Quand le racisme touche aussi le cyclisme

Le sport est un reflet de notre société, c’est bien connu. Les différentes disciplines sportives ont toutefois leurs spécificités. Le problème du racisme dans le football ou dans le basket-ball sont depuis plusieurs années mises en avant et des mesures ont été prises tant par la NBA que par la FIFA pour endiguer ce phénomène. Avec plus ou moins de réussite, selon le degré d’implication face à cette thématique.

Dans le cyclisme, la question du racisme n’a été que très rarement abordée ces dernières années. Gianni Moscon a été suspendu six semaines en 2017 par sa propre équipe Sky suite à des insultes racistes proférées à l’encontre de Kevin Reza, déjà victime de tels propos honteux de la part de Michael Albasini en 2014. L’Union Cycliste Internationale (UCI) était pour sa part restée loin de ce dossier, n’affichant qu’un timide communiqué de soutien à l’encontre de Reza. Ce qu’elle a encore réalisé mardi dernier après l’annonce par Nacer Bouhanni d’un dépôt de plainte à l’encontre des auteurs de propos racistes dont il est victime depuis plusieurs jours. Plus précisément depuis l’incident du sprint de Cholet-Pays de Loire, lors duquel Bouhanni a tassé contre les barrières Jake Stewart, victime d’une fracture d’un doigt suite à cette embardée. Ce sprint était une énième frasque de Bouhanni, connu pour ses mouvements dangereux dans les emballages massifs.

Mais cette fois, après l’annonce de l’UCI de l’ouverture d’une enquête à l’encontre du comportement de Bouhanni dans ce sprint, Nacer Bouhanni a évoqué les nombreux messages racistes qu’il a reçu dans les jours suivant Cholet-Pays de Loire. « Ça fait déjà huit jours que je reçois des centaines de messages, ça tourne au harcèlement », a-t-il confirmé dans une interview au quotidien L’Équipe. « Je ne suis quand même pas le seul à voir ce qui se passe sur les réseaux sociaux. Pourquoi personne ne fait rien quand ce genre de personnes immondes m’envoient en permanence des ‘cochon’ ou des ‘terroristes’, ‘retourne dans ton pays sale maghrébin?’ », explique-t-il, indiquant être victime d’insomnies suite à ces messages.

Cette fois, les insultes ne viennent pas du peloton, mais bien des réseaux sociaux, rappelle Bouhanni. Mais elles confirment que ce fléau doit également être traité dans un milieu très blanc, où les personnes d’une couleur de peau différente sont encore bien rares dans le peloton. L’UCI se plaît à rappeler son caractère international, et à mener son rôle dans la mondialisation du vélo. Jusqu’ici, la fédération s’est contentée d’un communiqué pour « condamner les attaques racistes » dont a été victime Bouhanni. Les principaux syndicats de coureurs se sont pour leur part abstenus, malgré leur propension à agiter les réseaux sociaux et les sites d’informations cyclistes autour de la fameuse polémique des bidons. Comme si les menaces dont fait l’objet l’ancien champion de France de cyclisme étaient bien moins importantes qu’un règlement facilement modifiable.

« Malgré nos divergences récentes, soyons absolument clairs, je suis aux côtés de Nacer Bouhanni », a rappelé Jake Stewart, la victime du sprint de Bouhanni sur Cholet-Pays de Loire. Et c’est cette position qui devrait prévaloir dans un peloton encore trop timide pour parler ou même condamner ces situations inacceptables, que ce soit dans ou en dehors du peloton. Les déclarations du sprinter d’Arkéa-Samsic vont même dans ce sens : il explique s’être « forgé une carapace » face au racisme. Comme si celui-ci s’arrêtait à l’extérieur du peloton. Il n’en est finalement rien, et il se confirme que ce tabou doit être brisé pour que le cyclisme puisse faire face à cette tendance de société. Au risque que les insultes se poursuivent.

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Photo : Arkéa-Samsic

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