Clasica San Sebastián : Van Vleuten sans concurrence, Powless surprend sous la pluie

Alors que les Jeux Olympiques sont encore dans toutes les têtes, la Clasica San Sebastián apparaissait cette saison comme une classique idéale pour relancer la dernière partie de saison, avec les championnats du monde à l’horizon. La pluie a finalement rendu l’épreuve espagnole éprouvante, pour des scenarii bien différents entre les deux courses proposées ce jour.

EF Education-Nippo : tout pour l’offensive

Cette course pluvieuse à souhait, digne d’une classique automnale, laissait imaginer un scénario plus surprenant sur ces routes déjà éreintantes par météo estivale. Ces chemins serrés vers les hauteurs du Pays Basque espagnol étaient favorables aux attaquants, surtout sur de telles routes humides où la prudence est maîtresse. Et malgré quelques équipes se plaçant aux avant-postes sur les principaux juges de paix du jour, à l’image d’UAE Team Emirates, Trek-Segafredo ou Jumbo-Visma, les audacieux du jour confirmaient rapidement leur chance du jour. Simon Carr (EF Education-Nippo) la prenait directement en suivant l’offensive de Mikel Landa (Bahrain Victorious), de retour en compétition depuis sa lourde chute en début de Tour d’Italie, en mai dernier. Carr débordait le coureur basque dans la difficile montée d’Erlaitz (3,8 km à 10,6% de moyenne) et filait en solitaire dans la descente technique vers San Sebastián.

Quatre hommes se détachaient derrière Carr face à un peloton incapable de contrôler. Matej Mohoric (Bahrain Victorious) faisait encore démonstration de ses talents de descendeur, avec Mikkel Honoré (Deceuninck-Quick Step), Lorenzo Rota (Intermarché-Wanty-Gobert Matériaux) et… Neilson Powless (EF Education-Nippo). Un sacré quatuor de puncheurs pour mener tambour battant l’offensive finale vers l’arrivée. Carr repris, le quintet de tête profitait d’un manque de soutien entre Trek-Segafredo et UAE Team Emirates dans le peloton pour prendre une large avance de plus d’une minute avant la dernière boucle du jour, comprenant la montée raide de Murgil (2,1 km à 10,1% de moyenne).

Avec deux hommes à l’avant, les hommes en rose d’EF Education-Nippo menaient l’ultime bagarre dans cette courte montée. Powless tentait sa chance, alors que Carr payait ses efforts en solitaire. Mais Mohoric, puis Honoré, puis Rota revenaient un à un sur le coureur américain avant la dernière descente rapide jusqu’aux plages de la côte atlantique. Alors que le peloton, disloqué, devait espérer un miracle pour retrouver la tête.

«J’ai regardé mon compteur…»

Powless s’est toutefois retrouvé une nouvelle fois seul dans cette descente après une faute de Matej Mohoric, filant tout droit dans un virage serré. Honoré et Rota ne pouvaient quant à eux freiner à temps derrière le Slovène et se retrouvaient au sol avant de repartir aussi rapidement. «Je pense que les gars devant moi n’étaient pas concentrés sur la route, mais plutôt sur la situation de course», répond Powless à propos de ce virage délicat, rendu plus dangereux encore par la pluie. « J’ai regardé la carte sur mon compteur Garmin et je savais qu’il y avait un virage dangereux qui s’annonçait. Finalement, j’étais heureux de rester sur le vélo et de pouvoir me concentrer sur le final. »

L’Américain affichait une grande sérénité dans ces derniers kilomètres, malgré les retours de Mohoric, visiblement nerveux et décidé à prendre le contrôle de l’échappée jusqu’à l’arrivée, et de Honoré. Et dans ce sprint à trois lancé dans les 250 derniers mètres, Mohoric ne pouvait tenir longtemps sa vitesse de pointe face à Powless, vainqueur d’une demi-roue sur la ligne d’arrivée. Soit sa première victoire professionnelle à 24 ans, en prime sur une classique du WorldTour.

