Flèche Wallonne : Alaphilippe complète le travail parfait des Quick Step

Le Mur de Huy n’a pas accouché d’une souris. C’est une course offensive qui a été menée autour de la cité mosane, pour un final surprenant, qui a bénéficié aux coureurs de la Quick Step, parfaitement placés pour leur leader, Julian Alaphilippe. Le Français de 25 ans n’a eu qu’à apparaître dans les 200 derniers mètres pour triompher sur sa première classique, celle qui lui convient le mieux : la Flèche Wallonne.

ASO aurait-il enfin trouvé le parcours idéal pour attirer les attaquants ou le peloton a-t-il eu assez des habitudes d’Alejandro Valverde dans le Mur de Huy pour enfin le titiller sur son terrain préféré ? Certainement les deux, au vu de la course qui a animé la région hutoise ce mercredi. Les trois passages du Mur de Huy prévus en moins de 65 kilomètres ont en effet eu un sacré effet sur l’esprit offensif des puncheurs. Si les favoris ne montraient pas encore le bout de leur nez dans la première ascension du chemin des Chapelles, bon nombre d’outsiders voire de candidats dangereux à la victoire se faisaient un plaisir d’accélérer le rythme et de bouleverser les plans de la Movistar de Valverde. Rui Costa (UAE Team Emirates), Vincenzo Nibali (Bahrain-Merida), Michal Kwiatkowski (Sky), Rafal Majka (Bora-Hansgrohe) ou encore Philippe Gilbert (Quick Step) s’échappaient ainsi et brisaient le peloton pour ne laisser qu’un groupe de favoris d’une vingtaine d’hommes en tête. Ce groupe ne trouvait toutefois pas de suite dans la descente de la côte d’Ereffe. Seul Nibali participait à l’élaboration d’une nouvelle échappée avec Tanel Kangert (Astana), Jack Haig (Mitchelton-Scott), Anthony Roux (Groupama-FDJ), Maximilian Schachmann (Quick Step) et Cesare Benedetti (Bora-Hansgrohe), rescapé de la traditionnelle échappée matinale.

Gilbert : « Alaphilippe était tranquille, pas Valverde »

Mais pourquoi donc la précédente échappée royale a-t-elle été décimée ainsi alors que bon nombre de coureurs semblaient prêts à se lancer dans une offensive au long cours ? « Dans la descente de Marchin, Majka a fait une cassure, on ne sait pas trop pourquoi. On sait que lui, niveau tactique, c’est zéro, mais là, il a fait une grosse erreur vu qu’il avait trois équipiers et il aurait pu assumer et permettre à l’échappée de prendre du champ », confie Philippe Gilbert, présent dans la première échappée dangereuse de cette Flèche. « Du coup, ça s’est regardé dans la vallée et moi, j’avais un homme devant (Schachmann), donc je n’avais aucune raison de rouler. On a attendu que ça rentre et au sommet du deuxième passage du Mur, il y avait déjà un gros écrémage ».

Le peloton ne comptait plus qu’une cinquantaine d’unités et Valverde, lui, n’avait plus que Mikel Landa (Movistar) pour l’accompagner, confirmant une course difficile pour le coureur de 37 ans. « Movistar s’est mis en difficultés toute seule en faisant le travail à fond, même dès les 100 premiers kilomètres », raconte encore Gilbert. « Je pense qu’on a économisé beaucoup de forces, ce qui nous a permis d’être présent dans le final. Schachmann était rapidement devant dans le circuit final, ce qui a permis à Alaphilippe d’être tranquille alors que Valverde devait toujours chercher des équipiers ». « Il a fallu cinq ans pour comprendre qu’il ne fallait pas mener Valverde tranquillement au pied du Mur. Beaucoup d’équipes ont voulu mener un gros tempo directement, on a vu du coup que Valverde s’est retrouvé très vite seul. C’est la grande différence entre ces dernières années et aujourd’hui », ajoute Jelle Vanendert (Lotto-Soudal),

Vanendert : « On a eu un peu de chance »

Il fallait toutefois encore reprendre le groupe Nibali aux abords du dernier passage du Mur de Huy, au risque de voir le Requin de Messine réaliser un incroyable coup dans la vallée mosane. C’est finalement l’aide de la Lotto-Soudal et de la Sky qui permettait au peloton de croire à la victoire. « On avait mal calculé lors des deux dernières courses, notamment à l’Amstel. Aujourd’hui, c’était une course très dure et on a roulé tant qu’on pouvait sans penser à l’échappée. On savait que ça allait être difficile de les reprendre. On a eu un peu de chance finalement », lance Vanendert, qui a profité du boulot de son équipier Tiesj Benoot pour avaler les derniers rescapés de l’échappée dans ce final intense. « Tout le monde voulait mettre de la pression. On a finalement été plus malin avec Schachmann », explique pour sa part Julian Alaphilippe (Quick Step), qui a pu voir son équipier garder la tête de la course jusque dans les 250 derniers mètres.

