Tour de Lombardie 2021 : notre présentation de la 115e édition

C’est la fin d’une longue saison qui s’annonce avec le départ ce samedi du Tour de Lombardie, dernier des monuments, qui a retrouvé sa place habituelle au pied des feuilles mortes. La classique la plus volatile du calendrier, tantôt pour purs puncheurs, tantôt pour grimpeurs audacieux, ressemblera cette année à une véritable étape de montagne, avec six cols au programme et plus de 4 400 mètres de dénivelé au compteur. Et le plateau présenté paraît aussi appétissant que le profil de ce tracé désormais construit entre Côme et Bergame.

Le parcours

Après quatre années d’une arrivée traditionnelle au bord du lac de Côme, au cœur des montagnes lombardes, le Tour de Lombardie change à nouveau de tracé et reprend en partie les parcours imaginés en 2014 et 2016, années durant lesquelles l’organisation s’était déjà essayé à un basculement des lieux de départ et d’arrivée. Cette année, le peloton partira de Côme, au pied de son célèbre lac, pour rejoindre Bergame, après un périple de près de 240 kilomètres parmi les plus beaux dénivelés de la région. Après un départ vers Cantù, les coureurs découvriront déjà les premiers pourcentages de cette longue journée dans les cols, avec la montée de la célèbre Madonna del Ghisallo après une trentaine de kilomètres. La côte, sur son versant le plus aisé, s’annonce idéale pour construire une échappée, surtout au vu de son profil qui présente des pourcentages de plus en plus importants jusqu’au sommet, sur cette fameuse chapelle accueillant les bustes de Coppi et Bartali et les maillots déposés les cyclistes du monde entier.

Le peloton plongera ensuite vers Bellagio, en descendant ce qui est d’habitude l’ascension du Ghisallo (vers Côme). Puis longera le lac de Côme jusqu’à la deuxième partie de course, celle qui ne cessera de grimper et descendre jusqu’à l’arrivée. Alors que les coureurs se dirigeront vers Bergame, ils bifurqueront à gauche vers la montée de Roncola Alta, premier des cinq derniers grands cols à affronter cet après-midi. Cette ascension de près de 10 bornes à 6,6% de moyenne fera déjà mal aux cuisses avec son pied à près de 17%. Après une descente qui se veut plus technique dans son final, le peloton arrivera déjà au pied de la montée de Berbenno, plus douce avec ses 4,6% de moyenne. Nouvelle descente, bien plus sinueuse, avant d’atterrir au pied du gros morceau de ce Tour de Lombardie : l’enchaînement des cols de Dossena et de Zambla. D’abord, place à 11 kilomètres à plus de 6% de moyenne pour s’échauffer, avant une légère descente et la montée très irrégulière de Zambla, qui proposera des passages à plus de 10% jusqu’au sommet.

La descente qui suit sera à nouveau déterminante et pourra faire plaisir aux meilleurs techniciens du peloton. Avant d’atterrir au pied du col le plus rude de la journée, avec déjà près de 200 kilomètres dans les pattes. Le Passo di Ganda s’annonce comme l’ascension la plus difficile de la journée avec ses 9 kilomètres à 7,3% de moyenne, dont les deux derniers kilomètres à près de 10% ! Et un pic à 15% est annoncé juste avant le sommet et le toboggan sinueux vers Bergame. 19 virages en épingle sont annoncés sur cette descente qui peut en surprendre plus d’un… Les courageux pourront essayer de sortir sur ce passage délicat, mais il faudra ensuite tenir une dizaine de kilomètres dans la plaine, sur une chaussée bien large et en ligne droite.

Avant les cinq derniers kilomètres dignes d’une classique pour puncheurs. À moins de quatre kilomètres du but, la montée non répertoriée du Colle Aperto, aux portes de Bergame, peut faire des dégâts, comme l’avaient prouvé Daniel Martin en 2014 et Esteban Chaves en 2016. Cette petite côte, plus dure qu’un Poggio, propose des passages serrés, des tunnels, des pavés, un pic à 12%, avant une descente tout aussi sinueuse et dangereuse. Jusqu’à la flamme rouge, cela ne va cesser de tourner dans tous les sens. Avant une longue chaussée menant au centre de Bergame. Celui qui parvient à s’enfuir dans ce final devra encore développer de la puissance dans ce dernier kilomètre pour croire en une victoire de prestige sur la plus rude des classiques italiennes.

