Cinq leçons à retenir de Tirreno-Adriatico : Alaphilippe, Roglic, Campenaerts et les autres

La Course entre deux mers a une nouvelle fois connu une issue inattendue sur les berges de San Benedetto del Tronto. Le contre-la-montre final sur la côte adriatique a permis à Primoz Roglic (Jumbo-Visma) de s’imposer pour 31 centièmes à peine sur Adam Yates (Mitchelton-Scott). Tirreno-Adriatico a également permis aux candidats pour Milan-Sanremo de confirmer leur grande condition à l’aube de la Classicissima.

Alaphilippe sait tout faire

Vainqueur à Pomarance, dès la deuxième étape taillée pour ses qualités de puncheur, Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step) n’était par contre pas attendu à Jesi, dans un final d’étape totalement plat qui devait convenir à son équipier sprinter Elia Viviani par exemple. Lancé à toute allure par Max Richeze dans la ligne droite finale de la cité des Marches, le coureur français de 26 ans a profité de l’écart créé par leur accélération à 400 mètres du but pour devancer les meilleurs sprinters de l’épreuve italienne et ainsi triompher une troisième fois en neuf jours à peine. Déjà triomphant sur le Strade Bianche, « Loulou » semble inarrêtable sur tous les terrains : puncheur, grimpeur à ses heures perdues, il s’est découvert sprinter et peut profiter de cette confiance accumulée et de cette expérience pour faire la différence sur Milan-Sanremo, classique où la puissance et la fraîcheur font toute la différence dans le final.

« Pour nous, c’est une belle semaine et on ne pouvait être plus satisfait », confirme Alaphilippe. « Les deux victoires d’étape que j’ai obtenu et mon Top 10 après celui glané sur le Tour de Colombie montrent que je poursuis cet exceptionnel début de saison, et avec ces victoires sur toutes les courses auxquelles j’ai pris part cette saison, je suis en bonne position pour Milan-Sanremo, samedi », explique le Français. Car depuis la reprise, le leader de Deceuninck-Quick Step a toujours brillé au moins une fois à chaque fois qu’il a pris le départ d’une course, depuis le Tour de San Juan, en Argentine, jusqu’à Tirreno-Adriatico, en passant par le Strade Bianche et le Tour de Colombie. Rien que ça. « Le plus important, je dirais, c’est que nous roulons toujours en équipe à chaque fois, montrant l’unique esprit du Wolfpack qui nous a apportés tant de victoires cette saison », ajoute Alaphilippe. Après cette Course entre deux Mers, et grâce à un succès d’Elia Viviani en prime, Deceuninck-Quick Step pointe en effet à 18 victoires (contre 19 pour Astana).

Les puncheurs belges ont manqué de jus

Attendus sur ces routes italiennes, les puncheurs belges présents sur ce Tirreno-Adriatico n’ont pas forcément répondu aux ambitions affichées avant le départ. Greg Van Avermaet (CCC) s’est frotté à Alaphilippe sur les 2e et 6e étapes, à Pomarance et Jesi, mais n’a pu déborder le Français, visiblement plus puissant dans ces derniers instants face à la ligne d’arrivée. Alors que dans les montées plus abruptes de cette semaine italienne, Tiesj Benoot et Tim Wellens (Lotto-Soudal) n’ont jamais joué les premiers rôles. Benoot, habitué de Tirreno-Adriatico (4e participation), était dans le deuxième peloton à Fossombrone et Recanati, sur les deux étapes-reine de l’épreuve, alors que Wellens a joué l’équipier de luxe pour terminer à la 18ème place, derrière Benoot (12ème) et Van Avermaet (16ème).

Malgré ces résultats en demi-teinte, les coureurs belges attendus restent confiants pour Milan-Sanremo, ce samedi. « Lors de la 4e étape, je suis le premier coureur de classique à franchir la ligne et le seul gars de plus de 70 kilos, je pense, dans le Top 10 », sourit Benoot dans la DH, heureux d’avoir tenu le choc malgré des pentes à près de 19% à affronter durant le week-end. « Cela confirme que ma condition est excellente. J’ai le sentiment d’être aussi fort que l’an dernier », confie le coureur de Lotto-Soudal qui avait, il est vrai, perdu une demi-minute sur une crevaison en fin de 3e étape, sans quoi il aurait pu intégrer le Top 10 final. Greg Van Avermaet se dit également en bonne forme après sa deuxième place à Pomarance et sa 8e place à Jesi : « Je dois retenir le positif. Je suis aux avant-postes et je me bats pour la victoire. Même si je préférais gagner, la forme est au rendez-vous ». Il faudra désormais le confirmer en fin de semaine.

