Une future ligue fermée entre les équipes les plus riches ? Encore un projet de plus…

Six équipes réfléchiraient à un nouveau projet de ligue fermée pour permettre une réforme du modèle économique du cyclisme sur route.
Départ 12e étape Tour de France 2023 - ASO Charly Lopez
Un coureur se présente sur le podium de départ sur la 12e étape du Tour de France 2023 – Photo : ASO/Charly Lopez

Vous n’en aviez pas assez après la fusion avortée entre Jumbo-Visma et Soudal Quick Step ? Vous pensiez que le cyclisme allait poursuivre son statu quo après cette annonce qui a failli bouleverser les pelotons ? C’était sans compter sur l’imagination sans limite de certains dirigeants. Certainement désireux de permettre au cyclisme moderne d’être plus pérenne, ils enchaînent les projets afin d’engranger plus de recettes et de sécuriser les budgets hors du circuit traditionnel des sponsors, quasiment seuls à assurer l’économie de ce sport aujourd’hui. Les idées sont louables, certaines n’en restent pas moins critiquables.

Révélé par l’agence Reuters et le site spécialisé Cyclingnews, le dernier projet émane, à nouveau, du patron de la Jumbo-Visma Richard Plugge. Ce dernier s’est associé à cinq autres équipes, dont INEOS Grenadiers et EF Education-EasyPost. Les discussions auraient démarré au cœur de l’été et des contacts auraient déjà été entrepris avec plusieurs organisateurs, dont ASO (Tour de France, classiques ardennaises, Paris-Roubaix…), et l’Union Cycliste Internationale. L’idée serait de réaliser une nouvelle ligue fermée entre les meilleures équipes du plateau. Les courses présentes ne seraient pas forcément des nouvelles épreuves, mais pourraient réunir également des courses existantes, dont le Tour de France et d’autres courses majeures. Une sorte de WorldTour dans le WorldTour, donc.

La société de consultance EY aurait été mandatée pour vérifier la faisabilité d’une telle ligue et des investisseurs sont déjà cités, parmi lesquels CVC Partners, une société luxembourgeois qui gérait jusqu’il y a peu la Formule 1 et a récemment pris des parts dans le tournoi de rugby des Six Nations. Un autre partenaire serait Public Investment Funds (PIF), soit… un fonds d’investissement venu d’Arabie saoudite, un pays devenu spécialiste du “sport washing”, par l’organisation de compétitions sportives pour redorer son image alors que le pays est connu pour ses multiples violations des droits de l’homme, ses problèmes de corruption et ses cas de violence à l’encontre de ses opposants. C’est déjà un fonds saoudien qui avait fracturé le golf avec la création d’une nouvelle organisation en dehors des circuits habituels, en proposant des ponts d’or aux sportives et sportifs s’alliant à cette nouvelle structure. Finalement, des négociations entre les fédérations internationales de golf et Liv Golf ont mené à une fusion des différentes organisations, une petite victoire pour le fonds saoudien.

➡️ Lire aussi | Le Tour d’Arabie Saoudite, nouvelle étape d’une diplomatie sportive douteuse

Souvenez-vous de Velon…

Bref, celles et ceux qui suivent le cyclisme verront derrière cette nouvelle annonce une énième tentative des grandes équipes cyclistes, qui dominent déjà en partie les pelotons actuels, de “reprendre le pouvoir”. La dernière en date se nommait Velon. Créée en 2014, cette structure lancée par onze équipes du WorldTour, à l’époque, devait permettre de négocier avec les organisations pour trouver d’autres rentrées dans ce sport. Cela avait mené à la généralisation de caméras sur les vélos pour une plus grande immersion pour les téléspectateurs ou à la création des Hammer Series, ces compétitions en trois jours se terminant par une sorte de poursuite par équipes. Ces épreuves n’avaient toutefois pas survécu au Covid-19. Et depuis lors, Velon semble plutôt une structure de l’ombre. La dernière création du groupe est l’application Road Code, proposant un jeu, un espace pour les directs et des contenus exclusifs. Mais la publicité est jusqu’ici restée fort discrète. Et de nombreuses équipes impliquées s’interrogent sur leur investissement futur dans Velon.

Alors, qu’est-ce qui change avec ce nouveau projet ? Peu de détails ont jusqu’ici émergé. Jonathan Vaughters, patron d’EF Education-Easy Post, a expliqué sur Cyclingnews qu’il soutenait l’initiative, avec des arguments déjà évoqués à l’époque de Velon. “Dans d’autres sports, les droits télévisuels et de diffusion sont la principale source de revenus. Dans le cyclisme, ces droits sont presque entièrement glanés par de grands organisateurs de course et les équipes ne reçoivent aucune redistribution. Dans ce cas, les équipes, athlètes et petites organisations regrouperaient tous ces droits médiatiques dans un paquet global (…) permettant une plus grande valeur et un plus grand intérêt pour les courses. (…) Cela permet de générer d’autres sources de revenus que ceux venant uniquement des sponsors”, explique Vaughters.

L’initiative semble donc intéressante, mais réaliser cela sur base de seulement quelques équipes déjà parmi les plus riches du peloton, grâce à l’argent venant d’un pays à l’éthique douteuse, cela interroge. Car le cyclisme a en effet besoin d’une réforme. Quand une des meilleures équipes du peloton envisage une fusion avec une autre formation aussi importante pour assurer sa survie, cela confirme que le modèle économique actuel est problématique. Mais l’initiative de Plugge et ses amis ne semblent pas poursuivre l’idée de pérenniser le cyclisme. Plutôt de pérenniser les intérêts de quelques-uns, pendant que le reste de l’arbre cycliste mourrait à petits feux dès que ces branches s’éloigneraient du plus haut niveau. Cela signifierait la mort de nombreuses courses, de nombreuses équipes, sur l’autel de la rentabilité. Est-ce que ce modèle est meilleur pour le vélo, pour permettre au cyclisme de développer ses valeurs à l’international ? J’en doute fortement à la lecture de ces premières révélations.


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