Une sélection complexe : le dilemme des Jeux Olympiques

Les sélections pour les courses cyclistes des Jeux Olympiques sont particulièrement serrées, ce qui nécessite des choix complexes, avant un voyage particulièrement long qui peut toucher les organismes.

Dans deux semaines, le monde sportif aura les yeux rivés sur Tokyo. Le Japon accueille des Jeux Olympiques particuliers. Reculés d’un an en raison de la crise sanitaire du Covid-19, le virus continue de décimer sur l’île nipponne. À tel point que les régions japonaises enchaînent les communiqués pour confirmer le huis-clos dans les stades et lieux choisis pour accueillir les diverses compétitions olympiques. Contrairement au Tour de France, les routes des épreuves en ligne et de contre-la-montre resteront désespérément vides de spectateurs. De même pour les courses de VTT, de BMX et sur piste.

Concentrons-nous sur ces épreuves sur route. Les courses en ligne s’annoncent montagneuses avec les grimpées menant au pied du célèbre Mont Fuji comme principaux animateurs. Les femmes feront face à une course bien moins pénible, qui devrait favoriser les spécialistes des classiques. Alors que les hommes feront face à trois côtes supplémentaires, dont le Mikuni Pass, ce col à plus de 10% de moyenne situé à moins de 40 kilomètres de l’arrivée. Les sélections pour ces diverses épreuves sont délicates : qui choisir quand les groupes ne peuvent dépasser, au mieux, cinq coureur.se.s ? En ajoutant en prime le fait que ceux et celles qui disputent en prime le contre-la-montre, prévu trois à quatre jours plus tard, doit également concourir sur une autre épreuve olympique (sur route ou sur piste). L’équation est complexe pour les sélectionneurs nationaux.

En Belgique, la question était tranchée depuis plus d’un an concernant la course masculine. Malgré sa lourde chute sur le Tour de Lombardie en août 2020, qui aurait pu bouleverser son agenda, Remco Evenepoel est le leader annoncé de cette sélection belge tant pour la course en ligne que pour le contre-la-montre, tout comme Wout van Aert. Les deux hommes ont affiché une condition ascendante ces dernières semaines avec une deuxième et une troisième places aux championnats de Belgique pour l’espoir de Deceuninck-Quick Step (21 ans seulement, pour rappel), et un titre de champion de Belgique et une victoire d’étape prestigieuse au pied du Mont Ventoux sur le Tour de France pour le concurrent de Jumbo-Visma. Et à leurs côtés ?

Blessures et choix

Le sélectionneur fédéral Sven Vanthourenhout a décidé de jouer la carte de l’expérience et de la jeunesse à la fois en confirmant la présence de Greg Van Avermaet, champion olympique en titre, qui peut tant se muer en attaquant qu’en équipier exemplaire sur ces routes pentues. Et celle de Mauri Vansevenant, tout jeune grimpeur de 22 ans qui a connu la victoire cette saison sur le GP de Larciano avant une 11e place des plus prometteuses sur le difficile Tour du Pays Basque. Sur ces pentes abruptes, son explosivité et son endurance dans la douleur en font un atout idéal pour l’équipe belge. La cinquième et dernière place est finalement revenue à Tiesj Benoot, grimpeur aguerri qui avait confirmé en ce début de saison une bonne condition, avec notamment une 5e place sur Paris-Nice et une 7e place sur Liège-Bastogne-Liège. La malchance a toutefois poursuivi le Gantois de 27 ans, victime d’une des nombreuses chutes du début de Tour de France et contraint à l’abandon en raison d’une hanche douloureuse en deuxième semaine de course.

Cet abandon a rabattu les cartes pour Sven Vanthourenhout : lorsqu’une équipe dispose d’aussi peu de marge, peut-elle se permettre d’emmener au Japon un coureur dont l’état de forme est incertain ? Le sélectionneur a confirmé qu’un point était prévu avec Benoot pour déterminer de sa véritable condition à l’aube du voyage vers Tokyo. « Son retrait n’est pas dû à un problème de forme mais uniquement à une blessure qu’il ne juge pas trop grave », rapporte Sven Vanthourenhout, qui fait confiance à Benoot pour se remettre en état à temps. Confirmation ce lundi : Benoot est prêt et s’envolera dimanche prochain pour Tokyo. Mais cela suffira-t-il pour se préparer au mieux à l’aube d’un voyage de plus de dix heures vers l’est, dans des conditions sanitaires plus strictes que sur le Tour.

Lire aussi : Le tracé des courses cyclistes des JO 2020 remet en lumière l’inégalité entre les hommes et les femmes

Disputés une fois tous les quatre ans (ou cinq avec cet exemple singulier de Tokyo), les Jeux Olympiques posent un problème de calendrier particulier à des coureurs qui ont un agenda souvent cousu de fil blanc. La saison se partage en des parties distinctes : les classiques, les premières courses par étapes d’une semaine, les Grands Tours, les championnats du monde et les classiques automnales. Poser une course olympique au milieu de ce calendrier déjà bien rempli relève du chausse-pied pour certains. Car contrairement à la piste ou au VTT, la course olympique sur route a un impact médiatique et symbolique moins fort qu’un titre de champion du monde ou qu’un succès sur le Tour de France. Parce que la saison est longue et que le palmarès peut se forger sur divers terrains que celui qui apparaît une fois tous les quatre ans dans le programme. En France, le sélectionneur Thomas Voeckler a dû faire face aux forfaits de Julian Alaphilippe, qui souhaite prendre du temps avec sa famille dont son fils né juste avant le Tour de France, et de Romain Bardet, dont l’équipe DSM souhaite l’inscrire en tant que leader sur la prochaine Vuelta, disputée trois semaines seulement après les courses olympiques.

Entre les souhaits des uns, les chutes des autres, les qualités des uns, les regrets des autres, construire une sélection olympique relève d’un sacré défi pour les sélectionneurs nationaux dans un calendrier toujours plus serré. Car début septembre, ce sera direction le Trentin pour les championnats d’Europe, avant les championnats du monde, deux semaines plus tard, en Flandre. Chargé, ce calendrier…

Photo : Twitter @RemcoEvenepoel

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