Finalement, les Lotto-Soudal continuaient à mettre la pression dans cette dernière montée du Mur via Jelle Vanendert, impressionnant dans les dernières pentes du chemin des Chapelles. Mais Vanendert était finalement débordé à 150 mètres de l’arrivée par Alaphilippe, bien placé dans sa roue, alors qu’on attendait plutôt Tim Wellens (Lotto-Soudal) ou le vainqueur sortant Valverde. « Tim était le leader de l’équipe et Tiesj et moi devions être présents dans le final. Je devais faire un long sprint pour Tim afin d’éliminer les coureurs explosifs », confie Vanendert. « Mais Alaphilippe et Valverde étaient très forts. J’ai regardé à 200 mètres de l’arrivée, je savais que Tim n’était pas dans ma roue à ce moment-là. J’étais les yeux dans les yeux avec Alaphilippe ». Ce dernier lançait son jump final sans se retourner et s’imposait en leader autoritaire, sans lever les bras, avec juste un regard à l’arrière pour s’assurer de la deuxième place de Valverde. « Je suis super content mais je ne savais même pas que j’avais gagné. Je pensais qu’il y avait Nibali devant. C’est pour cela que je n’ai pas célébré ma victoire sur la ligne », sourit le vainqueur du jour.

Alaphilippe : « C’était ma journée »

Sur un nuage, Julian Alaphilippe était encore sous le coup d’une vive émotion au moment d’évoquer sa victoire sur une première grande classique du printemps. « La tactique était simple avec l’équipe : j’étais le leader unique. On a eu une formation très forte et active dans le final. Il y avait toujours quelqu’un dans les attaques et à l’avant. J’avais toujours un équipier avec moi. Les jambes ont finalement parlé. Aujourd’hui, c’était ma journée, tout simplement. Je me sentais bien depuis ce matin, il faisait beau… » et la première marche du podium l’attendait. Et cela, sans s’interroger sur la place de Valverde : « Dès que j’étais devant, j’ai juste été concentré sur mon effort, sans regarder les autres. Vanendert a fait un gros tempo, j’ai vu que ça coinçait derrière. J’ai essayé de me faire le plus mal possible dans les derniers mètres ».

Valverde : « Pas de sensation d’amertume »

Valverde, finalement deuxième après quatre succès consécutifs, ne montrait pas de mine défaite à l’arrivée. « Je n’ai pas une sensation d’amertume aujourd’hui », concède l’Espagnol. « J’étais l’homme à battre, c’était logique. L’équipe et moi-même sommes déjà contents de cette deuxième place. Julian Alaphilippe mérite cette victoire. Et puis, ce n’est pas la seule course sur laquelle je suis battu. Je ne gagne pas tous les courses, sinon cela n’aurait aucun intérêt. J’étais en très bonne forme, j’ai fini deuxième, je reste satisfait ». Vanendert, surprenant troisième après son impressionnant travail dans cette ultime montée du Mur de Huy, se montrait également heureux de ce podium. « J’ai fait le Mur de Huy comme je voulais, à mon tempo. J’ai gardé un peu de force jusqu’au dernier virage puis je suis allé à bloc. Peut-être que si j’avais commencé 100 à 200 mètres plus tôt, cela aurait pu changer des choses. J’aurais pu finir deuxième, peut-être, mais pas gagner », annonce le Limbourgeois.

Et les coureurs de la Quick Step peuvent, eux, célébrer une vingt-sixième victoire cette saison, après une nouvelle démonstration collective. « On savait que toute l’équipe était en grande forme. On a une équipe superbe, on était encore cinq dans le final aujourd’hui », ajoute le champion du Luxembourg Bob Jungels, encore actif dans les quatre derniers kilomètres pour placer Alaphilippe et assurer le retour du peloton sur les hommes de tête. « Julian est hyperactif et hyperenthousiaste, mais cette année, il a passé un cap de maturité », estime Philippe Gilbert. « Il est devenu plus calme et plus raisonné, et cela se voit dans sa manière de courir. Il fait encore beaucoup d’erreurs mais c’est déjà beaucoup mieux par rapport à l’an passé. Il a encore énormément de potentiel et beaucoup de marge ».

Gilbert : « Je suis rincé, à la limite »

Il faudra donc encore attendre les hommes en bleu et blanc sur les routes de Liège-Bastogne-Liège, ce dimanche. « Pour Liège, je vais essayer de profiter de cette victoire, on ira faire la reconnaissance vendredi et on se reconcentrera ensuite sur cette dernière classique », annonce l’heureux Julian Alaphilippe. Alors que Philippe Gilbert confie sa fatigue après ce lourd printemps : « Je suis rincé. Les classiques flandriennes et la mauvaise météo ont laissé des traces. Physiquement, je suis à la limite. J’arrive à compenser avec le placement mais les jambes sont vides. J’arrive encore à faire un petit truc dans le final mais je pense que je compense plutôt avec l’expérience avec les jambes ». Promis, après dimanche, c’est la quille ! Avec une vingt-septième victoire dans le palmarès pour le collectif belge ?

Résultats de la 82e édition de la Flèche Wallonne (Seraing > Huy, 201.5 km) :

Photo : ASO/Karenn Edwards

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 28 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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