«Je ne peux même pas mettre de mot sur ce que je vis aujourd’hui», confie le coureur d’EF Education-Nippo, souriant de la ligne d’arrivée jusqu’au podium. «Juan Manuel Garate, notre directeur sportif, était tellement excité à l’idée de nous coacher sur cette course. Nous n’avions pas de favori donc nous devions la jouer intelligemment. Et à la fin, on a joué parfaitement nos cartes. Je suis si heureux de prendre ma première victoire professionnelle, ici à San Sebastián, en prime avec un directeur sportif local dans la voiture», salue Neilson Powless, vainqueur surprise d’une course particulière entre la pluie, la fatigue des organismes au bout de ce mois de juillet copieux et la difficulté des équipes favorites à prendre la course en mains. C’est ce qui fait le sel de cette classique espagnole au sort souvent incertain.

Résultats de la 40e édition masculine de la Clasica San Sebastián (San Sebastián > San Sebastián, 223.5 km) :

  1. Neilson Powless (USA, EF Education-Nippo) en 5h34:31
  2. Matej Mohoric (Slo, Bahrain Victorious)
  3. Mikkel Honoré (Dan, Deceuninck-Quick Step)
  4. Lorenzo Rota (Ita, Intermarché-Wanty-Gobert Matériaux) à 0:30
  5. Alessandro Covi (Ita, UAE Team Emirates) à 1:04
  6. Julian Alaphilippe (Fra, Deceuninck-Quick Step)
  7. Odd Christian Eiking (Nor, Intermarché-Wanty-Gobert Matériaux)
  8. Jonas Vingegaard (Dan, Team Jumbo-Visma)
  9. Gianni Moscon (Ita, INEOS Grenadiers)
  10. Bauke Mollema (P-B, Trek-Segafredo)

Même le jet-lag n’arrête pas Van Vleuten

L’incertitude n’a pourtant pas été longtemps au programme de la deuxième édition féminine de la Clasica San Sebastián. Les coureuses de Trek-Segafredo ont pourtant tenté de mener la vie dure au peloton, en l’absence de l’habituelle équipe-type des classiques, la SD Worx. La Française Audrey Cordon-Ragot a mené une belle offensive dans les 20 derniers kilomètres avant de céder le relais à sa coéquipière américaine Ruth Winder. Mais face à elles, le groupe Movistar réalisait une course collective tout aussi impressionnante, et menait le peloton au pied de l’ultime ascension de Murgil pour lancer la championne d’Europe et récente championne olympique du contre-la-montre Annemiek van Vleuten vers les cieux.

Et trois jours après son sacre tokyoïte, deux jours seulement après son retour en Europe, Van Vleuten volait sur les pentes de Murgil. Avec près de 30 secondes d’avance sur Winder au sommet du juge de paix, la championne d’Europe n’avait plus qu’à descendre sereinement jusqu’à San Sebastián pour s’offrir sa première «txapela», ce fameux béret basque offert aux vainqueurs de la classique estivale.

«Je suis fière du travail réalisé par mes coéquipières ici», félicite Van Vleuten, qui signe en Espagne sa septième victoire de la saison. «Nous avons été séparées suite à la dangereuse échappée partie sur le Jaizkibel, nous nous sommes ensuite réunies après l’ascension et avons fait les bons choix pour revenir à une distance raisonnable. J’étais fatiguée et j’ai subi le jet-lag, je n’ai pas pu beaucoup dormir ces deux derniers jours, mais avec l’équipe qui a tant travaillé, je devais donner mon meilleur pour finir le travail», conclut Van Vleuten, qui se replace en prime en tête du WorldTour féminin. Ainsi qu’en favorite pour les prochaines échéances européennes et mondiales, en septembre.

Résultats de la 2e édition féminine de la Clasica San Sebastián (San Sebastián > San Sebastián, 139.8 km) :

  1. Annemiek van Vleuten (P-B, Movistar Team) en 3h53:37
  2. Ruth Winder (USA, Trek-Segafredo) à 0:36
  3. Tatiana Guderzo (Ita, Alé BTC Ljubljana) à 1:35
  4. Sabrina Stultiens (P-B, Liv Racing)
  5. Évita Muzic (Fra, FDJ Nouvelle-Aquitaine Futuroscope)
  6. Brodie Chapman (Aus, FDJ Nouvelle-Aquitaine Futuroscope)
  7. Pauliena Rooijakkers (P-B, Liv Racing) à 1:38
  8. Audrey Cordon-Ragot (Fra, Trek-Segafredo) à 1:52
  9. Erica Magnaldi (Ita, Ceratizit-WNT Pro Cycling)
  10. Ellen van Dijk (P-B, Trek-Segafredo)

Photos : capture EITB/Eurosport

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