Yates en bleu, Thomas se réveille, Van der Poel et Merlier au top… : les leçons à retenir de Tirreno-Adriatico

Pendant que le Tour de France attire l’attention de la majeure partie des médias internationaux, Tirreno-Adriatico a permis en ce mois de septembre aux futurs favoris du Tour d’Italie de se dégourdir les jambes sur un tracé particulièrement explosif, d’ouest en est. Le Britannique Simon Yates (Mitchelton-Scott) y a fait la plus forte impression, remportant l’étape-reine au sommet de Sassotetto, seul véritable col de l’épreuve, pour ensuite conserver son maillot bleu sur le chrono final et traditionnel de San Benedetto del Tronto. Il n’est toutefois pas le seul à avoir affiché ses ambitions pour le mois d’octobre, que ce soit parmi les grimpeurs ou les spécialistes de classiques.

Les favoris du Giro se révèlent

Deux étapes de haute montagne, deux étapes de moyenne montagne, un contre-la-montre par équipes et un chrono individuel : Tirreno-Adriatico rassemblait en huit étapes le meilleur d’une course par étapes. Du moins tout ce qu’il faut pour mener un coureur complet à la victoire. Il ne s’agissait pas simplement de dominer une étape pour filer vers le trident offert au vainqueur de la Course des deux mers. Le Canadien Michael Woods (EF Pro Cycling) l’a appris à ses dépens. Après son succès en force sur la 3e étape, au sommet de Saturnia, le leader nord-américain a ensuite payé ses efforts sur l’étape-reine de Sassotetto, lâchant prise au moment où Simon Yates (Mitchelton-Scott) réalisait un solo de son cru, sur les six derniers kilomètres de l’ascension finale. De même, alors que Jakob Fuglsang (Astana), favori annoncé après sa victoire sur le Tour de Lombardie en août dernier, était encore parmi les meilleurs avant ce juge de paix dans les Marches, le Danois a ensuite pris l’eau sur cette ascension, laissant la tête de gondole à son jeune équipier russe Aleksandr Vlasov. Cela augure-t-il un changement de leadership d’ici le Giro ? On en est loin, alors que le Tour d’Italie débute dans trois semaines, et alors que Vlasov n’a  pas encore disputé le moindre Grand Tour.

Yates, pour sa part, a montré qu’il avait la condition et l’expérience nécessaires pour remporter un deuxième Grand Tour, du moins s’il parvient à vivre sans… jour « sans ». Le Britannique disposera cette fois d’un équipier de luxe, en la personne de l’Australien Jack Haig pour l’épauler. « Je voulais terminer le travail fantastique de mon équipe », confirme ainsi Yates après le contre-la-montre final de San Benedetto del Tronto, sur lequel il a pu conserver 19 secondes d’avance sur son premier dauphin au général, Geraint Thomas (INEOS Grenadiers). « J’avais déjà perdu le Tour de Romandie dans le dernier contre-la-montre, je ne voulais pas que cela se reproduise. Pour le Giro ? Nous sommes encore à trois semaines de l’épreuve. Mais ce sont les habituels coureurs de classement qui s’affronteront. Tous ceux qu’on a vu cette semaine seront là », confie-t-il. Rafal Majka (Bora-Hansgrohe), Wilco Kelderman (Sunweb), James Knox (Deceuninck-Quick Step), tous parmi le top 10, ou encore Vincenzo Nibali (Trek-Segafredo), loin de son meilleur niveau sur ce Tirreno-Adriatico, seront en effet sur le Giro avec l’ambition du maillot rose. Et la plupart ont déjà répondu présent malgré la distance.

Froome, loin de Thomas

Geraint Thomas (INEOS Grenadiers) a affiché sa meilleure condition sur la Course des deux mers, se plaçant comme le dauphin de Simon Yates sur l’étape-reine, avant de reprendre du temps sur le contre-la-montre final qu’il a conclu à la quatrième place, parmi les spécialistes de la discipline. Le Britannique se voulait bien plus athlétique que sur le Critérium du Dauphiné et prenait autoritairement la place de leader d’une équipe qui se forme déjà en vue du prochain Tour d’Italie. La forme de Thomas a en tout cas dû rassurer le staff d’une formation qui vient de voir ses rêves de remporter un nouveau Tour de France s’effondrer sur les pentes du Grand Colombier, dimanche. Geraint Thomas sera donc le coureur le plus attendu d’INEOS Grenadiers en octobre prochain. Au contraire d’un Chris Froome qui a encore traîné sa misère sur les routes italiennes.

