésite pas à prendre ses responsabilités bien avant ses rivaux. À plus de 70 kilomètres du but, il filait avec Florian Sénéchal (Deceuninck-Quick Step) et Cyril Lemoine (Cofidis) pour revenir sur l’échappée matinale. Et à 50 bornes de l’arrivée, sur la troisième ascension du « Muur », il lâchait les watts pour valdinguer en tête en solitaire, avec quelques secondes d’avance sur Sénéchal, seul concurrent capable de suivre son rythme… jusqu’à la mi-pente.

« Ce n’était pas le plan. C’était bien trop tôt », explique par la suite Van der Poel, bien calé aux avant-postes depuis le début du BinckBank Tour, confirmant ses ambitions de victoire finale. Mais un effort en solitaire de 50 kilomètres, face à un peloton mené par les Trek-Segafredo pas inquiet pour un sou, cela semblait en effet précoce. « J’avais décidé d’accélérer dans cette montée, et j’en avais parlé à Sénéchal. Puis je me suis retrouvé seul. Et j’ai douté, car c’était encore loin de l’arrivée, mais je devais jouer à tout ou rien dans ce final », confirme le champion néerlandais. Et derrière, les équipiers de Pedersen et de ses rivaux se fatiguent, les leaders se retrouvent rapidement isolés et Van der Poel résiste malgré le vent dans le nez et les cuisses qui brûlent.

Même l’offensive dans la dernière ascension du Bosberg de Søren Kragh Andersen (Team Sunweb), Oliver Naesen (Ag2r-La Mondiale), suivis de Sonny Colbrelli (Bahrain-McLaren) et Stefan Küng (Groupama-FDJ) ne suffisait pas à briser les rêves de Van der Poel. Les quatre hommes ont fait douter l’homme en bleu-blanc-rouge, qui ne s’impose finalement qu’avec trois secondes d’avance sur ses premiers poursuivants, mais les quelques relais manqués par l’un et l’autre ont fait pencher la balance en faveur du N.1 néerlandais. « C’était encore plus dur » qu’à l’Amstel Gold Race l’an dernier, estime même Van der Poel. « Sur les montées, j’étais vraiment à fond. J’essayais de conserver une puissance constance, mais c’était très compliqué. C’est l’une de mes plus belles prestations », lâche-t-il simplement. Une telle prestation que Van der Poel a confirmé qu’il allait encore réfléchir avant de prendre le départ ou non de Liège-Bastogne-Liège, ajouté en dernière minute à son programme de courses et disputé déjà ce dimanche. Au lendemain d’un tel effort en solitaire, Van der Poel pourrait finalement décider de prendre du repos pour se concentrer sur la Flèche Brabançonne, Gand-Wevelgem, le Tour des Flandres et Paris-Roubaix, ses derniers objectifs de cette saison.

Naesen, Kragh Andersen et Colbrelli prêts pour les Flandriennes

Même s’ils n’ont pu revenir sur un incroyable Van der Poel dans ce final à suspense, les poursuivants n’ont pas à rougir de leur prestation sur cette ultime étape du BinckBank Tour. À commencer par Oliver Naesen, visiblement bien remis de sa blessure au genou survenue sur la première étape, au terme d’une chute collective qui avait mis la moitié du peloton au tapis. L’ancien champion de Belgique, incapable de faire tourner sa jambe gauche, avait été poussé dans les derniers kilomètres par Dries De Bondt (Alpecin-Fenix). Le constat était inquiétant, mais Naesen affirmait dès le lendemain qu’il pouvait reprendre la course, réalisant une sortie d’une soixantaine de kilomètres pendant que les coureurs étaient coincés sans contre-la-montre à disputer en raison des mesures sanitaires décidées par le gouvernement néerlandais (lire ci-dessous).

