Tour de Belgique 2021 : la semaine idéale de Remco Evenepoel

Durant cinq jours, sur une épreuve qu’il ne devait pas disputer de prime abord, Remco Evenepoel (Deceuninck-Quick Step) a connu une semaine quasiment parfaite. Une victoire d’étape et une victoire au général plus tard, il retrouve la confiance à l’aube des Jeux Olympiques, même s’il reste du travail en vue de Tokyo. Après un Tour d’Italie épineux, le coureur de Schepdaal s’est rassuré physiquement et psychologiquement. Et c’est déjà une première victoire.

1re étape : un premier exercice en solo

Sous le chaud soleil de Beveren, le public pouvait enfin revenir, au compte-gouttes, applaudir les coureurs présentés équipe après équipe sur le podium du Tour de Belgique. Ce mercredi signe la réouverture des restaurants et des bars en Belgique, et sur les terrasses, on déguste une petite bière sur la place de Beveren, pendant que les coureurs s’amoncellent sur la ligne de départ pour cette étape d’ouverture du Tour de Belgique. Une étape nerveuse par ses routes étroites et son enchaînement de petites côtes aux abords de Markedaal, dans les Ardennes flamandes.
Dernier arrivé sur le podium avec l’équipe Deceuninck-Quick Step, à moins de dix minutes du départ, Remco Evenepoel arrive au micro des rares journalistes présents avec son habituel sourire. Mais une seule question pourra être posée. Même si le Brabançon semble déjà disposé à disserter sur cette journée ensoleillée, et cette étape piégeuse qui s’annonce. «C’est un rêve de pouvoir rouler avec des gars qui gagnent des grandes classiques, c’est idéal pour moi afin de prendre de l’expérience et d’apprendre. J’ai hâte», lâche-t-il avant de rejoindre le départ.

Et son impatience s’affiche sur le circuit local de Markedaal, dans les 35 derniers kilomètres. Après une accélération organisée des équipes WorldTour, Remco Evenepoel décidait d’exploser ce groupe par une attaque en facteur, pendant que bon nombre de favoris restaient en retrait sur des routes trop étroites pour rapidement rentrer sur le coureur de la Deceuninck-Quick Step. Le Brabançon amenait Victor Campenaerts (Team Qhubeka ASSOS) dans sa roue pour rentrer sur l’échappée matinale, avant de le faire exploser, criblé de crampes. Evenepoel faisait sauter ses rivaux un par un, avant un dernier sprint à trois avec notamment le pistier Robbe Ghys (Sport Vlaanderen-Baloise), finalement vainqueur.

«Dommage que je ne puisse pas gagner aujourd’hui, mais Tom Steels m’a rappelé dans l’oreillette que j’y allais aussi pour le classement général. (…) Je suis très heureux de cette course, mais je sais que je peux encore gagner quelques pour-cents supplémentaires. (…) Je me suis bien entraîné à la maison, à mon retour du Giro. Je sais qu’il y a encore beaucoup de travail, ce sera difficile, mais je veux atteindre mon meilleur niveau», clame un Evenepoel revanchard, très à l’aise devant la caméra, après cette deuxième place salvatrice. Et désormais drapé du bleu de leader qu’il ne quittera plus de la semaine.

2e étape : un chrono pour savourer

Dès le lendemain, place à un court contre-la-montre de 11,2 kilomètres autour de Knokke, avec seulement trois gros virages à négocier. Pas l’exercice idéal pour l’ancien champion d’Europe du chrono, sur des routes où il ne peut pas forcément faire parler sa puissance sur le long cours. Mais vu le peloton engagé, les purs rouleurs n’étaient pas des plus nombreux pour mener la vie dure à Remco Evenepoel. La preuve : le meilleur temps avant son départ était réalisé par son équipier Yves Lampaert.

Et malgré un premier temps intermédiaire en-deça, Evenepoel s’imposait avec deux secondes d’avance sur son pote «Lampi». Ce qui signifie une première victoire depuis le 9 août 2020 et son succès final sur le Tour de Pologne ! «J’étais un peu déçu hier de ne pas avoir remporté l’étape, donc aujourd’hui, je voulais gagner. C’est dommage pour Yves que je l’ai dépassé», s’excusait-il presque, confirmant la force collective de ce Wolfpack qui s’offre les deux premières places du général grâce à ce doublé sur le contre-la-montre. Avec près d’une minute d’écart entre Evenepoel et le reste de ses adversaires. Et au vu du programme annoncé jusqu’à dimanche, cela fait dire au Brabançon que «l’équipe va tenter de contrôler».