Départ fictif : 10h20 sur la Piazza Cavour à Côme

Départ réel : 10h30 sur la via Papa Clemente XIII à Zappa, après 6,1 km en défilé

Distance : 239 kilomètres

Les difficultés du jour :
Km 38,6 – Côte 1 : Madonna del Ghisallo (8,8 km à 3,9%)
Km 101,4 – Côte 2 : Roncola Alta (9,4 km à 6,6%)
Km 129,5 – Côte 3 : Berbenno (6,8 km à 4,6%)
Km 161,1 – Côte 4 : Dossena (11 km à 6,2%)
Km 175,3 – Côte 5 : Zambla Alta (9,5 km à 3,5%)
Km 207,2 – Côte 6 : Passo di Ganda (9,2 km à 7,3%)
Km 235,8 – Côte 7 : Colle Aperto (1,2 km à 7,9%)

Arrivée : entre 16h36 et 17h22 sur la Viale Roma à Bergame (sur une moyenne estimée entre 39 et 35 km/h)

La carte générale de l’épreuve :

Carte générale - Tour de Lombardie 2021

Le profil général de l’épreuve :

Profil général - Tour de Lombardie 2021

Les profils des grandes difficultés du jour :

Les favoris

Un an après une édition malheureusement plus marquée par la chute de Remco Evenepoel que par la victoire sans partage de Jakob Fuglsang, en pleine canicule estivale (l’épreuve avait été déplacée au 15 août en raison du Covid-19), le Tour de Lombardie retrouve ses habitudes et propose un plateau exceptionnel à l’occasion de cette 115e édition qui conclut pour la plupart une saison déjà bien remplie. Avec les championnats du monde qui ont consacré les puncheurs, les grimpeurs sont revenus petit à petit à la fête sur les courses italiennes qui ont jalonné ces deux dernières semaines, afin d’arriver au pic de leur forme à l’occasion de ce samedi en Lombardie. Ce sont donc les acteurs des derniers Mondiaux et ceux qui ont mené le rythme sur les hauts pourcentages des récentes semi-classiques de la Botte, qui seront attendus lors de ce dernier monument de l’année, probablement le plus indécis vu ses changements de parcours et sa place dans le calendrier.

Une équipe ne semble toutefois jamais manquer ses objectifs sur les grandes courses d’un jour : la Deceuninck-Quick Step. Après une édition de Paris-Roubaix minée par les problèmes mécaniques, la formation belge revient en Lombardie avec une véritable armada. Le champion du monde Julian Alaphilippe, qui a prolongé d’un an son bail en arc-en-ciel, aura la plus grande pancarte. Le profil semble rude pour ses qualités, mais sur une journée, il a déjà confirmé sa capacité à dépasser les attentes. Le coureur français a-t-il encore les capacités à se faire mal après un tel bonheur sur le championnat du monde ? Il a montré la saison dernière qu’il pouvait prolonger cet état de grâce sur les courses suivant son premier titre mondial alors, pourquoi pas relancer la machine cette année encore ? Alaphilippe a mis le clignotant dans l’ultime ascension de Milan-Turin, mais il avait auparavant fait le gros du boulot dans les bordures qui ont permis de réduire le peloton des favoris. Il semble donc toujours prêt à mettre de la puissance dans ses attaques. Et il sera donc toujours cité parmi les grands favoris de ce Tour de Lombardie.