Sagan se montre un peu

Le champion de Slovaquie Peter Sagan (Bora-Hansgrohe) pourra-t-il jouer les premiers rôles du côté de Sanremo ce samedi ? Rien n’est moins sûr au vu de ses prestations en demi-teinte sur Tirreno-Adriatico. Certes, le triple champion du monde a terminé deuxième du sprint massif de la troisième étape, derrière le champion d’Italie Elia Viviani (Deceuninck-Quick Step). Certes, il s’est dit à l’époque « en meilleure forme jour après jour ». Mais au-delà de ce podium, Sagan est ensuite apparu dans le ventre mou du peloton, sans vraiment rassurer sur sa condition. Alors que l’arrivée en légère montée de Pomarance pouvait lui convenir dans ses meilleurs jours, le Slovaque a cette fois rapidement abandonné ses ambitions et terminé dans le gruppetto. Sur le sprint massif de la 6e étape, il a terminé cinquième et ne s’est finalement pas rassuré en vue de la première grande classique du printemps : « Malheureusement, j’ai besoin de plus de temps pour revenir au meilleur de ma forme. J’ai fait du mieux que je pouvais mais ce n’était pas suffisant pour gagner », avoue-t-il. La Classicissima va-t-elle encore échapper à Sagan, qui n’a jamais terminé au-delà du Top 20 en huit participations ? Réponse ce samedi.

Roglic est le meilleur spécialiste des courses par étapes de 2019

Comme en 2016, le classement général de Tirreno-Adriatico s’est joué sur la dernière étape, le traditionnel contre-la-montre final sur les routes de San Benedetto del Tronto. Le suspense était attendu vu qu’aucune arrivée en altitude n’était prévue sur cette édition de la Course des deux mers. Mais sur ce chrono, le Slovène Primoz Roglic (Jumbo-Visma) a frappé fort pour devancer de seulement 31 centièmes Adam Yates (Mitchelton-Scott), leader depuis la 2e étape. Pour moins d’une seconde, il remporte ainsi sa deuxième course par étapes de la saison après avoir dominé le Tour des Émirats Arabes Unis, sur un tracé bien plus montagneux, face à des adversaires d’aussi grande qualité qu’en Italie.

Vainqueur de huit courses WorldTour, parmi lesquelles quatre classements généraux, en un an, Primoz Roglic s’est placé clairement comme l’homme à battre sur les courses par étapes. Il doit encore faire ses preuves sur les Grands Tours, mais sur une semaine, l’ancien sauteur à skis semble imbattable. « C’était tout juste. Mais parfois, vous avez juste besoin de chance », explique Roglic, après sa victoire acquise sur le contre-la-montre. « Il y avait beaucoup de vent de face et j’ai essayé de faire la différence dans la deuxième partie. Cela a marché. (…) Je suis fier de ce que nous avons encore montré en tant qu’équipe cette semaine. C’était une semaine très difficile. C’est un grand boost pour moi et l’équipe. Surtout en vue du Giro », confie le Slovène qui peut voir le maillot rose avec envie au vu de ses prestations tant en montagne que sur le contre-la-montre.

Primoz Roglic - Vainqueur Tirreno-Adriatico 2019 Podium - RCS Sport La Presse D'Alberto-Ferrari

Campenaerts se rassure en vue de son record de l’heure

Le champion d’Europe du contre-la-montre Victor Campenaerts (Lotto-Soudal) a disputé sur Tirreno-Adriatico sa première course par étapes de la saison, avec un objectif bien précis : se rassurer en vue de sa tentative de record de l’heure, prévue à la mi-avril au Mexique. Après un stage en altitude en Namibie, le coureur belge est revenu en Italie pour se tester les jambes et affiner sa préparation. Et cela lui a plutôt bien réussi ! Si le contre-la-montre par équipes d’ouverture n’a pas été une réussite pour Lotto-Soudal, bloqué par la pluie qui a douché les coureurs en début de chrono, le contre-la-montre de clôture a été bien plus concluant pour Campenaerts qui a tout simplement décroché le meilleur temps sans trop de difficulté. « L’an dernier, je suis passé tout près à plusieurs reprises et mon objectif de ce début de saison était de gagner dans le WorldTour. C’était mon premier chrono de l’année et ce but est déjà atteint, c’est fantastique ! », sourit le champion d’Europe, qui n’avait encore jamais gagné au plus haut niveau malgré ses deux titres européens de la spécialité.

« De plus, je n’avais jamais battu Tom Dumoulin et Rohan Dennis auparavant. Ça me donne énormément de satisfaction. J’avais déjà de bonnes sensations dans le contre-la-montre par équipes, mais encore fallait-il les confirmer, et c’est maintenant chose faite », ajoute Victor Campenaerts, satisfait d’une condition physique qu’il juge « visiblement bonne » à moins d’un mois de sa tentative sur l’anneau d’Aguascalientes. Après ce test réussi, même s’il n’était que sur 10 kilomètres, l’Anversois va retourner en Belgique pour une semaine de récupération. Il va ainsi passer plusieurs nuits dans une chambre d’altitude, pour s’habituer à l’air mexicain, puis passer un dernier test sur la piste ainsi qu’un test aux lactates. Il s’envolera ensuite pour le Mexique le 27 mars, avec une tentative de record prévue le 16 ou le 17 avril, selon les conditions.

Photos : RCS Sport/La Presse/D’Alberto-Ferrari

Grégory Ienco

Journaliste - Belge - 29 ans. Ancien responsable des sports sur les sites du groupe de quotidiens belges Sudpresse et du quotidien belge Le Soir, journaliste sportif depuis 2009 et responsable adjoint de CyclismeRevue depuis sa création en 2006.

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