Flèche Brabançonne : Van der Poel le phénomène, la première belge de De Vuyst

Les costauds ont encore eu raison des innombrables côtes et faux-plats de la Flèche Brabançonne. Que ce soit sur la route de Gooik ou d’Overijse, les attaques ont fusé. La Belge Sofie De Vuyst (Parkhotel Valkenburg) a triomphé des favorites dans le sprint, tandis que Mathieu van der Poel (Corendon-Circus) a confirmé son statut de phénomène avec une quatrième victoire en moins d’un mois. Et cette fois, il a battu les meilleurs puncheurs du moment pour triompher sur cette Flèche.

34 ans après Adrie van der Poel

La Flèche Brabançonne peut être inattendue tant elle offre avec son profil sans temps mort, une chance pour les puncheurs de se faire la malle à divers instants de la course. Les offensives n’ont jamais cessé sur la route d’Overijse, après la formation de la traditionnelle échappée matinale dans la première heure de course. C’est ainsi sur ce circuit final que Mathieu van der Poel (Corendon-Circus) s’est déjà essayé à l’attaque à 58 kilomètres de l’arrivée, espérant ainsi prendre les devants avec Mikkel Honoré (Deceuninck-Quick Step) et Tosh Van der Sande (Lotto-Soudal). Mais la pancarte du champion des Pays-Bas était trop grosse, et personne ne voulait le voir se placer avant tout le monde en première position. Sa première tentative était donc annihilée moins de dix kilomètres plus loin, alors que tant Deceuninck-Quick Step que Lotto-Soudal contrôlaient la course, pour leur leader respectif, Julian Alaphilippe d’un côté, Tim Wellens de l’autre.

L’attaque de Daryl Impey (Mitchelton-Scott) à un tour et demi de l’arrivée ne perturbait pas plus les plans de ces deux formations, et c’est dans l’Hertstraat, seule côte pavée intégrale du circuit, qu’Alaphilippe lançait la grande offensive pour reprendre le champion d’Afrique du Sud. Il était directement suivi, les fesses sur la selle, par Wellens, avant que Van der Poel et Michael Matthews (Sunweb) bouchent le trou en force. Les favoris montraient ainsi leur meilleur visage dans le final, et tous les observateurs s’accordaient sur un fait : le vainqueur sera parmi ces coureurs en tête. Wellens, Alaphilippe et Matthews tentaient ainsi d’accélérer sur les différentes pentes menant jusqu’à l’arrivée mais rien n’y faisait, ils arrivaient à quatre sur la chaussée de Bruxelles, pour les 250 derniers mètres de cette Flèche Brabançonne.

« Je devais y aller en premier »

Et alors que Matthews ou Alaphilippe étaient attendus comme les meilleurs sprinters de la bande, c’est bien Van der Poel, pourtant en tête, qui lâchait les chevaux en premier et ne lâchait plus cette victoire qui lui tendait les bras. Il remporte ainsi la Flèche Brabançonne, 34 ans après son père Adrie van der Poel, et signe en prime son cinquième succès de la saison, son quatrième en un mois à peine. « Comme je l’ai dit à plusieurs reprises, je sais que je suis rapide après une course difficile. Je savais juste que je devais y aller en premier », explique le Néerlandais au micro de la VRT après cette nouvelle classique ajoutée à son palmarès déjà bien fourni à 24 ans. « Je ne pense pas que je devais craindre qui que ce soit, surtout sur une telle arrivée. Matthews est normalement le plus rapide, et Alaphilippe a aussi déjà gagné des sprints. Mais j’avais l’impression que je pouvais compter sur mon sprint ».

Mathieu Van der Poel se rend surtout compte qu’il a vaincu des grands noms cette fois. « Je suis très heureux et fier de gagner ici. J’étais dans l’échappée avec trois grands noms, donc c’est un peu un rêver de conclure de la sorte. J’avais dit en début de saison que cette course me conviendrait le mieux et je l’ai montré », sourit le champion des Pays-Bas, qui s’offre du coup une pancarte de favori encore plus grosse pour l’Amstel Gold Race, dimanche prochain. « Cela ne me fait pas grand-chose », lâche-t-il. « J’ai déjà assez d’attente envers moi-même. C’est un peu la même histoire qu’avec À Travers la Flandre et le Tour des Flandres : ce n’est pas parce que vous gagnez la Flèche Brabançonne que vous gagnez l’Amstel Gold Race ensuite. C’est une course complètement différente mais la condition est bonne. J’ai hâte d’y être. » Et face à Alaphilippe, Wellens ou Matthews, Van der Poel a déjà prouvé qu’il avait le coffre nécessaire pour les faire trembler.

Résultats de la 59e édition de la Flèche Brabançonne masculine (Louvain > Overijse, 196.2 km) :

De Vuyst prend la mesure des Sunweb

Si elle arbore le même nom, la Flèche Brabançonne féminine offre un profil bien différent de la course masculine. Certes, le début de course reprenait le circuit autour du Bruine Put, mais la majeure partie de l’épreuve se déroulait autour de Gooik, avec un faux-plat montant sur les pavés comme seule difficulté à affronter à quatre reprises dans le circuit final. Les offensives étaient toutefois tout aussi nombreuses que chez les hommes, avec le bon coup qui partait dès le premier passage sur ce secteur pavé. Et parmi les 12 leaders qui se dégageaient à près de 60 kilomètres de l’arrivée, les Sunweb étaient les mieux représentées à l’avant avec trois équipières autour de l’Américaine Coryn Rivera (Sunweb), tout juste de retour d’une blessure au genou. La Belge Sofie De Vuyst (Parkhotel Valkenburg) suivait également cette échappée, tout comme deux CCC-Liv, alors que leur leader Marianne Vos partait derrière en poursuite, sans parvenir à boucher le trou de plus d’une demi-minute.

Sur chaque passage sur les pavés de la Schavolliestraat, une attaque permettait de réduire peu à peu ce groupe de tête, mais aucune coureuse ne trouvait la bonne puissance pour creuser l’écart. Les Sunweb protégeaient bien Rivera et assuraient ainsi le tempo à l’approche du final. Ainsi, la championne des États-Unis lançait son sprint à 250 mètres de l’arrivée mais subissait clairement le faux-plat montant jusqu’à la ligne d’arrivée. Elle voyait ainsi De Vuyst la déborder et la devancer pour signer sa deuxième victoire professionnelle, à… 32 ans. Habituée des places d’honneur, elle s’offre son plus beau succès, en Belgique de surcroît. Elle devance finalement la championne d’Italie Marta Cavalli (Valcar-Cylance) et donc Coryn Rivera.

Résultats de la 4e édition de la Flèche Brabançonne féminine (Gooik > Gooik, 136.7 km) :

Photos : capture VRT/Sporza et Flanders Classics

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 29 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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