Sur cette dernière étape, Naesen est apparu comme le coureur capable de contrer toutes les tentatives sur les pavés de la région de Grammont. Il monte en puissance à l’aube de classiques flandriennes qui peuvent cette année lui sourire, du moins s’il évite la malchance. De même, l’Italien Sonny Colbrelli, en retrait sur le Tour de France après une chute dès la première étape, a retrouvé la plénitude de ses moyens au vu de ses contres sur ces routes difficiles, et sera donc un outsider de choix sur les prochaines courses du Nord. Enfin, Søren Kragh Andersen, déjà impressionnant sur les routes du Tour de France avec ses deux victoires, à Lyon puis à La Roche-sur-Foron, a confirmé sur ce BinckBank Tour qu’il a encore du jus pour faire la différence sur les pavés. « Je suis content de garder la deuxième place du classement général, et aujourd’hui, Van der Poel a été incroyable. J’ai tenté ma chance dans le dernier tour, comme prévu, et j’étais confiant car Van der Poel était seul. Mais il n’y avait rien à faire », confirme le Danois.

Par contre, chez Deceuninck-Quick Step, l’habituel Wolfpack n’a pas aussi frappé aussi fort qu’attendu. Florian Sénéchal a manqué d’énergie face à l’insaisissable Van der Poel, avant de se lancer dans une poursuite en chasse-patate peu convaincante. Alors que Zdenek Stybar a perdu beaucoup d’énergie en début d’étape pour essayer de revenir sur l’échappée matinale, avant de disparaître du radar. Yves Lampaert a apporté un peu de baume au cœur aux hommes en bleu et blanc grâce à un contre mené avec Dimitri Claeys (Cofidis) dans les derniers kilomètres. Une sortie qui confirme son retour au premier plan après une rééducation de plus d’un mois suite à une fracture de la clavicule, début août.

Une organisation à la dernière minute

Déjà réduit à cinq jours en raison d’un calendrier déjà bien rempli, le BinckBank Tour a en plus subi les récentes annonces du gouvernement néerlandais, qui révélait dès mardi sa décision de ne plus autoriser d’évènements sportifs sur son territoire, suite à la recrudescence du nombre de cas de Covid-19 aux Pays-Bas. Pas d’Amstel Gold Race le 10 octobre prochain, donc. Et surtout, que faire des étapes néerlandaises prévues sur ce BinckBank Tour ? L’organisation a dû annuler le contre-la-montre prévu le mercredi en Zélande, et imaginer un tracé totalement différent pour les deux jours suivants. L’étape qui devait partir de Philippine, en Zélande, était ainsi remplacée par un critérium autour d’Aalter, alors que l’étape en ligne entre Riemst et Sittard, dans le Limbourg néerlandais, se transformait en un court contre-la-montre de 8 kilomètres autour de Riemst, à la frontière belgo-néerlandaise.

Un sacré chantier de la part d’une organisation qui n’a toutefois pas été exempte de remarques de la part des coureurs, notamment concernant le final des étapes sur des routes sinueuses et souvent étroites, avec des trottoirs et autres aménagements urbains qui ont rendu le stress encore plus intense. Heureusement, si ce n’est la chute spectaculaire dans le final de la 1re étape, aucun blessé grave n’est à signaler au terme de ces quatre journées de compétition. Dans le circuit final de Grammont, les signaleurs étaient d’ailleurs plus nombreux pour attirer l’attention des coureurs face aux dangers de ce tracé.

Pas de risque pour Gilbert

Alors qu’il avait repris la compétition dès le Tour du Luxembourg, à la mi-septembre, seulement deux semaines après sa lourde chute sur le Tour de France, Philippe Gilbert (Lotto-Soudal) a finalement décidé de renoncer après une étape sur ce BinckBank Tour, et d’annoncer son forfait pour les prochaines classiques flandriennes, ses derniers objectifs de la saison. « J’ai peut-être recommencé trop vite », explique le Remoucastrien, toujours gêné au genou qui le fait souffrir depuis le Tour de France. « Je ressentais toujours une douleur. Celle-ci est devenue plus importante sur la 1re étape du BinckBank Tour. J’ai alors réalisé que je ne pourrai pas être à mon meilleur niveau au Tour des Flandres et à Paris-Roubaix », reconnaît-il.