3e étape : jouer la carte collective

Tracée sur les routes du Hageland, cette 3e étape n’annonçait pas forcément de grande difficulté pour un peloton désireux d’enfin jouer le sprint massif. Avec Caleb Ewan, Giacomo Nizzolo, Tim Merlier, Mark Cavendish ou encore Pascal Ackermann au départ de ce Tour de Belgique, cela signifie autant d’équipes chargées de contrôler le peloton et de maîtriser celui-ci pour arriver groupé au terme de cette 3e étape.

Remco Evenepoel le savait, et a simplement suivi les roues dans le circuit local de Zichem. Avant de se muer en lanceur dans le sprint final. Sans succès pour le Wolfpack, cette fois. «On ne s’attend pas à dépasser les 200 watts de moyenne sur une telle étape, mais c’était le cas aujourd’hui. Cela roulait pas mal», rigolait-il à l’arrivée, avant de confirmer que l’étape du lendemain, annoncée comme l’étape-reine, allait être «moins difficile et moins sélective» qu’il y a deux ans.

4e étape : bloquer les attaques

L’étape wallonne du Tour de Belgique apparaît souvent comme la plus corsée sur le papier. Mais au départ de cette 4e étape autour d’Hamoir, et malgré la montée annoncée du Mur de Huy, les favoris se voulaient dubitatifs quant au circuit local tracé dans la vallée de l’Ourthe. «Cela sera roulant. On verra ce que ça donne», annonçait le local Philippe Gilbert. Et cela se confirmait dès les premières ascensions : personne n’essayait de dynamiter le peloton, pas plus qu’à l’entrée du circuit local à Hamoir. Les Deceuninck-Quick Step se mettaient en front commun en tête du peloton pour annihiler toute accélération.

Et dans les derniers kilomètres, la descente des Kimones annonçait… un sprint massif, avec Caleb Ewan rentrant dans les derniers kilomètres pour ensuite faire parler sa pointe de vitesse. Pendant qu’Evenepoel emmenait une nouvelle fois son équipier Davide Ballerini dans le sprint final, avec une troisième place comme bilan.

«Les pentes n’étaient pas assez raides cette année. C’est dommage, parce que c’était l’étape-reine de ce Tour de Belgique et quand on voit le Top 3 aujourd’hui, ce ne sont que des sprinters», se désolait Remco Evenepoel, encore une fois disponible durant près d’un quart d’heure devant les quelques journalistes présents. Loin de l’euphorie du Giro, le coureur belge se sent à l’aise, sans pression, et se laisse donc à l’analyse et aux discussions hors de la course pure et dure.

Et même s’il confortait sa première place au classement général, Evenepoel se disait désolé pour Ballerini, espérant faire mieux dès le lendemain lors de la dernière étape. «Sur chaque étape, on termine dans les trois premiers. On espère désormais une victoire supplémentaire», lâche-t-il en français.

5e étape : la cerise britannique sur le gâteau

Aucune chance pour les échappés : cette cinquième et dernière étape du Tour de Belgique était signée pour les sprinters. Et cela ne manquait pas… Les Deceuninck-Quick Step montraient les grosses cuisses à l’avant, dont celles de Remco Evenepoel, pour emmener un certain Mark Cavendish aux avant-postes. Et le Britannique de 36 ans, malgré quelques coups de coude avec Caleb Ewan dans le dernier kilomètre, dévoilait sa plus belle accélération face à Tim Merlier pour célébrer sa 151e victoire professionnelle, devant un parterre bien plus intéressant que sur ses quatre victoires du récent Tour de Turquie.

Un succès qui ravissait évidemment Evenepoel, confirmé pour sa part en tête du général, sans jamais avoir été inquiété depuis le contre-la-montre de Knokke… «Cette victoire finale et cette victoire d’étape de Mark, c’est un rêve pour bien conclure la semaine», se réjouit le natif de Schepdaal. «Après tout ce que j’ai subi et d’où je viens, c’est vraiment satisfaisant d’obtenir cette victoire. C’est un signe que nous sommes sur la bonne voie. (…) Il me faut encore un peu de temps [pour être à son meilleur niveau], mais tout va finir par s’arranger», se réjouit le Belge, qui visera désormais les titres de champions de Belgique du contre-la-montre et sur route, avant de prendre la direction d’un stage européen, puis de Tokyo pour les Jeux Olympiques.

Comme le dit le coureur belge de 21 ans, il n’est pas encore au top de sa condition, et le Tour de Belgique n’offrait pas une concurrence mondiale sur les quelques côtes référencées de la semaine. Mais ses efforts en solitaire et son contrôle sur des routes étroites confirment qu’il retrouve la confiance, en plus d’une forme ascendante. Ce n’est pas encore suffisant pour viser un titre olympique au Japon. Mais il reste plus d’un mois pour peaufiner cette forme. Et nul doute qu’au vu de son retour à la compétition, Evenepoel saura quoi faire pour glaner ces pour-cents nécessaires.

Photo : Luc Claessen/Getty Images/Deceuninck-Quick Step

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