Et si le Français ne parvient pas à se détacher d’un peloton à ses trousses, l’équipe Deceuninck-Quick Step regorge toujours de talents pour jouer les premiers rôles. Le Portugais João Almeida, deuxième du Tour d’Émilie et troisième de Milan-Turin, sait grimper et n’aura aucun mal à suivre les meilleurs sur les pentes proposées ce samedi. Il lui manque cette explosivité lui permettant de faire la différence sur ces mêmes pentes. S’il part de loin, il peut toutefois espérer un premier grand résultat sur une classique. En parlant de « partir de loin », un certain Remco Evenepoel sera également sur la liste de départ. Au-delà de la polémique autour des Mondiaux, le coureur de 21 ans s’est encore fait un nom en aidant Almeida quasiment jusqu’au bout sur le Tour d’Émilie avant de réaliser un solo de 35 kilomètres, sous la pluie, sur la Coppa Bernocchi pour accrocher un nouveau succès à son palmarès déjà impressionnant. Cette fois, Evenepoel ne devra pas traverser la descente du Mur de Sormano qui l’avait envoyé dans le ravin l’an dernier. Mais ce Tour de Lombardie représente pour le natif de Schepdaal l’occasion d’évacuer ses derniers démons au bout d’une saison qui l’a fait passer par toutes les émotions.

Le collectif de Deceuninck-Quick Step aura toutefois fort à faire face à celui qui s’est placé comme ultime favori de cette dernière classique de la saison : Primoz Roglic (Jumbo-Visma). Le coureur slovène a d’abord fait parler son explosivité sur la montée de San Luca lors du Tour d’Émilie, avant de faire le doublé sur la montée finale de Superga, sur Milan-Turin. Deux succès en une semaine pour confirmer sa capacité à suivre les meilleurs grimpeurs sur les grands cols, avant de les exploser d’un sprint ravageur dans les derniers hectomètres de ces ascensions. Et au vu du profil présenté ce samedi, Roglic peut très bien patienter sur le Passo di Ganda, voire même sur le Colle Aperto, à près de trois kilomètres du but, pour se faire la malle. Il bénéficiera en prime du soutien des solides George Bennett, Jonas Vingegaard et Steven Kruijswijk, bien placés sur les précédentes courses pour aider leur leader slovène jusqu’à la dernière ascension.

Autre Slovène attendu sur ces routes, Tadej Pogacar (UAE Team Emirates) semble monter en puissance en cette fin de saison durant laquelle il a enchaîné les courses d’un jour. Loin de son niveau au Tour d’Émilie, il a ensuite pris les choses en mains en attaquant à plus de 100 kilomètres de l’arrivée, sous la pluie, lors des Trois Vallées Varésines (finalement 3e) avant de se classer 4e au sommet de Superga sur Milan-Turin. « Pogi » n’a pas affiché la même explosivité que sur le Tour de France, mais cette longue classique de montagne convient parfaitement à ses aptitudes. Sa victoire sur Liège-Bastogne-Liège, sur un dénivelé similaire, confirme sa capacité à récupérer sur des enchaînements aussi rudes, et sur plus de 200 kilomètres. Avec le Polonais Rafal Majka, en verve sur Milan-Turin, et les Italiens Davide Formolo et Diego Ulissi pour l’épauler, Pogacar peut se prétendre favori en Lombardie.

À la lutte avec Roglic sur le Tour d’Émilie et Milan-Turin, le Britannique Adam Yates (INEOS Grenadiers) retrouve également des grandes sensations sur les courses d’un jour, qu’il avait quelque peu laisser sur le côté depuis quelques années pour se consacrer aux Grands Tours. Dans une équipe qui enchaîne désormais les leaders, parmi lesquels les Sud-Américains ont décidé de quitter le Vieux Continent avant le début de l’hiver, le coureur de 29 ans a les coudées franches pour s’essayer au rôle d’outsider sur ce Tour de Lombardie. S’il lui manque l’expérience et le punch sur les plus hauts pourcentages, Yates a une grande capacité d’endurance qui peut l’aider à anticiper les à-coups des favoris. Il bénéficiera en prime des soutiens du récent quatrième de Paris-Roubaix, Gianni Moscon, à l’aise sur des côtes de ce type, et des grimpeurs Tao Geoghegan Hart et Pavel Sivakov.