Gilbert va donc désormais se reposer et reprendre doucement sa rééducation, pour éviter que cette douleur soit permanente. Il a de toute manière encore deux saisons de contrat avec Lotto-Soudal et peut donc encore viser la campagne des classiques printanières en 2021. « Avec un peu de chance, une participation au Tour d’Espagne est encore jouable, mais ce n’est pas encore d’actualité. Ce qui compte maintenant, c’est de récupérer complètement », ajoute Gilbert, qui ne veut pas mettre son avenir entre parenthèses à cause d’une reprise trop rapide. Patience est mère de sûreté. Même si cela reste un coup dur pour Lotto-Soudal qui comptait sur le coureur wallon pour illuminer une saison jusqu’ici très timide pour les hommes de John Lelangue.

Résultats de la 1re étape du BinckBank Tour (Blankenberge > Ardooie, 132.1 km) :

1.Jasper Philipsen (Bel, UAE Team Emirates) en 2h59:26
2. Mads Pedersen (Dan, Trek-Segafredo)
3. Pascal Ackermann (All, Bora-Hansgrohe)
4. Danny van Poppel (P-B, Circus-Wanty Gobert)
5. Stefan Bissegger (Sui, EF Pro Cycling)
6. Alberto Dainese (Ita, Team Sunweb)
7. Nils Eekhoff (P-B, Team Sunweb)
8. Lorrenzo Manzin (Fra, Total Direct Énergie)
9. Mathieu van der Poel (P-B, Alpecin-Fenix)
10. Tim Merlier (Bel, Alpecin-Fenix)

Résultats de la 2e étape (Aalter > Aalter, 157 km) :

1. Mads Pedersen (Dan, Trek-Segafredo) en 3h26:13
2. Jasper Philipsen (Bel, UAE Team Emirates)
3. Pascal Ackermann (All, Bora-Hansgrohe)
4. Danny van Poppel (P-B, Circus-Wanty Gobert)
5. Tim Merlier (Bel, Alpecin-Fenix)
6. Zdenek Stybar (Tch, Deceuninck-Quick Step)
7. Christophe Laporte (Fra, Cofidis Solutions Crédits)
8. Florian Sénéchal (Fra, Deceuninck-Quick Step)
9. Lorrenzo Manzin (Fra, Total Direct Énergie)
10. Sep Vanmarcke (Bel, EF Pro Cycling)

Résultats de la 3e étape (Riemst > Riemst, 8.14 km) :

1. Søren Kragh Andersen (Dan, Team Sunweb) en 9:59
2. Stefan Küng (Sui, Groupama-FDJ) à 0:06
3. Stefan Bissegger (Sui, EF Pro Cycling) à 0:07
4. Mads Pedersen (Dan, Trek-Segafredo) à 0:09
5. Mathieu van der Poel (P-B, Alpecin-Fenix) à 0:13
6. Jasha Sütterlin (All, Team Sunweb) à 0:17
7. Jannik Steimle (All, Deceuninck-Quick Step) à 0:19
8. Yves Lampaert (Bel, Deceuninck-Quick Step) à 0:20
9. Max Walscheid (All, NTT Pro Cycling) à 0:21
10. Christophe Laporte (Fra, Cofidis Solutions Crédits)

Résultats de la 4e étape (Ottignies-Louvain-la-Neuve > Grammont, 183.6 km) :

1. Mathieu van der Poel (P-B, Alpecin-Fenix) en 4h07:38
2. Oliver Naesen (Bel, Ag2r-La Mondiale) à 0:03
3. Sonny Colbrelli (Ita, Bahrain-McLaren) à 0:05
4. Søren Kragh Andersen (Dan, Team Sunweb)
5. Stefan Küng (Sui, Groupama-FDJ) à 0:09
6. Dimitri Claeys (Bel, Cofidis Solutions Crédits) à 0:47
7. Yves Lampaert (Bel, Deceuninck-Quick Step) à 0:50
8. Ivan Garcia Cortina (Esp, Bahrain-McLaren) à 1:08
9. Jempy Drucker (Lux, Bora-Hansgrohe) à 1:12
10. Florian Sénéchal (Fra, Deceuninck-Quick Step) à 1:13

Classement général final :

1. Mathieu van der Poel (P-B, Alpecin-Fenix)
2. Søren Kragh Andersen (Dan, Team Sunweb)
3. Stefan Küng (Sui, Groupama-FDJ)

Photo : capture VRT

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