Dès la deuxième étape, l’ex-vainqueur du Tour a traîné à plus de 18 minutes, se montrant seulement à la caméra pour aller chercher quelques bidons pour ses équipiers, non sans difficulté. « Je crois que j’ai encore de belles années de cyclisme devant moi », affirmait-il en début de semaine dans la Gazzetta dello Sport, mais son arrivée dans le grupetto lors de l’étape-reine sur un sommet qu’il aurait pu dominer voici deux ans, confirme que le travail est encore long pour le Britannique, annoncé comme leader d’INEOS Grenadiers lors du prochain Tour d’Espagne, fin octobre. Depuis son retour à la compétition, Froome n’a pas fait mieux qu’une trentième place. Même avec tout l’optimisme du monde, la conquête du maillot rouge s’annonce compliquée…

Van der Poel s’affine pour les classiques

Attendu comme l’un des favoris au vu du parcours pour puncheurs proposé, le champion des Pays-Bas Mathieu Van der Poel (Alpecin-Fenix) a rapidement confirmé aux journalistes présents qu’il visait avant tout des étapes. Les étapes de haute montagne se sont en effet révélées trop ardues pour ses qualités, et le coureur néerlandais s’est plutôt essayé à l’échappée au long cours, d’abord sur la 5e étape puis sur la 7e étape. C’est sur cette dernière que le champion du monde de cyclo-cross a réalisé un nouveau numéro. Malgré un peloton lâché à ses trousses à moins de trente secondes, Van der Poel est revenu en force sur Matteo Fabbro (Bora-Hansgrohe), qui comptait encore une quinzaine de secondes d’avance au pied du dernier mur, avant de le déborder au sprint. Un exemple d’explosivité qui confirme la bonne remise en forme du Néerlandais à l’aube des prochaines classiques.

« Je suis heureux d’être enfin revenu au niveau que j’avais en tête, et de pouvoir rouler de manière agressive à nouveau », confirmait Van der Poel au terme de cette étape. Ce succès ne bouleverse toutefois pas les objectifs de Mathieu Van der Poel, qui a décidé d’éviter les championnats du monde. Malgré le parcours réimaginé à Imola, une discussion avec le sélectionneur national Koos Moerenhout a mené à la décision du champion des Pays-Bas d’éviter une participation sur un parcours qui ne lui convient pas. Il préparera plutôt les classiques avec un nouveau stage en altitude du côté de Livigno, avant de prendre part au BinckBank Tour, qui se déroulera fin septembre. Van der Poel ne participera donc pas à la Flèche Wallonne ou à Liège-Bastogne-Liège, pour se concentrer sur l’Amstel Gold Race puis les classiques flandriennes prévues en octobre.

Tim Merlier peut rêver d’un nouveau titre

Déjà vainqueur de la Brussels Cycling Classic dans un final chaotique, le champion de Belgique Tim Merlier (Alpecin-Fenix) a poursuivi sa série victorieuse sur Tirreno-Adriatico, avec une première victoire sur le circuit WorldTour. Vainqueur au sprint de la 6e étape face notamment à Pascal Ackermann (Bora-Hansgrohe) et Fernando Gaviria (UAE Team Emirates), le coureur belge a été impeccable face au vent, et s’est rassuré après une chute dans les derniers kilomètres de la 2e étape. « Notre directeur sportif m’avait dit au matin de l’étape que je devais réaliser un long sprint. Je l’ai écouté et cela nous a donné la victoire. L’équipe m’a mis dans une position parfait, même si nous avions pris le risque de rester sur le côté gauche de la route. Nous étions à l’abri du vent, et cela a fonctionné », expliquait Merlier après sa victoire.

Malgré sa chute, le champion de Belgique en titre rassure donc sur son état de forme, et montre qu’il sera également à surveiller lors du prochain championnat de Belgique, prévu le 22 septembre à Anzegem. Le tracé proposera certes quelques côtes flandriennes typiques, comme le Mur de Grammont ou le Tiegemberg, mais le sprinter belge est clairement capable de passer ces ascensions pour jouer sa carte dans un petit groupe. Les Belges d’Alpecin-Fenix, comme Louis Vervaeke ou Dries De Bondt, ont également montré sur ce Tirreno-Adriatico qu’ils sont en condition pour épauler leur leader.

Photo : RCS Sport/La Presse/Marco Alpozzi

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