Puis, il y a les vétérans. Le Canadien Michael Woods (Israel Start-up Nation) espère enfin gagner un monument, et s’en rapproche. À 34 ans, le grimpeur-puncheur du Nord s’est encore classé 3e du Tour d’Émilie et 5e de Milan-Turin, confirmant sa grande forme à l’aube du rendez-vous lombard. Pour la dernière course de son équipier Dan Martin, ancien vainqueur à Bergame, l’histoire serait belle. Tout juste remis d’une fracture de la clavicule sur le Tour d’Espagne, Alejandro Valverde (Movistar) a prouvé sur le Tour de Sicile (qu’il a conclu en deuxième place), qu’il n’avait rien perdu de son explosivité. Le Murcien de 41 ans devra user de son expérience pour tromper les autres candidats à la victoire, mais il a les qualités pour traverser cet enchaînement de cols. Et avec deux anciens vainqueurs dans ses rangs, la Trek-Segafredo sera également attendue. Vincenzo Nibali a réalisé un exploit sur ses terres lors du récent Tour de Sicile qu’il a remporté grâce à un solo mythique sur la dernière étape, alors que Bauke Mollema a réussi une septième place sur le Tour d’Émilie, sans avoir réussi à suivre le rythme de Roglic et ses rivaux. Leur préparation italienne ne parle toutefois pas en leur faveur face aux puncheurs annoncés plus haut.

L’équipe Groupama-FDJ pouvait également annoncer deux leaders sur ce Tour de Lombardie, mais Thibaut Pinot, malgré sa 5e place sur une Coppa Bernocchi pluvieuse, a confirmé qu’il cédait sa place de N°1 à David Gaudu, s’estimant en fin de cycle. Ce dernier a tout de même obtenu une 8e place sur les Trois Vallées Varésines et une 6e place encore plus encourageante sur Milan-Turin. Il faudra toutefois anticiper pour croire en un succès sur ces routes. Chez Astana, le Russe Aleksandr Vlasov n’a pas vraiment rassuré depuis la Vuelta, pas plus que son équipier kazakh Alexey Lutsenko. Mais les deux coureurs peuvent surprendre sur ce terrain favorable aux attaques au long cours. Et parmi ces coureurs offensifs, citons également les coureurs d’EF Education-Nippo, et plus précisément Neilson Powless, surprenant 5e sur le Mondial, et Sergio Higuita, sixième sur les Trois Vallées Varésines. Le Colombien Nairo Quintana (Arkéa-Samsic), 10e du Tour d’Émilie et 9e de Milan-Turin, sera également un outsider, tout comme Simon Yates (Team BikeExchange), 4e du récent Tour de Croatie.

La liste des partants : cliquez ici pour découvrir la liste des partants

Le palmarès :
2011 Oliver Zaugg (Sui)
2012 Joaquim Rodriguez (Esp)
2013 Joaquim Rodriguez (Esp)
2014 Daniel Martin (Irl)
2015 Vincenzo Nibali (Ita)
2016 Esteban Chaves (Col)
2017 Vincenzo Nibali (Ita)
2018 Thibaut Pinot (Fra)
2019 Bauke Mollema (P-B)
2020 Jakob Fuglsang (Dan)

La météo

Le ciel sera nuageux au départ avec des éclaircies au fil de la journée. Les températures seront comprises entre 14 et 17 degrés. Le vent soufflera de sud-est à sud puis sud-sud-ouest entre 5 et 10 km/h.

Les directs TV

  • En direct dès 14h00 sur La Une et RTBF Auvio avec les commentaires de Rodrigo Beenkens et Gérard Bulens
  • En direct dès 10h15 sur Eurosport Player et GCN+ avec les commentaires de Guillaume Di Grazia et David Moncoutié
  • En direct dès 13h35 sur VTM et VTM Go

Photo : RCS Sport/La Presse/Marco Alpozzi – Graphiques : RCS Sport/SDS

Pin It on Pinterest